Fribourg: Le document «Dominus Iesus» alimente la polémique

Les protestations émanent aussi des milieux catholiques

Fribourg, 8 septembre 2000 (APIC) La publication, mardi, du document romain «Dominus Iesus» continue de faire des vagues. Les autres Eglises chrétiennes, les communautés juives et islamiques, et même certains milieux catholiques, expriment leur indignation et considèrent la position du Vatican comme un coup de frein à l’œcuménisme.

Au lendemain de la publication de «Dominus Iesus», les doyens du canton d’Argovie en Suisse ont clairement manifesté leur distance par rapport à l’affirmation selon laquelle l’Eglise catholique était la seule Eglise du Christ. Ce même jour, la Ligue des femmes catholiques suisses, par l’intermédiaire de son équipe de direction, a affirmé dans un communiqué que malgré la publication du document romain, elle poursuivrait le dialogue œcuménique dans un esprit de fraternité. Elle pense que le fait de ne plus utiliser le terme d’»Eglises sœurs» pour les Eglises non-catholiques va entraver les efforts œcuméniques.

«Retour à la période pré-conciliaire»

Toujours côté catholique, le théologien suisse Hans Küng a estimé, dans une déclaration publiée mercredi, que le Vatican ne voulait qu’une seule Eglise (»Oekumene»), placée sous la haute autorité d’un pape infaillible. Avec le document «Dominus Iesus», le Vatican est revenu à une période pré-conciliaire, affirme le théologien suisse, avant de constater que les textes de Vatican II sont utilisés pour diffamer les autres Eglises.

Dans un communiqué publié vendredi, le comité central des catholiques allemands a affirmé qu’il poursuivrait sa collaboration intensive avec les Eglises réformées d’Allemagne. Il déplore le fait que la déclaration romaine insiste sur ce qui sépare les Eglises chrétiennes. Le comité central souligne également qu’avec la sortie de «Dominus Iesus», les progrès accomplis dans l’oecuménisme depuis le concile Vatican II subissent un retour en arrière. Il estime qu’il aurait été préférable de proposer des solutions aux questions qui divisent encore les différentes Eglises chrétiennes.

Influence sur l’article constitutionnel sur les évêchés

Le président de l’association des Eglises et Communautés évangéliques libres de Suisse, Samuel Moser, a affirmé mercredi qu’il considérait comme inacceptable l’attitude hautaine de Rome via à vis des autres Eglises. Cette position pourrait influencer le débat actuel sur l’article de la constitution fédérale sur les évêchés, affirme Samuel Moser.

Pour sa part, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) basé à Genève, a réaffirmé la nécessité de la poursuite du dialogue oecuménique. Dans une déclaration diffusée mercredi, Tom Best, collaborateur dans l’équipe «Foi et constitution» du COE, a souligné que «toutes les Eglises ont tiré un immense bénéfice de l’entrée récente de l’Eglise catholique romaine dans le mouvement œcuménique à la suite du Concile Vatican II dans les années 60.» Dans le cadre du COE, et dans le mouvement œcuménique en général, beaucoup d’entretiens délicats sont en cours sur les relations entre les Eglises, souligne Tom Best, avant d’affirmer qu’il «serait regrettable que ces contacts soient entravés, voire compromis, par un langage qui exclut toute nouvelle discussion sur ces questions».

Manfred Kock, président du Conseil de l’Eglise évangélique d’Allemagne, a souligné dans une déclaration publiée jeudi que les signaux venus de Rome renforcaient la conception traditionnelle que l’Eglise catholique romaine a d’elle-même et représentaient un recul dans la coopération œcuménique. «Aux yeux de Rome, les Eglises de la Réforme sont en quelque sorte placées à l’échelon le plus bas de l’ordre hiérarchique ecclésiastique», dit Manfred Kock, avant de conclure: «En dépit de cela, l’avenir de l’Eglise sera œcuménique comme promis par Jésus Christ et comme exigé en vue du témoignage et du service de l’Eglise en Allemagne et ailleurs. Nous ne pouvons nous laisser désorienter par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.»

L’évêque des catholiques chrétiens d’Allemagne, Joachim Vobbe, considère le document «Dominus Iesus» comme une importante marche arrière dans le mouvement œcuménique. Dans une déclaration diffusée mercredi, il a affirmé qu’il devenait toujours plus clair que le Vatican voulait constituer une seule communauté ecclésiale et voulait mettre les autres Eglises sous la toute-puissance du pape.

Danger pour le dialogue judéo-chrétien

Le président des communautés juives d’Italie, Amos Luzzatto, dans un article paru dans «La Stampa» de mercredi, a souligné le danger que représentait la déclaration vaticane pour le dialogue judéo-chrétien. Il suppose que certains cercles romains ont peut-être estimé que le pape était allé trop loin lors de sa visite en Israël. Après les gestes émouvants du pape au mur des lamentations, la parution du document «Dominus Iesus» et la béatification de Pie IX sont incompréhensibles, affirme Amos Luzzatto.

Le théologien orthodoxe Olivier Clément, tout comme les Eglises protestantes de Suisse et de France, ont manifesté leur désapprobation face au document romain, mercredi, au lendemain de sa parution. Ce même jour, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Bourbakeur, avait qualifié la parution de «Dominus Iesus» de «raidissement théologique» et de «coup de barre théologique». (apic/eni/kna/bb)

8 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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