Une Eglise engagée auprès des laissés-pour-compte

Fribourg: Journée diocésaine des religieuses et religieux au Christ-Roi

Fribourg, 2 février 2007 (Apic) Près de 250 religieuses et religieux ont pris part, vendredi 2 février, à la journée diocésaine de la vie consacrée. Cinq d’entre eux ont témoigné de leur engagement diaconal pour illustrer le thème «Une Eglise servante».

Dans son message d’introduction, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a invité les religieuses et religieux à être des «contemplactifs». A savoir des personnes qui se nourrissent de la Parole de Dieu, de la prière et des sacrements afin de donner le meilleur d’eux-mêmes dans leur engagement. L’évêque a rappelé la figure de l’abbé Pierre, décédé récemment, et qui a fait inscrire sur sa tombe ces simples paroles :»J’ai essayé d’aimer». Il a invité les participants à s’engager à servir les mêmes causes, auprès des plus démunis, «en se branchant sur la seule batterie qui ne se décharge pas: Dieu».

Cinq religieuses ou religieux actifs dans des milieux particuliers ont ensuite témoigné de leur engagement, mais également mis en évidence les situations de détresse qu’ils rencontrent en pastorale. Le Père Jean-Pierre Barbey, ancien chartreux, aumônier durant deux ans au centre d’enregistrement de Vallorbe et médiateur Eglises-réfugiés durant 4 ans à Lausanne, s’est dit très touché par le contraste entre le mépris exprimé à l’égard des candidats à l’asile par une bonne part de la population et la détresse vécue par ces familles qui ont dû tout quitter d’un jour à l’autre.

«Leur demande a été rejetée», explique-t-il en évoquant le parcours d’une famille de requérants macédoniens. «Mais comme sa femme a utilisé un faux passeport pour fuir, elle est passible de prison. Et lui a été déserteur. Ils ne peuvent retourner dans leur pays», explique l’abbé Barbey. Ce dernier a fustigé la politique fédérale, qui aboutit à une diminution du nombre de requérants, mais en réalité à une augmentation des clandestins. Beaucoup de ceux qui voient leur demande refusée ne peuvent retourner dans leur pays pour diverses raisons et ne peuvent rester officiellement en Suisse. D’où leur entrée dans la clandestinité.

Je ne vais amener le Christ, il est déjà là

Le Frère mariste Fernando Santamaria a témoigné de son engagement d’aumônier, qu’il accomplit depuis 10 ans au pénitencier de Bellechasse, près de Morat. Les quelque 200 détenus qui y transitent chaque année sont de 40 à 50 nationalités différentes. «Je vais rencontrer le Christ. Je ne vais pas l’amener, car il est déjà là», a affirmé Frère Fernando, dont le quotidien est fait d’écoute et d’accompagnement. Ménages brisés, vies détruites, recherche de gain rapide ayant mal tourné: c’est dans ce cadre qu’il essaie de «témoigner qu’il y a encore une lueur d’espoir».

«Les gens du voyage ne sont pas des gens à part». Le Père dominicain Jean-Bernard Dousse le précise d’entrée: il fait un travail de curé, et non d’aumônier, mais auprès d’un peuple qui a une unité, une culture orale très riche et des traditions propres. Les gens du voyage, cela représente près de 3’000 personnes en Suisse, non compris ceux qui se sont sédentarisés tout en gardant leur culture, et ceux qui transitent dans notre pays, «et laissent de mauvais souvenirs, ce qui dessert les Suisses». Ces derniers sont soit des roms, tziganes ou sintis, venus d’Inde il y a 4 ou 5 siècles, soit des gens devenus SDF au cours des ans, notamment en raison de la guerre, et que l’on appelle souvent des jenish. Le Père Dousse accompagne toutes ces populations dans une pastorale qui comprend la catéchèse, les sacrements, et les pèlerinages. Il s’est également donné pour mission de changer le regard de la population envers les gens du voyage, victimes de très nombreux préjugés.

La peur de l’expulsion

L’engagement de Sr Marie-Eugène auprès des sans-papiers a débuté le Lundi de Pentecôte 2001. Un groupe de clandestins, soutenu par de nombreuses organisations, occupe l’église et les locaux de la paroisse St-Paul à Fribourg. Les Soeurs d’Ingenbohl décident de se mettre de leur côté et accueillent trois familles kosovares avec petits enfants dans leur communauté. Il s’en est suivi des très nombreuses initiatives pour aider ces sans-papiers à demeurer en Suisse, qui ont permis à Sr Marie-Eugène de repérer les sentiments de peur qui habitent ces clandestins. «Ils peuvent être expulsés d’un jour à l’autre», explique-t-elle.

Le Banc public accueille à Fribourg les laissés-pour-compte de la société, offrant gîte et couvert. C’est dans ce centre que travaille Sr Marie-Thérèse qui, à 70 ans, s’est mise à la recherche d’un lieu d’engagement diaconal après avoir passé 25 ans au Chili. Elle a témoigné devant l’assemblée de son expérience d’aide de cuisine et d’écoute auprès des incompris de la société. (apic/bb)

2 février 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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