Fribourg: Le «Dies academicus» a officiellement ouvert l’année universitaire

Le bilinguisme, un atout au niveau national et européen

Fribourg, 16 novembre 2003 (Apic) L’Université de Fribourg, en Suisse, a vécu samedi 15 novembre sa traditionnelle journée officielle d’ouverture. Le «Dies academicus» s’est déroulé dans un contexte de record du nombre d’étudiants (plus de 10’000 cette année) et d’adaptation des programmes aux normes européennes, dites de «Bologne». Le bilinguisme du canton, et de son Université, devrait permettre à Fribourg d’accueillir le Centre national d’études sur le plurilinguisme.

La conseillère d’Etat Isabelle Chassot (PDC), cheffe de l’Instruction publique, a rappelé lors de son discours certains grands défis devant lesquels se trouve l’Université de Fribourg, notamment l’adaptation en cours des programmes aux standards européens de «Bologne». Elle a incité le rectorat à regrouper ses forces, à s’appuyer toujours davantage sur ses réseaux de contact scientifiques et à proposer des projets d’envergure.

Isabelle Chassot s’est dite convaincue que «Fribourg est l’endroit prédestiné pour accueillir le Centre d’études sur le plurilinguisme projeté dans le cadre de la nouvelle loi fédérale sur les langues». «Notre canton constitue un parfait laboratoire pour ce projet qui relève de notre identité nationale. Les rapports entre la majorité et la minorité linguistiques qui sont présents dans le canton de Fribourg sont significatifs pour les équilibres qui régissent la Suisse. Nous les vivons au quotidien», a soutenu la conseillère d’Etat, rendant hommage au bilinguisme et à la multiculturalité vécus de l’Université, «une réalité de chaque instant, et ceci depuis sa création».

Un canton de Fribourg alors dirigé par les francophones

Dans son discours intitulé «Université bilingue: vision et réalité», le recteur Urs Altermatt a rappelé les racines historiques du bilinguisme de son Université. Même si elle a été fondée, en 1896, dans un canton où le français et l’allemand ont traditionnellement cohabité, son bilinguisme ne s’est pas imposé de soi à ses débuts. Les magistrats cantonaux étaient alors tous francophones, a rappelé l’historien Altermatt. Le premier conseiller d’Etat alémanique n’a été élu qu’en 1936. Mais le bilinguisme de l’Université fait partie de la volonté de ses fondateurs, car elle a toujours été considérée comme celle des catholiques de Suisse. Les cours ont donc toujours été donnés dans les deux langues.

Ses trente premières années ont été marquées par un cheminement vers un équilibre fragile entre langues, nations et idéologies. Le recteur Altermatt note par exemple que la période de la guerre 14-18 a particulièrement connu des tensions entre les Français et les Allemands, qui se sont répercutées un peu partout en Europe. Dès 1920, l’Université de Fribourg est toujours davantage considérée comme un pont entre les cultures. Le renforcement de l’identité nationale en Suisse ira ensuite de pair avec l’affirmation du plurilinguisme de la Confédération. Depuis les années 70, le catholicisme perd de son influence sur le programme universitaire à Fribourg, alors que le bilinguisme apparaît comme son principal signe d’identité.

Climat de polarisation à travers le monde

Le président d’honneur de la séance publique a été le Suisse Jakob Kellenberger, président du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) à Genève. Dans une courte intervention, il a présenté certaines difficultés rencontrées par les quelque 12’000 collaborateurs du CICR, dont le travail devient toujours plus dur en raison du climat de polarisation à travers le monde. Jakob Kellenberger a souligné que 50% de l’activité humanitaire de son organisation se déroule en terre islamique, et notamment en Irak et en Afghanistan.

La vérité appartient autant à la science qu’à la foi

La messe célébrée en début de matinée à l’église Saint-Michel a été présidée par Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle. Le prélat a rappelé que pour Saint Albert le Grand, dont la fête, le 15 novembre, détermine le «Dies academicus», la recherche de la vérité ne concerne pas seulement la théologie, mais également les sciences naturelles. Devant le tombeau d’un autre témoin canonisé, Pierre Canisius, fondateur du Collège St-Michel, Mgr Koch a affirmé que si la foi et la connaissance se rencontrent sur le terrain de la sagesse, la question de la vérité devient inévitable.

La relativisation de la vérité, selon l’évêque de Bâle, peut avoir des conséquences graves. Pour preuve la remise en question, toujours plus courante dans certains milieux, de l’universalité des droits de l’homme. Le prélat dénonce «l’acharnement maladif en vue de se libérer de la vérité», illustré par les difficultés de reconnaître les racines judéo-chrétienne de l’Europe dans sa future Constitution. «La nouvelle Europe devra-t-elle se construire sur l’athéisme?», se demande Mgr Koch, soulignant que le continent n’a pas seulement besoin de l’euro, mais également de valeurs intellectuelles et spirituelles. (apic/com/wm/bb)

16 novembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!