Conférence du Père Jean-Pierre Torrell (130194)
Fribourg: l’horizon du théologien catholique entre Ecriture et Tradition
Fribourg, 13janvier(APIC) Faire de la théologie pour un catholique ne
saurait être une simple activité scientifique au même titre qu’une autre
discipline. Cette activité a un caractère social et engagé et possède par
nature une finalité pastorale. Telle est la conviction exprimée mercredi
soir par le Père Jean-Pierre Torrell dans le cadre de la semaine interdisciplinaire de la section francophone de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg.
Etudiants et professeurs de la Faculté s’interrogent durant une semaine
sur le thème «Faire de la théologie aujourd’hui». Après les questions
d’études bibliques et d’histoire de l’Eglise, la journée de mercredi était
consacrée à la théologie dogmatique.
S’appuyant sur Vatican II et sur saint Thomas, dont il est un des plus
éminents spécialistes, le Père Torrell a décrit l’horizon du théologien
catholique comme borné par les trois grands piliers que sont l’Ecriture, la
Tradition et l’Eglise. Car si elle doit répondre à des critères et à des
normes, la théologie dépend aussi d’une motivation, d’un état d’esprit.
Fondée pour défendre la foi, ce que l’on appelle la fonction apologétique, la théologie répond en fait à une requête interne à la foi elle-même.
Elle cherche à déchiffrer le sens de l’histoire du salut.
Revenant sur les rapports entre Ecriture et Tradition dans l’Eglise catholique, le Père Torrell souligne que la Tradition n’est que la réactualisation constante du don fait aux apôtres. Ainsi Tradition et Ecriture non
seulement ne s’opposent pas mais sont les expressions complémentaires de la
Révélation qui se prolonge dans l’expérience de l’Eglise. Le théologien ne
peut pas être un chercheur isolé. Il reçoit la Bible en Eglise et la vit en
Eglise qui est le lieu et la norme naturelle de la théologie.
L’Ecriture n’est pas un magasin où puiser des matériaux selon le besoin
pour prouver et pour réfuter ses thèses. Elle ne supporte pas une
interprétation fondamentaliste, mais exige une exégèse intégrale capable de
se mettre au service du message de salut. La théologie dépasse les normes
de l’histoire ou de la philologie.
Dans l’Eglise catholique, les Pères de l’Eglise jouissent d’une autorité
particulière. Selon saint Thomas, rappelle l’orateur, il faut estimer correctement leur valeur, qui ne découle pas de leur qualité personnelle mais
de leur qualité de témoins de la tradition vivante du peuple de Dieu. Mais
deux dangers guettent les chercheurs: le théologien risque de négliger la
critique des sources tandis que l’historien risque de sur-estimer l’importance de la documentation. Et le Père Torrell de mettre en garde contre un
magistère des savants qui primerait sur celui des évêques qui ont «reçu le
charisme qui certifie la vérité», selon les mots de saint Irénée.
En conclusion, le Père Torrell a développé quelques unes des idées forces de saint Thomas sur la manière de faire de la théologie. Outre la rigueur et la recherche des sources originales, saint Thomas insiste sur une
démarche globale, synthétique. La théologie n’est pas le simple apprentissage de branches diverses rassemblées par hasard, mais une réalité organiquement structurée dont l’objectif est de retrouver la cohérence de l’histoire du salut. Enfin la pratique théologique ne saurait être détachée de
la vie chrétienne, de la prière et de la contemplation. L’homme ne peut
s’approprier en maître le mystère de Dieu. Il le respecte et l’accueille.
Une attitude qui fait peut-être aujourd’hui un peu défaut, ajoute le professeur. (apic/mp)



