87 films pour célébrer la vie et faire oublier les bruits de bottes

Fribourg: La 17ème édition du Festival International de films de Fribourg s’ouvre le 16 mars

Fribourg, 25 février 2003 (APIC) La 17ème édition du Festival International de films de Fribourg (FIFF) s’ouvre le 16 mars dans un contexte mondial tendu. «Nous allons présenter 87 films de 40 pays pour célébrer la vie et faire oublier les bruits de bottes», a lancé mardi 25 février Martial Knaebel, directeur artistique du FIFF.

Le Festival de Fribourg, qui s’est créé une place enviée en Suisse, compte cette année dépasser de 10% les 25’000 visiteurs de l’an dernier. Misant sur la jeunesse, le FIFF a mis sur pied 28 séances spéciales où sont déjà inscrits 5’000 élèves. C’est un réalisateur mauritanien vivant en France, Abderrahmane Sissako, qui ouvrira les feux le dimanche 16 mars avec son film «Heremakono» (En attendant le bonheur), et un autre Africain, Flora Gomez, de la Guinée Bissau, qui clôturera le Festival le dimanche 23 mars avec son film «Nha Fala» (ma voix).

Dialogue des cultures face aux confrontations violentes

Lors de la présentation de cette nouvelle édition, Charles Ridoré, président du FIFF, n’a pas manqué lui non plus d’attirer l’attention sur la situation internationale menaçante et de plaider pour le dialogue entre les cultures et l’ouverture au monde.

«Il y a ces bruits de bottes, ces tentations de croisades et de confrontations violentes au nom de mobiles qui ne sont jamais clairement avoués», a relevé Charles Ridoré. Mettant en garde contre l’homogénéité que tend à imposer la mondialisation, le secrétaire romand de l’Action de Carême a dénoncé la vague de «pensée unique, compagne et complice de la globalisation économique et financière» qui pousse à réduire la diversité culturelle. Tout le contraire de la philosophie du Festival de Fribourg, créé en 1980 sous le nom de Festival de films du tiers monde, dont le but est de construire des ponts entre les cultures.

Si l’Amérique latine traverse à l’heure actuelle une crise économique très dure, relève pour sa part Martial Knaebel, ce continent, paradoxalement, n’a jamais autant produit de si bons films et révélé un aussi grand nombre de jeunes réalisateurs talentueux et qui «en veulent». Mais le Festival montrera aussi d’autres cinéastes, comme le Cambodgien Rithy Panh, qui tente, avec son film «S21, la Machine de mort khmère rouge», de provoquer une catharsis du drame vécu par son peuple sous la botte de Pol Pot. Et Martial Knaebel de citer encore des «météores» qui illuminent la sélection de cette année, comme le Mozambicain Licinio Azevedo, auteur de «Désobéissance», qui tourne en vidéo car il n’a jamais eu les moyens de se payer du 35mm, ou cette résurrection – version sud- coréenne – de la «petite fille aux allumettes» de Hans Christian Andersen.

Cette année, le Festival innove: outre une série de séminaires qui permettront la rencontre avec des réalisateurs du Sud qui auront fait le déplacement de Fribourg – le FIFF a également mis sur pied une rétrospective «Comédies musicales», un genre présent dans le monde entier. «Quand on dit Afrique, Asie, Amérique latine, la plupart des gens pensent: famines, guerres, catastrophes en tous genres. Et ’comédie musicale’ fait immédiatement penser à Hollywood. C’est pour s’attaquer à ces deux préjugés à la fois que le FIFF a organisé cette rétrospective, pour montrer que la capacité de rire des hommes – et surtout des femmes – reste grande, malgré des situations difficiles», a souligné pour sa part Martin Girod, directeur du FilmPodium de Zurich.

Et le spécialiste de rappeler que c’est l’Inde qui produit le plus grand nombre de comédies musicales dans le monde, une tradition qui remonte aux années 50 déjà. Mais l’Egypte et le Brésil, à la même époque, n’étaient pas en reste, puisque même le grand Youssef Chahine n’a pas dédaigné le genre. Hollywood n’a donc rien inventé!

Au même titre que les grands romans populaires du 19e siècle, les comédies musicales ont le mérite de donner, a posteriori, un instantané assez fidèle des aspirations populaires de leurs époques. De l’Argentine à l’Australie, de la Guinée à la Corée du Sud, sans oublier l’Egypte et l’Inde, le Festival propose un tour du monde de la comédie musicale, avec des films de Paul Leduc, Youssef Chahine, Park Je-hyun ou Kapoor Raj.

«Jénine, Jénine», film palestinien censuré en Israël

A côté de la Compétition officielle – 11 longs métrages concourent pour le Regard d’Or (Grand Prix du Festival) et le Prix Spécial du Jury -, le Festival annonce cette année le lancement d’une nouvelle section. Intitulée «Documentaires en compétition», elle verra dix films concourir, dont «Jénine, Jénine», le film palestinien de Mohamed Bakri censuré en Israël. Elle succède au Prix de la Presse politique et présente des films de cinéastes engagés. Décerné par un jury spécialisé, composé par le photographe Charles-Henri Favrod et les réalisateurs André Gazut et Samir, le Prix du documentaire s’élève désormais à 6’000 francs suisses. Il est attribué conjointement par le quotidien «La Liberté» et la Télévision Suisse Romande, nouveau partenaire du FIFF cette année.

Parmi les cinq membres qui composeront le Jury International, le Festival accueillera Tatiana Gaviola (réalisatrice de documentaires et professeur de cinéma à l’Université de Santiago, Chili), Pradip Biswas (critique de cinéma, auteur de nombreux ouvrages sur des réalisateurs, Inde), Licinio Azevedo (réalisateur de documentaires très présents à Fribourg, Mozambique), Jean-Loup Passek (directeur de la Caméra d’Or à Cannes, fondateur du Musée de la photographie au Portugal, éditeur au Centre Georges Pompidou à Paris, France).

La nouvelle série de séminaires permettra aux étudiants et au public de partager les expériences des cinéastes invités du festival. Ainsi participeront Abderrahmane Sissako, Mario Handler, présent dans «Documentaires en compétition», Patricia Plattner, Shaji Karun, qui inaugurent la section «Regards croisés», et Fernando Perez, qui commentera la thématique visuelle et narrative de son dernier film, «Suite Habana», présenté en Compétition officielle. Chaque matin, du lundi au vendredi, ils exposeront leur manière de travailler, leur vision du cinéma, leur culture.

Un budget de 1,5 million de francs

Directrice du FIFF, Rachel Brulhart espère que le cap des 25’000 spectateurs de la cuvée 2002 sera dépassé cette année. Le budget 2003, en légère hausse, se monte à 1,5 million, dont 450’000 proviennent de la Loterie romande, 400’000 répartis en parts égales entre la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) et l’Office fédéral de la culture, ainsi que 150’000 francs d’entrées.

Les 500’000 francs restants proviennent des cotisations des membres de l’association et autres sponsors comme Coriolis Promotion, l’Etat de Fribourg, la ville de Fribourg, la ville de Bulle, le quotidien «La Liberté», Radio Suisse romande La Première, l’entreprise Marc Salafa ou encore les Entreprises Electriques Fribourgeoises. (apic/be)

25 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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