Aider à supporter l’impuissance face au quotidien
Fribourg: La Main Tendue cherche du soutien du côté des collectivités publiques
Fribourg, 1er mai 2007 (Apic) A travers toute la Suisse, près de 600 bénévoles de La Main Tendue (MT) se relaient jour et nuit pour répondre au téléphone – le célèbre numéro 143 – dans 12 centres d’écoute. Fribourg est branché sur le centre d’écoute du Nord-Ouest (*), le seul centre bilingue de Suisse, fondé en 1963 à Bienne, précise Gottfried Müller, président du comité fribourgeois de La Main Tendue.
Depuis maintenant un demi-siècle en Suisse, La Main Tendue est 24h sur 24 et 7 jour sur 7 à l’écoute de personnes qui traversent une crise de la vie ou sont confrontées aux soucis du quotidien. En respectant une règle de base: l’anonymat. C’est le seul service social qui travaille d’une façon strictement anonyme «et les gens le savent», précise G. Müller.
Sur les quelque 9’000 contacts annuels du poste de Bienne (sans compter 4’500 autres qui sont des appels silencieux, des erreurs. ou souvent des plaisanteries d’adolescents, surtout dans la partie alémanique et les jours de congé scolaire !), pas loin des trois quarts des appelants sont des femmes. Près des deux tiers des appels viennent de personnes âgées de 20 à 60 ans, plus de 31% sont des personnes de plus de 60 ans, tandis que les moins de 20 ans ne sont que 4,5%. La majorité de ceux qui téléphonent sont de langue française (57,2%), les autres étant essentiellement de langue allemande.
Une solitude de plus en plus pesante
«Il est intéressant de noter que 41,1% des personnes téléphonent entre 20h et 8h00 du matin, c’est dire l’importance de la solitude, c’est un signe de notre société», souligne Gottfried Müller, président de l’association fribourgeoise de La Main Tendue. Allemand d’origine et fribourgeois de coeur, G. Müller est aujourd’hui retraité. Il fut technicien et vendeur en photographie de reproduction dans le domaine de l’imprimerie.
Ce Fribourgeois d’adoption (il y vit depuis 1972), note que très souvent, des psychiatres adressent leurs patients au 143. Les cas de maladies psychiques concernent 10% des appels. Si le suicide concerne 1.2% des appelants, la dépression (4,7%), l’angoisse (4%), des problèmes physiques (5,6%), de sexualité (1,8%) ou de drogue (2,5%) viennent loin derrière les problèmes de solitude (19,4% des appels) ou de gestion du quotidien (9,1%). «Il arrive que l’on nous adresse de vrais SOS. Cela est déjà arrivé que quelqu’un qui a absorbé une grande dose de médicaments nous appelle, pour l’accompagner dans ses derniers instants. Quant aux tendances suicidaires, on ne peut évaluer ce qu’il advient ensuite, car les appels sont anonymes», précise Gottfried Müller.
Certaines personnes souffrant de solitude reçoivent le conseil de s’adresser à une paroisse ou à un groupe d’aînés, par exemple. Les personnes qui sont à l’écoute, selon la nature des demandes, peuvent communiquer les adresses des services sociaux, de Caritas, de SOS Futures Mères, etc. Les bénévoles sont sur le pont 24h par mois, à raison de 4 services mensuels. La moyenne d’âge tourne autour de 55 ans. «Ce ne sont pas des personnes très jeunes, car il faut avoir déjà une certaine expérience humaine», précise-t-il.
L’huile dans les rouages des rapports sociaux
A noter que les gens qui s’adressent à la MT pour des problèmes strictement matériels (finances, travail, chômage) sont une petite minorité (3,2%), car ces problèmes sont d’ordinaire pris en charge par les ORP (organismes de placement des demandeurs d’emploi) ou les services sociaux régionaux. «L’essentiel des appels sont d’ordre relationnel, ce qui montre que notre société manque d’huile dans les rouages des rapports sociaux».
Un entretien personnel sur ces difficultés aide souvent à définir de nouvelles pistes. L’appelant qui cherche aide et conseil auprès du 143 ne paie que la taxe de base de 20ct par appel – pour le téléphone portable, c’est le coût d’un appel régional – , indépendamment de la durée de l’appel et de sa provenance. Un cadeau de Swisscom !
Le président de l’association fribourgeoise de La Main Tendue précise que pour maintenir un centre d’appel comme celui de Bienne, il faut une cinquantaine de bénévoles. La seule chose qui leur est payée par cette association privée est une modeste contribution pour le transport.
Trouver de l’argent public
L’association a en fait besoin d’argent essentiellement pour la formation de base et continue de ses bénévoles, et pour payer les loyers. Pour la formation, elle fait appel à des psychologues. Pour la supervision, l’association engage également des professionnels. Dans le but de faire face à ses besoins, l’association tente de rallier les communes pour qu’elles versent 10 centimes par habitant et par an. L’an dernier, la MT a ciblé les 60 communes les plus aisées du canton, avec plus ou moins de succès.
Gottfried Müller souhaiterait un plus grand soutien de la part des collectivités publiques, car si le total des charges du poste de Bienne s’élèvent pour l’année dernière à un peu plus de 400’000 francs (soit un déficit de quelque 20’000 francs), Fribourg ne participe qu’à raison de 13,5% à son financement, alors que les appels en provenance du canton dépassent les 1’600 (environ 18%).
A Bienne, La Main Tendue dispose d’une cinquantaine de bénévoles venant de tous les cantons du centre d’écoute du Nord-Ouest, et fonctionne grâce à trois salariés (ce qui équivaut à 2 postes plein temps) actifs au sein du secrétariat et de la direction du poste.
«Les personnes qui écoutent ne sont ni des médecins, ni des psychologues, ni des juristes, ni des missionnaires», précise le président du comité fribourgeois, qui reconnaît cependant que les motivations de nombre d’écoutants sont chrétiennes. Mais la charte éthique de l’association – reconnue d’utilité publique par le Zewo, le bureau central des oeuvres de bienfaisance – est claire: elle s’abstient de tout jugement et s’engage à n’exercer aucune influence politique et religieuse. JB
Encadré
Une action ouverte à toute personne
La Main Tendue est ouverte à toutes les personnes qui ont besoin d´un entretien personnalisé, quels que soient leur âge, leur statut social et la nature de leur problème. Elle se voit comme un service rendu au prochain dans l´objectif d’éviter aux appelants de rester seuls avec leurs préoccupations personnelles. Le téléphone 143 est à la disposition des personnes qui traversent une crise aiguë comme de celles dont la situation de vie requiert un soutien sur une longue période. JB
Encadré
Le soutien de Gottlieb Duttweiler
En 1953, le pasteur londonien Chad Varah crée un service téléphonique de secours pour aider les personnes suicidaires. Au vu de l’importance du nombre des appelants, il a été nécessaire de recourir à des aides bénévoles. Par la suite, des services téléphoniques de secours ont été créés dans toute l’Europe. A l’initiative du pasteur Kurt Scheitlin de la mission de la ville de Zurich et dans un but identique, La Main Tendue de Zurich est créée en 1957 avec le soutien Gottlieb Duttweiler, le fondateur de la Migros. 1959 voit la création du premier poste en langue française: «La Main Tendue de Genève». En 2007, ce sont 12 postes qui sont répartis dans toutes les régions linguistiques de la Suisse. L’accès facile au téléphone 143 ou à www.143.ch constitue une aide importante dans les situations de crise, et contribue à empêcher des actes irrémédiables, souligne La Main Tendue. JB
(*) Le centre d’écoute du Nord-Ouest reçoit des appels provenant de la région Bienne-Seeland, du canton de Neuchâtel, du canton de Fribourg, du canton du Jura, du Jura bernois et d’une grande partie du canton de Soleure. Sur 12 postes en Suisse, Bienne est le seul poste bilingue. (apic/be)



