Plus de 120 religieux et religieuses participants
Fribourg : Journée de la vie consacrée
Fribourg, 4 février 2008 (Apic) «Expérience missionnaire: d’un choc à l’autre». C’est sur ce thème que plus de 120 religieux, religieuses et personnes consacrées se sont retrouvés le samedi 2 février, à la paroisse du Christ-Roi à Fribourg, à l’occasion de la Journée de la vie consacrée. En compagnie de l’abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal et délégué pour la vie religieuse, ils ont vécu une journée d’échanges, de partage et de prière.
Dans le cadre du thème proposé pour cette Journée de la vie consacrée, le 2 février, au Christ Roi à Fribourg, sept témoins ont parlé de leur expérience missionnaire. Ils ont évoqué les chocs en cascade subis lors de leur arrivée dans un pays de mission. Tous se souviennent des odeurs du bateau, de la poussière des routes, de la température élevée, de la pauvreté, impressionnante au début. «L’arrivée en bateau fut une expérience d’isolement et de solitude au milieu d’une foule agitée. J’ai compris qu’il y avait une très forte exigence de rupture avec mon passé et ma culture», constate le Père Francis Zufferey missionnaire au Sénégal. Puis il y a le choc de l’inculturation, des coutumes et celui de la langue.
Le Père Francis, spiritain, relève le sentiment de supériorité qui étreint, au début au moins, tout missionnaire. «A mes yeux, la manière de faire de ces gens n’était pas bonne». Mais très vite il passe du vouloir faire pour, au faire avec. Dans la banlieue nord de Tokyo, le Père Philippe Hennebicque, de la Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul,
a été frappé par cette structure sociale où l’individu donne tout au groupe, une société où on «camoufle» son identité de personne, où on n’exprime jamais son émotion en public, où on met toujours une certaine distance entre soi et les autres
Se laisser évangéliser
Soeur Maire-Claude, missionnaire de Notre-Dame d’Afrique, témoigne de son arrivée au Congo, sous la dictature de Mobutu. Parlant du génocide au Rwanda, elle s’interroge sur la capacité du coeur humain à se dépasser et à découvrir dans ces luttes la foi en l’avenir. «J’étais partie pour me donner et j’ai reçu. Les gens m’ont enseigné le prix de la vie et de la mort, le sens du pardon. Ils m’ont fait redécouvrir les psaumes et l’Evangile», confie-t-elle. Pour Soeur Nicole, de l’oeuvre de Saint-Paul, missionnaire au Cameroun, la difficulté a été d’entrer dans la mentalité africaine. «Ce qui m’a interpellé est la soif de ce peuple en la Parole».
En Haïti le Père Georges Conus a été impressionné par le vaudou. Il a observé que le vaudou demeurait bien vivant autant chez les intellectuels que chez les pauvres. «L’effort d’inculturation au niveau liturgique demeure inachevée en particulier pour le rite de la mort, qui est vécu par les Haïtiens de manière très particulière», estime le missionnaire de Bethléem. Pour lui la lecture du Nouveau Testament en créole gardera une couleur et une saveur inoubliables.
Soeur Elisabeth, missionnaire du saint Esprit, a elle aussi expérimenté le choc culturel nord-sud au Congo. Le Père Jean-Pierre Bonvin, qui fut successivement missionnaire au Tchad et en Amazonie a raconté que les parents ne manifestent pas l’amour qu’ils portent à leurs enfants par des gestes d’attention comme chez nous, mais par le langage. L ajoute «En Amérique latine, les gens voulaient que je leur construise une chapelle, alors qu’ils n’avaient pas d’école pour leurs enfants. La chapelle était pour eux le signe de leur identité religieuse».
De retour au pays
Les missionnaires ont également partagé les chocs en retour en rentrant en Suisse. «Ici on meurt du trop dans beaucoup de domaines. Alors que là-bas on meurt du manque», note le Père Francis Zufferey.
Après plusieurs années de mission, il n’est pas évident de retrouver sa congrégation, sa famille. Les religieux et religieuses se sentent comme étrangers dans le pays qui les a vu naître. «Ceux qui nous ont connus ne nous reconnaissent plus.» «Nos familles ont changé, elles sont souvent métissées, interreligieuses ou touchées par l’athéisme.» «Nous nous demandons ce qu’est devenue la foi qui a bercé notre enfance? Certes elle n’a pas disparu mais ou s’exprime-t-elle?» se demande Soeur Marie-Claude. Comme beaucoup de missionnaire, le Père Philippe Hennebicque a été frappé par le manque de jeunes dans sa congrégation et surtout dans nos églises. Les missionnaires sont impressionnés de voir que beaucoup de chrétiens n’ont plus cette soif de Dieu, qu’ils n’ont plus besoin de l’Eglise. De retour à Fribourg, Soeur Nicole a dû faire face à la maladie, en passant par les étapes de l’abandon , du repos et de la recherche personnelle.
Après les témoignages, les participants ont réfléchi en petits groupes à partir des deux questions : Comment voyez-vous notre engagement missionnaire dans l’Eglise diocésaine ? Quelle collaboration inter-congrégations envisageons-nous ? Les religieux, religieuses et personnes consacrées ont poursuivi leur journée dans l’échange, le partage et la prière. (apic/benz/vb)



