Le patriarche Grégoire III Laham lance un appel à la solidarité
Fribourg: Le chef de l’Eglise grecque-melkite catholique à Damas en visite en Suisse
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg, 13 septembre 2006 (Apic) Le patriarche de l’Eglise grecque-melkite catholique Grégoire III Laham, domicilié à Damas, a lancé mercredi à Fribourg un appel au soutien des Européens. Cette solidarité doit aller non seulement à la minorité chrétienne de Terre Sainte, mais à toute la population de cette région éprouvée par la guerre et la violence, en particulier à la jeunesse, qui forme le 60% de ses 70 millions d’habitants.
En tournée depuis quelques jours en Europe, le patriarche Grégoire III Laham était mercredi 13 septembre de passage à Fribourg, où il était accueilli par la Conférence des évêques suisses (CES). Il y était l’hôte notamment de Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, et de l’évêque auxiliaire Pierre Bürcher, président de l’oeuvre d’entraide Catholica Unio Internationalis, et responsable pour les Eglises d’Orient en Suisse. Le patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem des grecs-melkites catholiques habite le quartier de Bab-Charki, à Damas, mais également dans une résidence à Raboueh/Antélias, près de Beyrouth, au Liban.
Grégoire III voyage en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et en Autriche pour demander aux chrétiens, en particulier aux responsables politiques et aux hommes d’Eglise, de s’engager davantage pour une paix durable au Proche Orient. Surtout après les destructions et les bombardements israéliens qui ont frappé le Liban durant l’été. «Les dégâts aux églises, centres paroissiaux et écoles, rien que pour le diocèse melkite de Tyr, atteignent le million de francs, sans parler des maisons détruites et des fidèles tués.»
Selon le patriarche, ce n’est qu’avec un réel effort de l’Europe en faveur d’une paix authentique – il n’y a pour le moment «pas tellement à attendre des Etats-Unis» tant que le président Bush est au pouvoir! – que l’on pourra éviter un dangereux durcissement des positions entre Orient et Occident, entre cultures et religions. Avec sinon le risque que se réalise la dangereuse prophétie du professeur américain Samuel Huntington sur le «choc des civilisations», qui ne signifie pas autre chose qu’un grand cataclysme, qu’une fin du monde apocalyptique.
Interrogé par l’Apic sur l’émigration massive des chrétiens du Moyen-Orient – la moitié des quelque 1,2 million de chrétiens d’Irak ont déjà fui le pays depuis l’invasion américaine d’il y a trois ans et demi – le patriarche melkite a retourné la question. «Le plus important, ce n’est pas la présence des chrétiens en soi, mais le sens de leur présence sur cette terre du Moyen-Orient, au Liban, en Palestine, en Syrie, en Israël. Le Moyen-Orient, c’est une terre unique où tous les monothéismes sont chez eux: les juifs, qui étaient chez eux dans toute la région avant la fondation de l’Etat d’Israël, les chrétiens qui ont leurs lieux saints à Jérusalem, à Bethléem, à Nazareth, les musulmans, qui autrefois dirigeaient leur prière non pas vers la Mecque, mais vers Jérusalem, qui a toujours été une ville sainte pour les trois religions monothéistes».
Pour le patriarche melkite, chef d’une Eglise orientale unie à Rome, l’Orient est le berceau du christianisme, «les chrétiens n’ont pas été importés par les croisés!» Ce n’est pas «pour nos beaux yeux que vous devez nous soutenir, mais pour le rôle que nous jouons au Moyen-Orient, pour ce que nous représentons, pour que dure cet exemple de convivialité». A propos de l’édification de l’Etat d’Israël au Moyen-Orient, le patriarche melkite a estimé que c’est un péché et un crime que l’on a fait en les confinant dans un «ghetto».
«C’est la fondation d’Israël qui les a mis dans un ghetto en leur demandant à tous de venir dans ce pays, pour en renforcer les murs, alors qu’ils étaient chez eux à Bagdad, à Damas, au Caire, à Alexandrie, à Saïda, à Beyrouth. C’était un modèle unique de convivialité, et on devrait le préserver pour restaurer la paix dans cette région du monde, sinon les juifs vont toujours vivre dans la peur, les chrétiens émigrer et les musulmans n’avoir plus d’autre vision qu’un islam fondamentaliste».
Pour éviter cette conflagration, le patriarche Grégoire III Laham fait appel à l’Europe chrétienne – qui doit éviter à tout prix de s’aligner sur la politique des Etats-Unis – pour qu’elle se solidarise avec les populations du Moyen-Orient. «Si l’on peut gagner ces 70 millions d’Arabes à l’idée de paix, en s’attaquant aux racines de la violence, pas seulement en dénonçant toujours le ’terrorisme’, ce sera un gain pour le monde entier», insiste-t-il. JB
Encadré
Construire des ponts et non des murs
«Détruire les ponts et construire des murs, c’est ce qui arrive aujourd’hui au Moyen-Orient. Or, c’est juste le contraire qu’il faut faire: construire des ponts, afin que les hommes puissent se rencontrer, et détruire les murs qui les séparent: c’est là la garantie d’une vie digne des hommes sur cette terre, dans notre monde arabe, au lieu du feu qui brûle et des armes qui sèment la mort et suscitent les lamentations, en Palestine, en Irak et au Liban», affirme dans son message le patriarche Grégoire III, dont le siège se trouve dans le quartier de Bab-Charki, à Damas.
Le chef de l’Eglise melkite catholique affirme que toutes les calamités, les crises, les guerres et les avanies du Moyen-Orient sont le produit du conflit israélo-palestinien. A ses yeux, la Terre Sainte est devenue, depuis plus d’un demi-siècle, la clé de la guerre et l’origine de tous les conflits dans la région. «De même, sont produits de ce conflit les mouvements fondamentalistes, Hamas, le Hezbollah, ainsi que la désunion et la discorde dans le monde arabe, le manque de développement et de prospérité, le ressentiment et le désespoir des jeunes, qui forment la majorité de la population des pays arabes».
Le patriarche estime que la concorde, qui seule peut rétablir la paix et la justice en Palestine et dans tout le Moyen-Orient, suppose une position arabe unifiée, ferme, active, franche, sur la question palestinienne, mais aussi une position américaine et européenne également sincère, ferme et unifiée. «Nous nous trouvons à un tournant historique: Arabes et Israéliens doivent se mettre ensemble pour tirer les vraies leçons de ce qui se passe maintenant au Liban et de tout ce qui s’est passé pendant toutes leurs guerres».
Une des conséquences les plus importantes de ce conflit est l’émigration des intelligences, des jeunes, des musulmans modérés, et spécialement des chrétiens. «Tout cela affaiblit l’avenir de la liberté, de la démocratie et de l’ouverture dans la société arabe». La constante émigration chrétienne de cette région a des retombées extrêmement graves: c’est une grande perte pour le pluralisme et la diversité dans le monde et dans la société arabe, mais aussi pour le dialogue islamo-chrétien, qui est un dialogue religieux, mais également culturel, un dialogue des civilisations.
L’émigration des chrétiens du Moyen-Orient signifie que la société arabe deviendrait une société entièrement et exclusivement musulmane, face à la société «occidentale», dite «chrétienne» (même si beaucoup de ces pays sont devenus «laïcs») d’Europe et d’Amérique. «Dans cette perspective, on va vers un conflit entre l’Orient arabe et islamique et l’Occident ’chrétien’, vers un conflit islamo-chrétien». Alors que les chrétiens d’Orient sont une partie intégrante du Moyen-Orient. «Nous sommes des Eglises solidaires de ce monde, nous vivons avec l’islam depuis près de 1’400 ans». JB
Des photos du patriarche Grégoire III Laham sont disponibles auprès de l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. CP 253 – Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch (apic/be)



