Avocat des pauvres d’Amérique latine

Fribourg: Le théologien de la libération Leonardo Boff parle en Suisse

Fribourg, 6 octobre 2008 (Apic) Le théologien brésilien Leonardo Boff, l’un des chefs de file de la théologie de la libération en Amérique latine, était le 6 octobre l’hôte de l’Association E-Changer et de l’Unité pastorale Saints-Pierre-et-Paul.

L’association E-Changer et l’Unité pastorale Saints-Pierre-et-Paul ont organisé une rencontre publique avec le théologien brésilien de la libération Leonardo Boff à l’occasion de la parution de l’ouvrage qui lui est consacré et dans lequel il répond aux questions de Sergio Ferrari et d’Angelika Boesch.(1)

Pour le théologien, les défis qui se posent aujourd’hui à l’Eglise sont d’ordre mondial: il s’agit de développer une solidarité internationale pour la survie de la planète, avec ses dimensions écologiques, et pour la justice sociale. La lutte contre la pauvreté doit être, selon lui, un enjeu majeur d’une Eglise qui se veut fondée sur l’Evangile. Il constate que l’Eglise comme institution romaine ne prend pas assez en considération l’existence des Eglises locales des pays pauvres où vivent la plupart des catholiques.

Au Brésil, la conférence des évêques (360) est ouverte aux changements sociaux introduits par le président Lula et son gouvernement. Le théologien y voit un signe d’espérance pour une amélioration de la situation des plus pauvres. Même si l’Eglise subit des divisions à cause des groupes conservateurs proches des milieux riches, dans son pays une certaine stratégie politique permet de maintenir une harmonie visant à défendre des aspects sociaux concrets. Il attire l’attention sur le fait qu’en Amérique latine les gouvernements démocratiquement élus viennent du peuple et ont la possibilité de changer les conditions sociales, remarquant au passage que le président brésilien a toujours tenu ses promesses.

Leonardo Boff et l’Eglise

Le théologien brésilien considère que la grande crise écologique dont est victime la planète est la conséquence de toute la politique de globalisation et du monde économique néolibéral. Le modèle de société occidental fondé sur l’économie et le profit doit être changé, sans quoi c’est la catastrophe. Leonardo Boff reproche à l’Europe de ne pas assez prendre en considération ce phénomène et de ne pas suffisamment chercher de moyens pour l’enrayer. A son avis, l’Eglise a un rôle concret à jouer dans ce contexte. Si la théologie de la libération, avec son idéal de justice, ne fait plus problème aujourd’hui, l’Eglise comme institution vit une vraie «crise de foi», en ce qu’elle ne propose pas de dialogue authentique avec les Eglises locales.

Pour lui, le Vatican ne suscite pas l’espérance. Il reproche au modèle institutionnel de l’Eglise de s’allier avec les nantis, les riches, alors que le modèle préconisé par la théologie de la libération en fait une Eglise de service. La tension entre ces deux modèles vient de la focalisation de l’Eglise sur le contexte européen. Une ouverture devrait permettre de forger des options sociales précises en faveur des peuples pauvres. JS

(1) Angelika Boesch, Sergio Ferrari: «Leonardo Boff – avocat des pauvres».

Encadré

Leonardo Boff

Né en 1938, dans une famille de onze enfants à Concórdia dans l’Etat de Santa Catarina, au Sud du Brésil, Leonardo Boff est le chef de file de la théologie de la libération dans les années 1970-1980.

Ses grands-parents, «réfugiés économiques» comme des dizaines de milliers de leurs compatriotes d’Italie du Nord, émigrent du Tyrol du Sud vers le Nouveau Monde. La mère de Leonardo a été toute sa vie analphabète. A vingt ans, Leonardo Boff entre dans l’ordre des franciscains.

Après ses études au Brésil puis en Allemagne – il obtient son doctorat en théologie systématique à Munich et y rencontre le futur cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi – et après son ordination sacerdotale, il rentre au Brésil en 1970. Depuis lors, il enseigne à l’Institut théologique franciscain de Petropolis, près de Rio de Janeiro. Le théologien brésilien souligne qu’il se situe totalement dans la tradition spirituelle de Saint François, le «poverello» d’Assise.

Auteur de plus de soixante ouvrages, Leonardo Boff défend une pensée théologique, sociale, écologique de la solidarité planétaire. Ce théologien engagé – certainement aussi connu que le prêtre péruvien Gustavo Gutierrez, «père de la théologie de la libération» – avait dû accepter en 1985 une période de «silence» d’un an, la Congrégation pour la doctrine de la foi ayant repéré des «tendances dangereuses pour la doctrine de l’Eglise» dans son livre «Eglise : charisme et pouvoir». Elle lui reprochait plus particulièrement d’être trop proche du marxisme. Présidée par l’actuel pape Benoît XVI, alors cardinal Ratzinger, la Congrégation avait convoqué Leonardo Boff et lui avait interdit toute publication. Il a pu rester prêtre et actif au sein de l’Eglise au Brésil (colloques, conférences) avant que Rome ne lui intime l’ordre de renoncer tout contact avec l’extérieur. Il quitta alors le sacerdoce franciscain et s’engagea dans le Service d’organisation populaire d’aide aux mères et aux enfants des rues, à Petrópolis. Marié avec Márcia Monteiro da Silva Miranda, il a reçu en 2001 le Prix Nobel alternatif. Il a également participé au Forum social mondial à Porto Alegre. BE/JS

Encadré

La théologie de la libération

La théologie de la libération désigne un mouvement social, religieux et théologique, issu de l’Église Catholique. Il est apparu en Amérique latine, à la fin des années 1950, lorsque des catholiques progressistes s’éloignent d’un catholicisme conservateur, au profit d’une voie dans laquelle l’action politique apparaît comme une exigence de l’engagement religieux dans la lutte contre la pauvreté.

Théorisé à partir de 1972 par Gustavo Gutiérrez, ce courant théologique, qui établissait parfois des ponts avec le marxisme, prône la libération des peuples et entend ainsi renouer avec la tradition chrétienne de solidarité. Ses représentants les plus célèbres sont les archevêques Hélder Câmara ,Oscar Romero et Leonardo Boff. La théologie de la libération dénonce dans le capitalisme la cause de l’aliénation à la pauvreté de millions d’individus. Aujourd’hui, les thèses soutenues par les théologiens de la libération font de moins en moins appel au marxisme, et rejoignent les mouvements altermondialistes dans leurs actions contre la mise en place d’un ordre néolibéral mondial. Cette conception de la religion, dont le rôle est central dans beaucoup de pays du Tiers-monde ayant adopté les religions autrefois imposées par les pays colonisateurs, est à l’opposé des conceptions, notamment marxistes, condamnant la religion comme instrument univoque d’aliénation. JS

Des photos sont disponibles à l’APIC : apic@kipa-apic.ch (apic/ js)

7 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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