La foi, une affaire de goût
Fribourg: Les agents pastoraux réunis en compagnie de Michel Scouarnec
Bernard Bovigny, de l’agence APIC
Matran, 27 janvier 2004 (Apic) Les prêtres et agents pastoraux laïcs du canton de Fribourg se retrouvent du 27 au 29 janvier à Matran pour leur session pastorale annuelle. Face aux changements marquant leur diocèse, où s’annoncent d’importants regroupements pastoraux, ils se sont mis à l’écoute du célèbre parolier Michel Scouarnec pour donner une saveur à l’annonce de la foi.
Le nom de Michel Scouarnec est irrémédiablement lié au renouveau liturgique qui a marqué l’Eglise catholique dès la fin des années 60. Avec le compositeur Jo Akepsimas, il signé plus de 120 oeuvres destinées à redonner à l’assemblée la place qui lui revient durant la messe: la première, après Dieu. Il a également rédigé une série d’ouvrages de réflexion religieuse, dont «La foi, une affaire de goût» (Ed. Atelier / 2000). C’est à partir de ce thème que le prêtre breton, responsable de la liturgie dans le diocèse de Quimper, a aidé les quelque 120 agents pastoraux réunis autour de leur évêque, Mgr Bernard Genoud, à situer leur mission d’annonceur de l’évangile.
La foi, une expérience personnelle
«Lorsque quelqu’un vous dit: je ne suis pas croyant, méfiez-vous. Et cherchez à comprendre à quelle dimension de la foi il se réfère», a affirmé mardi le Père Scouarnec dans sa conférence d’introduction. Pour lui, l’expérience de la foi se situe à quatre niveaux. Elle est d’abord relationnelle (connaître et aimer Dieu, par le Christ dans l’Esprit), elle s’ouvre ensuite à une intelligence nouvelle (écouter, comprendre la Parole de Dieu), elle incite à entrer dans la prière et dans l’action de grâce, et enfin, le croyant est appelé à adopter un comportement à l’exemple du Christ.
«Depuis des siècles, l’Eglise a édicté des vérités à croire, des sacrements à pratiquer et de vertus morales à vivre. Or, aujourd’hui la foi fait l’objet d’un choix libre et motivé. D’où le passage nécessaire par l’expérience personnelle: chacun est amené à en rendre compte personnellement. Le catéchiste ne peut plus donner des réponses qui viennent des livres. Il doit dire aux enfants ce à quoi il croit».
Toute expérience, selon Michel Scouarnec, traverse quatre étapes: un événement (rencontre, épreuve, .), un mouvement intérieur (émotion, bouleversement), une relecture (réflexion, choix) et une découverte (connaissance par la pratique). Il est en de même avec la foi, qui se bâtit à travers l’expérience humaine.
Croire ne rend pas fort mais vulnérable
«Vous avez de la chance, vous avez la foi». Cette phrase souvent adressée par des soit-disant «non-croyants» aux représentants de l’Eglise, fait sourire le Père Scouarnec. «Ces gens ne se rendent pas compte que croire rend vulnérable, fragile, pauvre. Notre culture nous incite à être forts, invincibles. Or, la vraie force se trouve dans la blessure, à l’image du Christ sur la croix», soutient le conférencier. Pour les croyants, rien n’est jamais acquis. «Etymologiquement, ’paroissien’ signifie ’nomade spirituel permanent’. Nous sommes résidents d’une paroisse, mais citoyens du ciel», affirme Michel Scouarnec, en invitant les participants à emprunter un itinéraire, celui du croyant, qui n’aboutira jamais. BB
APIC interview
Fribourg: Les chants de Scouarnec et Akepsimas toujours no 1 lors des messes
La liturgie n’est plus l’exécution minutieuse de ses rubriques
Fribourg, 27 janvier 2004 (Apic) Depuis la fin des années 60, marquées par le renouveau liturgique lancé par Vatican II, les chants signés Michel Scouarnec / Jo Akepsimas ont envahi les églises, pour ne plus les quitter. Encore aujourd’hui, selon un récent sondage commandité par les éditeurs liturgiques, «Peuple de frères», et les quelque 120 autres chants signés de ces deux auteurs restent no 1 des liturgies.
«Avec Vatican II, il a fallu renouveler les chants d’église, qui étaient pour la plupart en latin. Avec Jo Akepsimas, nous avons lancé un répertoire en français qui favorise la participation de l’assemblée. Nous avons recherché une esthétique plus proche de la chanson populaire que du cantique», souligne Michel Scouarnec, qui a comme projet immédiat de composer avec son compère une messe pour les familles «populaire et facile à reprendre».
Apic: Vos chants ont pris une place énorme dans la liturgie depuis près de 40 ans .
Michel Scouarnec: Et j’en suis le premier étonné.
Apic: Et en même temps, ils n’ont pas tous été appréciés par les chorales d’église .
M.S: Evidemment. Nos chants, surtout dans les années 70, n’étaient pas composés en priorité pour les chorales. Nous avons favorisé la participation de l’assemblée avec l’intervention de solistes. La mélodie était très rythmée et l’harmonisation faisait la part belle à des instruments de musique comme le piano, la guitare, . Nous nous adressions alors à un public de jeunes.
Puis, dès les années 80, nous avons adopté une ligne mélodique plus fluide, moins heurtée, qui convient davantage aux chorales. «Peuple de frères», par exemple, est caractéristique de cette époque.
Apic: Quels rôles assignez-vous à la chorale lors de la messe?
M.S: J’en vois trois. D’abord soutenir et accompagner le chant de l’assemblée, en adoptant une plus grande alternance entre choeur, solistes et assemblée. Ensuite, faciliter l’appropriation des nouveaux chants par la communauté paroissiale. Ensuite, elle peut interpréter une pièce à l’occasion. Mais en affichant les paroles, afin d’éviter que cela devienne un acte purement musical.
Il est cependant important que la chorale participe aux réflexions et aux préparations liturgiques de la paroisse, et qu’elle ait un lien permanent avec l’équipe liturgique. Sans quoi elle risque d’accomplir des actes sans rapport direct avec l’ensemble de la communauté.
Apic: Vous dites souvent que la liturgie doit donner le goût de la célébration et de la prière. Que recommandez-vous aux paroisses confrontées à une importante baisse de la pratique dominicale?
MS: Cette baisse pose de grands problèmes à certaines communautés. Comment rester dynamique avec une assemblée complètement dispersée? Je dirais que la liturgie doit s’adapter à la situation. On ne célèbre pas la messe de la même façon avec 20 ou 200 participants. Il convient d’adopter une liturgie plus directe et moins pontifiante avec une petite assemblée.
Il y a un modèle de référence pour la célébration, mais beaucoup de possibilités de l’adapter. La nouveauté du Concile Vatican II a été de passer de l’exécution minutieuse des rubriques à leur mise en oeuvre de manière souple et adaptée, en tenant compte de la culture locale.
Apic: Les paroisses, en Suisse comme en France, sont confrontées à un manque de prêtres croissant. Que devront-elles conserver comme priorité à tout prix, en sachant qu’il leur faudra abandonner certaines initiatives?
M.S: Je vois deux types de priorité. Certaines sont essentielles car elles touchent la mission de la communauté, qui est de rassembler autour de la Parole de Dieu, d’entretenir la foi par la prière et la célébration, et d’assurer sa présence au monde, même si les moyens sont pauvres. D’autres priorités sont davantage liées au contexte pastoral: quels projets adopter, par exemple pour atteindre les jeunes?
Apic: Et quelles solutions adopter pour la présidence de la messe? Il n’y aura bientôt plus assez de prêtres dans nos régions pour l’assurer convenablement.
M.S: Il faut d’abord accepter que nos solutions soint provisoires. Comment vont évoluer la pratique religieuse et les ministères dans l’Eglise? Cela fait beaucoup d’inconnues. Et que vivent nos communautés actuellement? Certaines paroisses sont devenues tellement pauvres en activités qu’elles n’existent plus, dans les faits. Au Canada, l’Eglise chercher à vendre des églises devenues inutilisées. Les regroupements de paroisses sont devenus inéluctables.
Cela dit, la réflexion ne doit pas partir du nombre de prêtres à disposition, mais des besoins de la communauté. Il revient ensuite à l’Eglise d’y répondre. Et dans ce sens, je suis favorable à l’ordination d’hommes mariés.
Apic: . et aux prédications assumées par des laïcs?
M.S: Le droit canon souligne que l’homélie, qui relève de la liturgie, revient à un prêtre, mais que la prédication, qui ne relève pas de la liturgie, peut être confiée aux laïcs. Cette différenciation est intenable! Le Vatican reconnaît que les assemblées dominicales sans prêtres sont une liturgie, de même que les funérailles présidées par un laïc. Et dans les deux cas, il y a une homélie! Mais celui qui prend la parole durant la messe doit être compétent et avoir reçu un mandat. BB
Des photos de Michel Scouarnec sont à commander à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1700 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: ciric@cath.ch
(apic/bb)



