La faute aux dégâts et au manque de moyens financiers

Fribourg: La Valsainte pourrait être amputée d’une partie de ses murs

Fribourg, 5 août 2004 (Apic) La Valsainte, le monastère des chartreux, pourrait être «amputée» du tiers de ses murs actuels. La faute aux dégâts, à l’érosion et aux manques de moyens financiers. Au point que le démontage du tiers le plus endommagé des 35 cellules des moines de La Valsainte est largement évoqué.

La dernière chartreuse de Suisse a mal à ses murs. L’option de sacrifier une dizaine de cellules est en discussion, écrit Patrick Vallélian, dans l’édition de jeudi du quotidien romand «La Liberté», à Fribourg.

Faudra-t-il amputer La Valsainte pour la sauver du mal qui ronge ses murs et lézarde ses façades depuis quelques années? La question se pose désormais au sujet du monastère situé à deux pas de Cerniat, en Gruyère, proche de Broc, et qui fait l’objet d’une opération de sauvetage. Selon les derniers sondages effectués ce printemps pour évaluer l’état des murs de La Valsainte, les dégâts sont encore plus importants que prévu. La faute à de constants ruissellements d’eau qui sapent les fondations de la vénérable institution née en 1295.

D’après les spécialistes, écrit «La Liberté», la situation est grave. Il faudrait détruire certaines parties avant de les reconstruire à l’identique pour stopper les outrages du temps. Une option onéreuse. Beaucoup trop pour le budget d’assainissement actuel qui se monte à cinq millions de francs. Seuls les trois quarts de la somme ont été récoltés jusqu’à aujourd’hui. «Même si aucune estimation du surcoût n’a été encore réalisée, nos fonds ne suffiront pas», confirme Jean-Luc Moner-Banet, président de l’association pour la conservation des lieux.

En attendant la manne cantonale et fédérale

En d’autres termes, à moins que le canton de Fribourg et la Confédération, qui ont promis une contribution de plus de deux millions de francs, ne remettent la main au porte-monnaie ou qu’un généreux donateur n’allonge plusieurs millions, il faudra choisir ce qui pourra être conservé ou non, reconnaît Jean-Luc Moner-Banet.

Une «déconstruction», soit le démontage du tiers le plus endommagé des 35 cellules monacales, est ainsi évoquée. Elle sera discutée avant que les travaux de rénovation ne débutent cet automne. Leur première étape, qui consistera notamment à construire un réseau de drainage et un d’eaux usées, vient d’ailleurs d’être mise en soumission.

Pas à n’importe quel prix

L’association ne va pas se battre pour tout sauver… Un avis que partage le Père prieur Paul Fehr, responsable de la communauté. «Notre monastère est devenu trop grand pour nous». Il accueille actuellement une vingtaine de Pères et de Frères. Et le preur de constater: «De toute façon, les cellules concernées ne sont pas occupées».

Du côté des Service fribourgeois des biens culturels, son chef adjoint Aloys Lauper dit être informé de la situation. «La partie concernée est la plus récente de la chartreuse. Elle date du début du XXe siècle. Nous devrons estimer sa valeur historique». LIB

Encadré

Historique de la chartreuse

La Valsainte (anciennement Vallée de tous les Saints) a été fondée en 1295, par Girard I, seigneur de Corbières. Richement dotée en biens fonciers, la Chartreuse attira sous l’ancien régime les convoitises du gouvernement fribourgeois et en 1778, avec l’autorisation du pape, ses biens furent répartis entre l’évêché de Lausanne (spolié par la Réforme et réfugié à Fribourg à la fin du XVII), l’Etat de Fribourg, le Collège Saint Michel et le Grand séminaire. La Révolution française, l’époque napoléonienne et le Kulturkampf ont également été riches en tribulations: en 1791, il accueillaient les cisterciens de Soligny, mais les Chartreux fuyaient la Valsainte à l’approche des troupes françaises en 1798. Ils y revenaient en 1802, mais à demande de Napoléon, en conflit avec des trappistes italiens, la Valsainte demeurait fermée de 1812 à 1814. Occupée à nouveau par des trappistes, elle passa en mains rédemptoristes de 1818 à 1824. Abandonnée pendant près de 40 ans, les Chartreux la réintégraient en 1861, date à laquelle le gouvernement fribourgeois rétablissaient les communautés religieuses supprimées en 1848. (apic/lib/pv/pr)

5 août 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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