Dispositions conformes au droit canonique
Fribourg: Les évêques ouvrent la possibilité aux laïcs de prêcher lors de la messe
Fribourg, 18 janvier 2005 (Apic) Les évêques suisses ont diffusé le 17 janvier deux documents, relatifs à la mission des agents pastoraux laïcs dans l’Eglise et à l’eucharistie. Ils ouvrent aux laïcs la possibilité de prêcher, et rappellent qu’ils peuvent baptiser, en cas d’absence de prêtres. Ces dispositions sont «tout à fait conformes au droit canonique», souligne l’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire de la Conférence des évêques suisses (CES).
Depuis les années 60, des laïcs se sont engagés au service de l’Eglise catholique notamment dans le domaine de la catéchèse. Dix ans plus tard apparaissent les premiers assistants pastoraux et autres laïcs actifs professionnellement dans l’Eglise, au service des jeunes et dans le domaine social. Avec la baisse du nombre de prêtres, ces services se sont développés et ont touché progressivement des domaines jusque là réservés aux seuls prêtres, comme la prédication, la responsabilité d’une paroisse ou l’administration du baptême.
Dans le document «Laïcs mandatés au service de l’Eglise», la CES fixe les règles et principes à observer dans la collaboration entre laïcs et prêtres. Elle accepte que «des assistants pastoraux dûment formés et préparés, mandatés par l’évêque d’une Mission canonique pour la pastorale prononcent à la place de l’homélie une prédication ou une méditation». Ceci, «d’entente avec le curé, respectivement avec le prêtre célébrant». Cette autorisation constitue-t-elle une distanciation par rapport au Vatican? «Non, évidemment pas», affirme l’abbé Rickenmann, atteint au téléphone par l’Apic. «Elle est rendue possible par le droit canonique et les évêques suisses précisent son domaine d’application».
Vers des célébrations communautaires de baptême
De même pour ce qui touche au baptême, administré parfois par des agents pastoraux laïcs. La CES, tout en se montant très restrictive, reconnaît cette possibilité. «Il arrive qu’un assistant pastoral ou une assistante pastorale reçoive la faculté extraordinaire de conférer le baptême», soulignent les évêques suisses dans leur document. Conformément au droit canonique, le baptême est conféré par un laïc «si le ministre ordinaire est absent ou empêché». Il s’agit en l’occurrence d’une situation d’absence prolongée, et non d’un empêchement pour vacances ou maladie, a précisé à l’Apic l’abbé Rickenmann. La CES dit d’ailleurs préférer des «célébrations communautaires du baptême plutôt que de déléguer régulièrement la célébration du baptême à de assistants pastoraux et assistantes pastorales».
Paroisses confiées à des responsables laïcs
Les évêques suisses relèvent que le droit canonique autorise la «participation des laïcs à l’exercice de la charge pastorale des communautés» – autrement dit la mise en place d’agents pastoraux laïcs à la tête d’une communautés paroissiale – mais toujours en compagnie d’un prêtre «muni des pouvoirs et facultés du curé». Depuis plusieurs années, notamment, de nombreuses paroisses en Suisses sont en effet confiées à des «Gemeindeleiter», soit des assistants pastoraux responsables de paroisses. Selon une recherche effectuée par l’Apic en 2002, plus de 30% des paroisses du diocèse de Bâle ont à leur tête des diacres ou des théologiens laïcs, hommes ou femmes.
Dans leur document, les évêques suisses rappellent que l’Eglise réalise sa mission «à travers trois états»: clérical, religieux et laïc. Mais cette différenciation «ne doit pas être comprise de manière absolue», soutiennent-ils, car «dans chacun de ces trois états se retrouvent des éléments des deux autres». Ils rejettent ainsi une «stricte compartimentation entre le service du salut, relevant de ceux qui sont ordonnés, et le service du monde relevant des laïcs».
Pas d’intercélébration entre catholiques et réformés
Dans son message «au sujet de l’instruction Redemptoris Sacramentum», document publié par le Vatican en janvier 2004 sur l’eucharistie, la CES fixe quelques règles et principes à observer en Suisse. Elle rejette entre autres la concélébration entre prêtres et pasteurs réformés, «car en matière de ministères, le consensus n’existe pas encore». Elle qualifie cette limite de «scandaleuse certes, mais qui sera abolie seulement lorsque, entre nos Eglises, s’établira une reconnaissance vraie et mutuelle des ministères et des sacrements». Les évêques suisses recommandent toutefois de promouvoir «d’autres formes liturgiques» comme les célébrations de la Parole, la liturgie des heures, ainsi que les bénédictions ou d’autre formes de célébrations. Pour ce qui touche l’accueil de réformés à l’eucharistie, la CES renvoie aux règles prescrites par le Saint-Siège, lequel autorise cette hospitalité en certaines circonstances.
Les évêques suisses énoncent également quelques normes en ce qui concerne les célébrations. Ils demandent de suivre les «règles de la liturgie telles que les livres officiels les présentent». Ils insistent notamment sur le respect des textes de la prière eucharistique, lesquels ne doivent pas être omis au profit «des textes de composition privée». D’autres prières, de louange, d’action de grâces, de bénédiction ou d’oraison entre autres, doivent également être respectées dans leur texte original, insistent les évêques suisses. Adapter la célébration aux circonstances ne signifie pas pour les prêtres et autres animateurs de «la marquer de leur empreinte personnelle au point de rendre cette célébration méconnaissable d’une paroisse à l’autre», souligne la CES, tout en appelant les agents pastoraux, prêtres et laïcs, à l’écoute mutuelle avec les paroissiens en cas de conflit au sujet de la liturgie. (apic/bb)




