Fribourg: Le regard du Père Vergauwen sur cette célébration oecuménique controversée

«C’est un cas limite»

Propos recueillis par Bernard Bovigny, de l’Apic

Fribourg, 30 mai 2003 (Apic) «Si c’est une messe catholique, alors c’est un cas limite». C’est ainsi que le Père Guido Vergauwen, professeur de théologie fondamentale à l’Université de Fribourg et directeur de l’institut d’études oécuméniques, commente la célébration interconfesionnelle de jeudi soir à Berlin. Ce qui le heurte, ce n’est pas tant l’invitation d’autres chrétiens à la communion, possible dans certains cas individuels selon le droit canonique, que le fait d’avoir généralisé l’intercommunion pour une communauté entière.

C’est bien moins grave que si des ministres de différentes confessions avaient concélébré ensemble à l’autel, commente le Père Vergauwen, mis au courant par l’Apic de la façon dont s’est déroulée la célébration. Le dominicain, qui connaît par ailleurs le célébrant catholique, le professeur Hasenhüttl, pour ses positions dogmatiques «plutôt extrêmes», rappelle qu’on ne peut institutionnaliser l’invitation d’autres chrétiens à la communion à l’occasion d’une messe catholique.

Apic: Quels principes ou quels canons juridiques les organisateurs de la célébration ont-ils finalement heurté?

Professeur Guido Vergauwen: Il s’agit du canon 844, rappelé par le pape Jean Paul II dans sa dernière encyclique sur l’eucharistie. Selon cet article, l’Eglise catholique n’exclut pas à priori la participation d’autres croyants à une messe et leur permet même de communier lorsqu’ils confessent la foi en la présence réelle du Christ. Mais il s’agit là de cas individuels. Le problème, dans le cas de Berlin, c’est que les organisateurs ont officialisé cet accueil d’autres chrétiens à la communion et en ont fait un événement de protestation.

Apic: Ce n’est pas la première fois que des catholiques accueillent d’autres chrétiens et les invitent à la communion .

G.V: C’est vrai, mais ce n’est pas parce que cela se passe souvent que c’est légitime. Les évêques se montrent réticents et même négatifs face à de tels événements. On ne peut pas, à partir d’une solution envisagée uniquement à titre individuel, en faire un événement institutionnalisé. Même les catholiques qui participent à la messe, sont invités à la communion sous condition d’une préparation adéquate.

Apic: A quelles sanctions doit s’attendre l’abbé Hasenhüttl?

G.V: Je ne sais pas. L’acte en tant que tel est plutôt regrettable, parce qu’il contribue à une dévaluation de l’Eucharistie qui concerne tous les chrétiens. Cela dit, je ne connais aucun prêtre et aucun évêque qui ait refusé la communion à un protestant qui s’avance vers lui durant la messe.

Le désir de chrétiens de célébrer le repas du Christ à la même table est tout à fait légitime. Mais ce qui me heurte, en l’occurrence, c’est qu’à travers l’eucharistie on incite les croyants à une forme de désobéissance.

La compréhension de l’Eucharistie est un thème qu’il faut absolument reprendre au niveau des autorités ecclésiales et de la théologie. Mais en dehors du contexte du Kirchentag oecuménique et sans que les esprits s’échauffent.

Apic: En attendant, une communauté paroissiale qui souhaite marquer le dimanche de l’Unité des chrétiens par une célébration oecuménique doit donc se résoudre à organiser une Célébration de la Parole .

G.V: C’est aussi une présence réelle du Christ. Il faut comprendre qu’entre les Eglises, la perception de la communion, et du rôle du célébrant en particulier, est différente. Du côté catholique, la présence réelle dans l’eucharistie est rendue possible par le ministère ordonné. Il faut redécouvrir ensemble le mystère de la foi qui nous est donné par le Christ et célébré dans l’Eucharistie comme sacrement de l’unité. On ne peut pas construire l’unité de l’Eglise au-delà des désaccords encore existants. (apic/bb)

30 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!