Suisse

Fribourg: le cardinal Turkson aux 15 ans de l'Adoration Perpétuelle

Depuis le 19 octobre 2005, fait unique en Suisse, le Saint-Sacrement est adoré nuit et jour, sept jours sur sept, en ville de Fribourg. Pour célébrer les 15 ans de l’Adoration Perpétuelle, les organisateurs avaient, le 3 octobre 2020, invité le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral.

La veille, au cours d’une messe festive célébrée par l’abbé Martial Python en l’église des Cordeliers, l’Adoration Perpétuelle avait été placée sous le patronage de sainte Marguerite Bays.

Le cardinal Turkson a partagé à Fribourg sa vision de l’écologie intégrale | © Jacques Berset

Venu tout exprès de Rome, le prélat ghanéen de 72 ans, un proche du pape François, a animé cette «Journée eucharistique» en donnant un enseignement sur «L’eucharistie et le développement intégral» devant près de 100 personnes.

William Frei, coordinateur de l’Adoration Perpétuelle, saluant le prélat ghanéen, créé cardinal-prêtre de San Liborio par le pape Jean Paul II en 2003, a rappelé qu’il était en charge depuis 2016 du nouveau dicastère pour le Service du développement humain intégral. Cet important dicastère du Vatican concerne les problématiques de la justice et de la paix, des migrations, de la santé, de la sauvegarde de la création ainsi que les œuvres de charité de l’Eglise.

William Frei, coordinateur de l’Adoration Perpétuelle à Fribourg | © Jacques Berset

Commençant son enseignement en faisant chanter par la foule le «Veni Creator», cet hymne grégorien signifiant «Viens Saint Esprit Créateur», le cardinal Turkson, a souligné que le développement humain intégral n’est pas le simple développement économique et technique.

«La préoccupation pour le développement social a été la première préoccupation de l’Eglise depuis sa naissance

«La préoccupation pour le développement social de l’humanité est un thème que l’Eglise a pris et considéré comme sa première préoccupation depuis sa naissance. Une réflexion sur le sens d’une vie humaine authentique dans l’histoire et la culture a trouvé une expression déjà dans les Ecritures et dans les écrits des Pères de l’Eglise, et elle est maintenant enseignée par le Magistère dans la doctrine sociale de l’Eglise», note l’orateur.

«Ainsi, nous les êtres humains et notre bien-être ont été la principales préoccupation de Dieu depuis le début !», a lancé d’emblée le cardinal ghanéen. Dans l’Eglise ancienne, ce qu’on appelle aujourd’hui «développement»  prenait très souvent la forme de la charité envers les pauvres. Avec Rerum Novarum, la grande  encyclique du pape Léon XIII, l’Eglise se préoccupe désormais de justice sociale.

Fanion de l’Adoration Perpétuelle à l’église des Cordeliers | © Jacques Berset

De la charité envers les pauvres à la justice sociale

Le pape Jean XXIII introduit l’idée de «développement humain intégral» dans le magistère pontifical. En 1967, c’est le pape Paul VI qui théorise dans Populorum Progressio la notion de développement humain intégral, et appelle le développement le «nouveau nom de la paix». Cette notion sera approfondie par ses successeurs, Jean Paul II et Benoît XVI, et aboutira à une conception originale du développement, en rupture avec le projet dominant.

Dans son encyclique Caritas in veritate (L’amour dans la vérité), Benoît XVI rappelle que cet amour dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est «la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière». (Civ, 1). Pour le pape François, «l’amour social est la clef d’un développement authentique». Il le dit dans son encyclique Laudato si’.

Aux Etats-Unis, le mot ‘social’ équivaut à socialisme, voire à communisme

Dans une digression, le cardinal Turkson a relevé que cette notion d’amour social faisait problème dans certains milieux catholiques aux Etats-Unis, où le mot «social» est immédiatement assimilé à «socialisme», voire à communisme… «C’est à nous d’essayer d’expliquer cette notion, l’apôtre Jacques (Ja 2.14-26 ) nous rappelant que ‘la foi sans les actes est morte. Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, alors qu’il n’agit pas, à quoi cela sert-il?»

Une approche holistique du développement de la personne humaine

Entre le pape qui a ouvert le concile Vatican II et le pape qui l’a fermé, une idée du développement et du progrès de la personne humaine est née, une approche holistique du développement de la personne humaine qui couvre tous les aspects de la vie: social, économique, politique, spirituel, culturel, personnel et s’étend à toutes les personnes, à tout âge.  

Le cardinal Peter Turkson rappelle, en citant l’apôtre Jacques, que la foi sans les actes est une foi morte | © Jacques Berset

Il souligne que le «développement intégral et authentique» s’enracine dans une «anthropologie relationnelle» et dans l’interconnexion et l’interrelation de toutes choses. La personne humaine est créée pour coexister avec les autres afin de poursuivre leur bien commun. Pour le cardinal Turkson, le développement humain intégral est le moyen de l’Eglise pour sauvegarder la dignité de la personne. Et d’affirmer que c’est l’eucharistie, «source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise», «médecine de la faiblesse des personnes», qui est le fondement de la promotion humaine intégrale.

«L’eucharistie nous lie étroitement avec l’écologie»

Et pour le prélat ghanéen, la présence du Christ ressuscité, dans le pain consacré, «fruit de la terre et du travail des hommes», nous lie étroitement à la sauvegarde de la création, à l’écologie humaine, comme l’a souligné le pape François dans son encyclique Laudato si’. Une écologie qui va bien au-delà de la simple préservation de la nature, mais qui comprend également la lutte pour la justice sociale. «L’eucharistie, conclut-il, renforce notre action envers nos frères». (cath.ch/be)

Une présence jour et nuit depuis 15 ans, sans interruption
Depuis 15 ans, sans interruption (sauf au début de la pandémie, du 18 mars au 21 mai 2020), un groupe de fidèles assure une présence jour et nuit devant le Saint-Sacrement exposé au cœur de la ville de Fribourg. Grâce à l’exposition perpétuelle, chacun peut s’arrêter un instant dans la chapelle, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, pour vivre un temps de prière. Le Saint-Sacrement est exposé le jour à la chapelle Maximilien Kolbe et la nuit à la chapelle des Ermites, où se trouve la Vierge Noire. Après 12 ans passés à la coordination de l’Adoration Perpétuelle, le Valaisan Charles-Henri de Roten a passé la main au début 2017 au couple William et Joëlle Marie Frei. Depuis cette date, c’est un diplomate à la retraite d’origine zurichoise, né en 1950 à Berne et habitant Donatyre, dans la commune d’Avenches, qui a repris le flambeau avec son épouse.

Intégrer l’Adoration Perpétuelle dans l’Eglise locale fribourgeoise
Entré en 1981 au service du Département fédéral des affaires étrangères, William Frei, qui fut  consul général de Suisse à Shanghai de 2006 à 2010, a une longue carrière diplomatique derrière lui. Il fut notamment en charge des relations avec le Parlement européen à Bruxelles et à Strasbourg. La tâche de William et de son épouse d’origine lilloise est d’assurer la continuité des équipes d’adorateurs, avec la volonté de bien intégrer l’Adoration Perpétuelle dans l’Eglise locale. Cette initiative a l’appui de l’évêque diocésain, Mgr Charles Morerod, de son auxiliaire, Mgr Alain de Raemy et de prêtres fribourgeois.
Le souci est d’assurer la permanence de l’Adoration, car s’il y a bien une bonne centaine d’adorateurs, il faut penser aux week-ends et aux périodes de vacances, quand les gens sont absents. Chaque mois, une messe est célébrée par une personnalité d’Eglise, en vue de réunir les adorateurs et de stimuler leur ferveur. Animée durant l’année universitaire par des jeunes de Fribourg, elle se prolonge par une bénédiction du Saint-Sacrement. Une «Journée eucharistique» a lieu une fois par an. Un enseignement y est donné sur le thème de l’eucharistie, suivi par une messe festive et une veillée d’adoration. JB

Le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le Service du Développement humain intégral, était invité à Fribourg pour les 15 ans de l'Adoration Perpétuelle | © Jacques Berset
3 octobre 2020 | 23:43
par Jacques Berset
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