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Fribourg: L’Eglise et la liberté religieuse – Hommage au cardinal Journet

Par Valérie Bory, Apic, Fribourg

Fribourg, 27 avril 2006 (Apic) L’Université de Fribourg s’est penchée sur la notion de liberté religieuse, dans le sillage du Concile Vatican II et sa Déclaration Dignitatis humanae personae. Le cardinal suisse Charles Journet a été l’un des artisans de l’acceptation de ce texte, comme l’ont rappelé les intervenants au Colloque universitaire du jeudi 27 avril, organisé en collaboration avec diverses institutions, dont la Fondation Cardinal Journet.

En rendant hommage au cardinal Charles Journet, dont on fête en 2006 les 80 ans de sa revue Nova et Vetera, l’Université de Fribourg a organisé jeudi 27 avril une Journée d’études sur l’Eglise catholique et la liberté religieuse «dans le sillage du Concile Vatican II». Différents historiens du catholicisme étaient présents pour débattre du Concile Vatican II qui promulguait le 7 décembre 1965 la Déclaration Dignitatis humanae personae. Le cardinal Journet fut à l’origine de l’acceptation de cet important document, qui pose la liberté religieuse comme droit de la personne humaine, tandis que l’ancienne notion englobe la liberté religieuse dans un tout.

L’abbé Jacques Rime, aumônier à l’Université et co-organisateur du Colloque, s’est penché sur l’intervention de Charles Journet au Concile Vatican II. Ce dernier, tout frais cardinal nommé par Paul VI, théologien écouté, dans la ligne de Jacques Maritain, entre dans le débat le 14 septembre 1965. Il se fait remarquer par plusieurs interventions mais c’est surtout le débat sur la liberté religieuse qui porte son empreinte. Des oppositions se font jour, dont celle, connue, de Mgr Marcel Lefebvre, qui ouvrira le schisme avec l’Eglise catholique. Le Concile votera dans un certain suspense, car une forte minorité contre la liberté religieuse aurait fait très mauvaise impression peu avant le discours que devait donner le pape aux Nations Unies à New York.

Journet emporte le Concile Vatican II

Le texte sera remis au cardinal Journet en consultation. Dans son Journal, il note «Je vais lui écrire (au pape) que c’est un bon texte – Plus de soucis!» L’intervention de Journet devant le Concile, le 17 septembre 1965, est pour beaucoup dans le résultat du vote. Dans Le Monde, Henri Fesquet écrit que son intervention a fait «une profonde impression sur les évêques réunis». Fin 1965, Dignitatis humanae personae est accepté par 1297 voix pour et 224 contre. Le cardinal Karol Wojtyla, le futur Jean Paul II, intervient pour fonder le terme liberté sur la loi morale et non sur la loi juridique, qu’un Etat peut toujours modifier. Il en sait quelque chose, en Pologne, alors que les pays derrière le rideau de fer sont toujours sous régime communiste.

L’abbé Rime explique qu’auparavant, l’Eglise défendait la toute puissance de la conscience face à l’Etat. Mais un changement de cap s’amorce: il s’agit dorénavant de l’aptitude de la personne à découvrir la vérité.» PourJacques Rime, ce document est des plus actuels: «La liberté religieuse n’est pas évidente partout dans le monde aujourd’hui». Et cela s’applique «aussi aux questions de bio-éthique».

Le texte pose encore la question de la laïcité. «La liberté religieuse justifie-t-elle la réaction laïciste?». Il faut dire que c’est dans les années 30 avec la montée des totalitarismes, que Journet et Maritain avaient élaboré cette importante notion de dignité de la personne.

Un texte qui va dans le sens du développement des Droits de l’homme

Pour Philippe Chenaux, professeur d’histoire à l’Université du Latran à Rome et auteur de nombreux ouvrages, Dignitatis humanae personae affirme le droit de la personne à suivre sa conscience en matière religieuse. Ce qui a déçu ceux qui voulaient un texte sur la liberté de l’Etat. L’historien affirme que ce texte va dans le sens des Droits de l’homme comme fondement de l’Europe communautaire.

En 1952 dans les prémices de l’Europe en construction, à l’époque du Traité de Communauté européenne de défense (CED), Pie XII, le premier, au Vatican renoncera à la thèse de l’Etat chrétien, remarque l’historien. Il n’est pas encore question de la liberté religieuse issue de Vatican II comme droit, mais on est sur la voie. Dignititas fondera, du point de vue de Rome, le droit de la personne à suivre sa conscience en matière religieuse. Ce qui allait dans le sens de la poursuite du projet européen. Dans le sens de la promotion des Droits de l’homme.

Toutefois, Journet, dont Chenaux était un ami, n’a rien écrit lui-même sur l’Europe, étant marqué dans l’après-guerre, comme nombre d’intellectuels, par un certain universalisme. Selon Philppe Chenaux, avec l’affirmation de la liberté religieuse, l’Eglise prend acte de la sécularisation de l’Europe et demeure confinée au pouvoir spirituel. La défense des droits de l’homme et de la liberté religieuse deviendra 10 ans après le Concile l’un des axes de la politique européenne du Saint Siège.

Comme le montrent les grands textes de Jean Paul II, qui appellent les gouvernants à respecter ce droit fondamental. «Le droit de religion est un droit élémentaire, en tout régime et en tout milieu», écrit le défunt pape. Ce qui est compréhensible pour un pape qui a dû lutter contre le régime communiste. Quant au rôle de Jean Paul II et de l’Eglise catholique dans la chute du communisme, l’historien attend avec impatience l’ouverture des archives de ce temps-là, pas encore accessibles. Pour lui, le pape Jean Paul II «qui a approfondi le Concile quant à la liberté religieuse», a pourtant été souvent compris dans le sens contraire (restauration de l’Europe chrétienne et hostilité à la modernité)

Avec les années 90, le Saint Siège manifeste un regain d’intérêt pour l’Europe, qui va se déployer à l’Est et parce que la Constitution européenne était en chantier, avec toute la polémique sur les racines chrétiennes de l’Europe, dont certains Etats comme la France ne voulaient pas. Philippe Chenaux a fait partie, avec le cardinal Georges-Marie Cottier, d’une Commission pour rapprocher les points de vue entre la France très laïciste et le Vatican, à ce sujet. (apic/vb)

27 avril 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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