Le synode cantonal outrepasse ses compétences

Fribourg: Les évêques suisses blâment les Lucernois pour leur appel contre le célibat

Fribourg, 26 mars 2004 (Apic) Les évêques suisses expriment une certaine compréhension face à la «déclaration de Lucerne». Ils rejettent cependant le procédé adopté par le synode catholique de ce canton, qui leur a demandé en novembre dernier d’abolir le célibat obligatoire des prêtres et de permettre l’accession de femmes à la prêtrise.

Le synode catholique lucernois avait adopté le 5 novembre sa déclaration par 73 voix contre 7, et 9 abstentions. Son document, adressé à la Conférence des évêques suisses, via l’évêché de Soleure, a été envoyé à tous les législatifs catholiques romains des cantons suisses, avec copie au nonce apostolique à Berne. Deux semaines plus tard, les parlementaires catholiques de St-Gall signaient une lettre de soutien à leurs homologues lucernois. Ils ont été suivis des délégués catholiques de Bâle-Campagne et de Thurgovie.

Les évêques suisses ont répondu officiellement le 25 mars au synode lucernois. Dans leur lettre, ils se demandent si un organe de droit ecclésiastique comme un synode est l’instance indiquée et compétente pour traiter ces questions, «qui touchent non seulement la pastorale, mais également l’expérience de la foi de l’Eglise universelle». Les évêques demandent aux auteurs de la lettre d’examiner dans quelle mesure leur prise de position correspond au cahier des charges du synode catholique romain du canton de Lucerne.

Selon la constitution lucernoise, «L’Eglise cantonale et les paroisses assurent l’assistance religieuse des catholiques dans le canton de Lucerne à travers l’Eglise catholique romaine et s’occupent de l’administration officielle des activités de l’Eglise». Avec cette disposition, les compétences canoniques et pastorales, touchant l’assistance religieuse, sont clairement distinctes des compétences ecclésiastiques, touchant la gestion administrative, financière et matérielle de la vie de l’Eglise. «Nous vous prions donc d’examiner la question des compétences de votre synode», écrit la Conférence des évêques suisses dans sa lettre signée de son président, Mgr Amédée Grab, et de son secrétaire général, l’abbé Agnell Rickenmann, et adressée à la président du synode lucernois Bernadette Rüegsegger-Eberli.

Abolition du célibat obligatoire: pas dans un avenir proche

Le manque de prêtres cause de très grands problèmes pastoraux. Beaucoup de paroisses se voient privées d’une certaine vie sacramentelle, en particulier de l’eucharistie, écrivent les évêques suisses. Et cela constitue pour eux un motif en vue de s’engager en faveur de l’ordination de «viri probati», à savoir d’hommes qui ont fait leurs preuves dans le mariage, dans leur profession, dans la vie de l’Eglise et dans la société. Mais il est connu que les avis sont très divers entre les évêques de par le monde. Et les derniers papes, dont Jean Paul II, se sont prononcés pour le maintien du célibat obligatoire des prêtres de rite latin. «Il est clair qu’il ne fait pas compter sur un changement de cette norme dans un avenir proche», en déduisent les évêques suisses.

Quant à une «demande absolue en vue d’abolir l’obligation du célibat», comme le mentionne la prise de position de Lucerne, les évêques n’entrent pas en matière. Ils jugent les motivations du synode sur cette question «surtout négatives». «Nous sommes avant tout persuadés qu’une modification des conditions d’accès à la prêtrise doit être soutenue par des motivations positives, notamment par la vie sacramentelle et surtout par l’eucharistie», écrit la Conférence épiscopale. Elle n’approuve pas non plus le postulat de «réhabilitation des prêtres» dispensés de leur fonction pour ne pas avoir respecté leur devoir de célibat.

Par ailleurs, les évêques s’étonnent de voir qu’encore une fois la suppression du célibat obligatoire des prêtres est immédiatement liée à l’ordination des femmes. Or, les deux questions ne doivent pas être mélangées. Le célibat des prêtres relève de la discipline de l’Eglise, alors que l’ordination des femmes est une question dogmatique, et touche ainsi la foi de l’Eglise. Jean Paul II a expliqué que l’Eglise «n’a absolument pas tout pouvoir» pour «ordonner des femmes à la prêtrise». Le pape voit dans cette tradition avant tout une volonté de l’Eglise de rester fidèle à la volonté du Christ.

Pas de «droit à la prêtrise»

«Vous n’acceptez pas cette décision du pape. Vous voulez la modifier et attendez de nous autres évêques suisses un rôle de pionniers», déplore la Conférence épiscopale, tout en relevant que seul un concile pourrait revenir sur cette question. Les évêques suisses rejettent l’argument selon lequel le non accès des femmes au sacerdoce contrevient au principe d’égalité des sexes, et par là même aux droits humains. La prêtrise, selon la perspective de la foi catholique, n’est pas liée au pouvoir mais aux sacrements. Dans ce sens, il ne peut y avoir de «droit à la prêtrise», et pas non plus pour les hommes d’ailleurs. (apic/com/gs/bb)

26 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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