Fribourg: Il y a dix ans en Algérie, les islamistes assassinaient les moines de Tibhirine
St-Pierre: présentation du livre de J. Kiser, «Passion pour l’Algérie»
Fribourg, 16 mars 2006 (Apic) Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, il y a tout juste dix ans, un commando islamiste du GIA algérien donnait l’assaut au monastère trappiste de Tibhirine, près de Médéa, en Algérie, et enlevait sept frères. Fin mai, les corps des moines égorgés de Notre-Dame de l’Atlas seront retrouvés.
Pour faire mémoire de ce martyre en terre d’islam, l’historien américain John Kiser, auteur de «Passion pour l’Algérie», sorti en librairie le 16 mars aux éditions Nouvelle Cité, et son traducteur Henry Quinson, seront le jeudi 23 mars à Fribourg (*). Ils évoqueront le souvenir des moines de Tibhirine assassinés voici 10 ans. Le 27 mars 1996 sept moines de l’abbaye de Tibhirine sont enlevés par des hommes armés. Deux mois après, les têtes des moines décapités sont découvertes.
Pourquoi, dans une Algérie déchirée par la guerre civile, ces moines chrétiens sont-ils restés jusqu’au bout, malgré les menaces de mort du GIA (Groupe islamique armé) ? Comment a-t-on pu tuer des hommes que tous les habitants de la région aimaient et respectaient ? Pourquoi le témoignage de fraternité de ces religieux de l’Atlas a-t-il bouleversé l’Algérie, la France et le monde ?
John Kiser a mené une enquête approfondie sur ce drame, et son livre en révèle les clés de compréhension. Le livre parle de cet épisode de violence en le plaçant dans le contexte historique de l’Algérie, et il puise à des sources de première main, comme par exemple les nombreux entretiens avec les parents des moines, leur confrères, des passages tirés des journaux des religieux.
La fraternité vécue à Tibhirine dérangeait les fondamentalistes
En Algérie, beaucoup de musulmans sont morts pour avoir refusé de cautionner l’assassinat de civils désarmés. La spiritualité et la fraternité vécues à Tibhirine dérangeaient les fondamentalistes mais également les «éradicateurs» de l’autre bord, suscitant la méfiance tant des islamistes du GIA que des généraux algériens. Ce qui les gênait, c’était certainement cette non-violence des moines, qui avaient choisi de servir le «Dieu désarmé» plutôt que le «Dieu des armées», une véritable provocation pour tous ceux qui croient encore au pouvoir des armes. Les liens fraternels persistant entre croyants chrétiens et musulmans laissent cependant entrevoir un rayon d’espoir pour l’avenir.
Henry Quinson, le traducteur, a vécu six ans au monastère cistercien de Tamié, dont étaient issus deux des sept martyrs de Tibhirine. Il vit actuellement dans un quartier majoritairement musulman à Marseille. Sa communauté, la Fraternité Saint Paul, est également présente en Algérie. Economiste et financier de formation, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, il a écrit plusieurs articles sur Tibhirine, l’islam et les «banlieues» en France. Franco-américain, professeur de lettres et d’anglais, il enseigne à Marseille.
Jeudi prochain 23 mars John Kiser et Henry Quinson seront à Fribourg à l’invitation de la revue dominicaine «Sources» (qui consacre son édition de mars-avril aux martyrs en terre d’islam, en particulier aux sept moines de Tibhirine, et à Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné par des islamistes en août suivant) (**). L’ouvrage sera disponible à Librairie Saint-Paul de Fribourg. JB
Encadré
Responsabilité dans la mort des moines, la controverse continue
La controverse continue sur la responsabilité dans la mort des moines, la version officielle des autorités algériennes étant mise en doute par beaucoup. Depuis dix ans, divers scénarios sont avancés, confortés par les déclarations répétées de plusieurs déserteurs de l’armée algérienne, mettant en cause la Sécurité militaire qui avait infiltré le GIA. On explique que les militaires algériens avaient ainsi voulu empêcher que les négociations menées sous l’égide de la communauté de Sant’Egidio ne finissent par remettre en cause le pouvoir de certains cercles militaires. L’armée algérienne semble bien avoir joué un rôle trouble dans ce drame dont on n’est pas sûr aujourd’hui encore d’en connaître les vrais auteurs et les mobiles exacts. John Kiser expose dans son ouvrage les divers scénarios possibles.
Le livre de John Kiser est le fruit de quelque quatre années d’enquête et d’entretiens en Algérie et dans d’autres pays musulmans. L’auteur continue d’étudier l’islam politique et les conflits dans les pays arabo-musulmans. JB
Encadré
Quelques milliers de chrétiens au milieu de 31 millions d’Algériens
A la tête de l’archidiocèse d’Alger, un territoire plus vaste que la Suisse, Mgr Henri Teissier, 76 ans, a la charge de quelque 1’500 fidèles, la plupart étrangers, vivant au milieu de 9 millions de musulmans. Alger est l’un des quatre diocèses de l’Algérie – un pays d’une superficie de près de 2,4 millions de km2 pour une population de 31 millions d’habitants – , avec Constantine (environ 300 catholiques), Oran (400) et Laghouat (2’000). Plusieurs milliers de chrétiens d’autres confessions vivent également en Algérie.
La violence n’a pas épargné l’Eglise catholique. Quinze prêtres et religieux français, deux religieuses italiennes et deux soeurs augustines missionnaires espagnoles ont été assassinés par des groupes islamistes entre 1994 et 1996, dont les quatre Pères Blancs de Tizi Ouzou en décembre 1994, les 7 moines trappistes de Tibhirine en mai 1996, et en août de la même année, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran. 10% des effectifs pastoraux de l’archidiocèse d’Alger ont trouvé une mort violente. JB
(*) Jeudi 23 mars à 20h à la grande salle de la paroisse St-Pierre, à Fribourg
(**) «Sources», Rue du Botzet 8 – CP 224 – CH-1705 Fribourg, «Martyrs en terre d’islam», mars-avril 2006 (apic/be)



