Imprimer au niveau national le même dynamisme qu’à Fribourg

Fribourg: L’assemblée de l’ACAT-Suisse porte René Canzali à la présidence

Bernard Bovigny, agence Apic

Fribourg, 25 mai 2003 (Apic) L’ACAT-Suisse (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture et de la peine de mort) a tenu son assemblée générale annuelle samedi à l’Université de Fribourg. La centaine de délégués présents ont porté René Canzali à la présidence. Ce vote a pratiquement été le seul à recueillir l’unanimité. Le Fribourgeois saura-t- il imprimer au niveau national le même dynamisme qu’il a apporté dans son canton?

Le canton de Fribourg n’a pas été choisi par hasard pour accueillir l’assemblée générale de l’ACAT-Suisse. Outre son université, très active dans le domaine des droits de l’homme comme l’a rappelé le professeur Richard Friedli dans son mot d’accueil, il compte 24 groupes ACAT régionaux, 50 communautés religieuses affilées au mouvement et 540 membres, soit près du quart de tous les membres au niveau national. Un militant des droits de l’homme a pris une part prépondérante à ce rayonnement de l’ACAT sur Fribourg, René Canzali, membre du mouvement depuis 22 ans.

Au cours d’une assemblée parfois houleuse, marquée par des réactions de mécontentement de certains participants, le Fribourgeois d’origine tessinoise a été porté à l’unanimité à la présidence de l’ACAT-Suisse. Il sera secondé au comité par Doris Wäckerli-Zuberbühler (nouvelle), Maria Krafsik (retour après un congé), le Frère capucin Martino Dotta (ancien président), le Père mariste Laurent Duffner, la pasteure Catherine de Vargas et David Künzler (anciens).

Au niveau des comptes, l’exercice 2002 boucle avec un déficit de 17’725 francs pour des dépenses de 387’000 francs (526’600 si l’on ajoute les dépenses liées à des projets précis). Les budgets 2003 et 2004 mentionnent une baisse de 20’000 dans les dons attribués aux projets. Ce qui a exaspéré plusieurs participants, lesquels ont montré du doigt l’augmentation des cotisations et une hausse non justifiée dans le rapport annuel de 16% dans la rubrique des salaires. «Le budget est une expression de la politique de l’association. Nous devons miser toujours davantage sur les projets et les actions», a soutenu une participante. L’assemblée s’est finalement rallié, parfois par un vote serré ou même confus, au budget présenté par le comité. «Le message est entendu, nous allons donner suite à vos attentes», a assuré Frère Mario Dotta au terme des débats.

Religieuse tibétaine prisonnière à 11 ans

Le témoignage de la Tibétaine Ngawang Sangdrol, déjà prisonnière à 11 ans et libérée en 2003, a donné un souffle d’espérance aux participants. Au terme de la partie statutaire, cette religieuse bouddhiste, âgée aujourd’hui de 25 ans, a raconté son parcours de militante tibétaine et ses nombreuses incarcérations assorties de mauvais traitements. Elle a notamment été emprisonnée à Lhassa, capitale du Tibet, à la prison de Drapchi, surnommée «l’Alcatraz des neiges», connue pour les conditions inhumaines de détention, et qui ne laisse aux détenus aucun espoir d’évasion.

Elle a tenu à exprimer aux membres de l’ACAT Suisse sa reconnaissance pour leurs interventions, qui ont permis sa libération alors qu’elle devait rester encore une dizaine d’années en prison pour avoir contesté l’occupation du Tibet par la Chine. BB

Fribourg: Entretien avec le Fribourgeois René Canzali, nouveau président de l’ACAT Suisse

Davantage de présence dans les médias et dans le monde politique

Fribourg, 25 mai 2003 (APIC) L’engagement de René Canzali au service des droits de l’homme coïncide avec la fondation de l’ACAT-Suisse, en 1981. Depuis 22 ans, ce militant sillonne le pays, aux sorties de messes, durant les manifestations ou encore lors de rencontres personnelles, en quête de signatures pour libérer des prisonniers d’opinion, gracier des condamnés à mort ou dénoncer les mauvais traitements infligés par les gouvernements.

Cet homme d’initiatives, élu le 24 mai à la présidence de l’ACAT Suisse, a déjà plein la tête de projets. Il souhaite notamment que son mouvement soit plus présent dans les médias et plus interpellant au niveau de la société politique.

Natif de Bruxelles en 1927 et Tessinois d’origine, René Canzali arrive en Suisse en 1967. Il réside actuellement à Marly, près de Fribourg. Deux fois père et déjà six fois grand-père, il goûte depuis plusieurs année à une retraite, qui lui permet de s’engager encore davantage dans ce qui lui tient à coeur : la défense des opprimés. Il analyse pour l’Apic les enjeux actuels de la lutte pour les doits humains et lève un pan de voile sur ses projets à la présidence de l’ACAT Suisse.

Apic : Plusieurs participants à l’assemblée générale de samedi ont manifesté de la mauvaise humeur face au comité et au secrétariat central. Quel message avez-vous entendu de leur part?

R.C: Ils demandent une plus grande proximité et une meilleure communication de la part du comité. L’information passe mal à l’intérieur de l’ACAT- Suisse et entre les groupes.

Apic: En tant que nouveau président, qu’allez-vous apporter?

R.C : Je souhaite réorganiser le comité en vue d’une plus grande efficacité. Nous n’utilisons pas assez les moyens mis à notre disposition. J’aimerais davantage de présence dans les médias et un lobbying plus efficace au niveau politique.

Et au niveau interne, il conviendra d’améliorer la communication. Nous allons proposer une meilleure formation et plus de soutien pour nos membres. Il faudra recréer des groupes régionaux, surtout au Tessin et en Suisse allemande. Je vais aussi proposer la création d’un groupe romand qui organiserait des rassemblements afin de dynamiser nos membres.

Apic : Et au niveau des actions, quelles seront le priorités de l’ACAT ?

R.C : Comme notre nom l’indique, cela restera toujours la lutte pour l’abolition de la torture et de la peine de mort.

Apic : La défense de droits de l’homme est devenue un terrain de plus en plus mouvant depuis un certain 11 septembre 2001 .

R. Canzali : C’est vrai. Sous des prétextes de politique de sécurité, des gouvernements en sont venus à restreindre les droits humains et à les utiliser pour prétexter une lutte contre le terrorisme.

Apic : Vous pensez en particulier aux Etats-Unis ?

R.C : Pas seulement. Aussi à leurs alliés, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, .

Apic : Dans ce contexte, est-il encore possible de lutter pour les droits de l’homme sans se mouiller ou se compromettre politiquement ?

R.C  Sans se compromettre, oui. Nous veillons à intervenir auprès de toutes les tendances politiques afin d’éviter d’être catalogués. Mais de toute façon, la lutte pour les droits humains et pour l’abolition de la torture est un engagement politique en soi. Et certaines prises de position ont des conséquences directes sur la vie politique des pays. Par exemple, si la Turquie n’accomplit pas des progrès dans le respect des droits humains, elle ne va pas être admise dans l’Union européenne. Cela constitue donc un motif de pression supplémentaire.

Apic : Et les actions de l’ACAT, face à cette mouvance dans la politique des droits humains, comment ont-elles évolué ?

R.C : Nous sommes devenus de plus en plus vigilants. L’ACAT doit être rigoureuse, sérieuse et très documentée pour être crédible dans ses dossiers et ses actions.

Nous sommes des chrétiens, mais sans tomber dans l’angélisme. Nous agissons avec le dynamisme voulu par les exigences de l’Evangile, le soutien de la prière et les encouragements de Eglises.

Bien qu’étant une association indépendante, nous nous trouvons dans un régime de collaboration avec les Eglises chrétiennes.

Apic : Et qu’en est-il du dialogue interreligieux, en particulier avec les musulmans, qui est actuellement un élément incontournable dans la lutte pour les droits humains ?

R.C : Je suis heureux d’annoncer qu’une équipe ACAT de Fribourg vient d’accueillir une musulmane. Vu notre identité chrétienne, je pense que cela ne posera pas de problème à partir du moment où il y a respect mutuel des croyances.

Cela dit, au niveau de nos activités, nous n’avons pas attendu septembre 2001 pour accomplir des pas dans le dialogue interreligieux. Sur Fribourg, nous avons déjà mis sur pied des conférences et des formations en vue de mieux connaître nos différences et ce qui nous unit entre chrétiens et musulmans.

Pour ce qui est de nos actions, il est clair que nous dénonçons toute situation de torture ou de condamnation à mort, sans distinction de religion. A plusieurs reprises, j’ai pu remarquer que les prisonniers musulmans apprécient de recevoir des messages inspirés de l’Evangile et de savoir que des chrétiens prient pour leur libération. Ils sont très sensibles à notre témoignage de foi. BB

Encadré:

Tout cela vaut-il la peine?

Les efforts consentis par les membres de l’ACAT portent-ils des fruits? Les lettres envoyées aux gouvernements aboutissent-elles à des libérations ou à des améliorations des conditions de détention? En clair: tout cela vaut-il la peine?

Selon les données fournies par l’ACAT-Suisse, les actions de ses membres aboutissent à un résultat positif de 12% en moyenne. En 2002, les 139 interventions pour 136 détenus ont abouti à 10 libérations et 18 peines de mort commuées en détention à vie. Les années précédentes ont également vu une dizaine de libérations de prisonniers soumis à la torture et plusieurs grâces pour les condamnés à mort.

«Il serait prétentieux de soutenir que ces libérations ont été obtenues uniquement grâce à nous. Certains prisonniers ont également bénéficié d’appuis d’autres organisations et d’interventions gouvernementales. Mais nous y avons indiscutablement contribué», commente René Canzali, en citant nombre d’anciens prisonniers venus exprimer leur reconnaissance à l’ACAT-Suisse. (com/bb)

Encadré

L’ACAT-Suisse et la Fédération internationale

C’est Jean-Jacques Gautier, banquier genevois, fondateur du Comité Suisse Contre la Torture (CSCT / aujourd’hui Association pour la Prévention de la Torture), qui a lancé l’idée d’une Convention européenne pour la prévention contre la torture.

Si le CSCT devait travailler sur le plan diplomatique, il fallait trouver d’autres moyens pour sensibiliser la population. C’est pourquoi en automne 1979, à Genève, s’est constitué la première équipe ACAT.

C’est le 16 mai 1981 à Berne que finalement eu lieu l’Assemblée générale constituante de l’ACAT-Suisse, en présence de 120 personnes. A cette époque, l’association comptait déjà une représentation alémanique et romande à peu près égale.

L’ACAT-Suisse compte actuellement 2336 membres répartis dans tout le pays. Certains d’entre eux sont réunis en groupes, dans les cantons de Vaud, Fribourg, Genève, Neuchâtel, Berne et Tessin. L’ACAT-Suisse relaie ses sur la base de rapports réalisés par Amnesty International, SOS- Torture, les autres ACAT ou les Eglises.

27 ACAT nationales regroupées en fédération

La Fédération internationale de l’ACAT (FiACAT), a été créée en 1987. Elle regroupe 27 ACAT nationales en Europe, Afrique, Amérique et aux Philippines. Elle compte quelque 30’000 membres. Organisation non- gouvernementale (ONG), elle a un statut consultatif auprès de l’ONU et du Conseil de l’Europe. Depuis septembre 1997, elle est admise comme «organisation oecuménique ayant des relations de travail avec le COE (Conseil Oecuménique des Eglises)». (apic/bb)

25 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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