La suite dépend de la décision du conseil de paroisse

Fribourg: Les sans-papiers ne cèdent pas à l’ultimatum et s’installent dans l’église Saint-Paul

Fribourg, 20 août 2001 (APIC) Les 84 sans-papiers qui occupent depuis le lundi de Pentecôte les locaux paroissiaux de Saint-Paul, dans le quartier du Schönberg à Fribourg, ne déménageront pas. Ils n’ont pas cédé à l’ultimatum du Conseil de paroisse leur enjoignant de quitter les lieux au plus tard lundi 20 août. Dimanche, les sans-papiers, qui bénéficient de l’appui déclaré des deux curés, se sont installés dans l’église même. Sous le slogan «Sans-papiers, nous restons!», ils ont déclaré lundi vouloir y rester jusqu’à l’obtention d’une régularisation collective.

Pour éviter une dispersion, synonyme de perte de visibilité publique et risque de désolidarisation, le Collectif des sans-papiers a rejeté l’alternative offerte de déménager dans un appartement de quatre pièces tout proche appartenant aux Sœurs d’Ingenbohl. Installés à l’étage, ils n’utiliseront plus les locaux paroissiaux, à l’exception de la cuisine et des toilettes. Ils ont déjà passé leur première nuit à l’intérieur de l’église en compagnie de nombreux sympathisants, dans la crainte d’être évacués par surprise par la police.

Sandra Modica, l’une des responsables du mouvement, a déclaré que l’évacuation des locaux paroissiaux – libérés ainsi pour les activités de la communauté paroissiale – est un signe de bonne volonté. Le choix de l’église a été fait pour des raisons de sécurité: «A l’église, les sans-papiers se sentent quand même un peu plus sûrs en ce moment d’incertitude». D’autre part, souligne-t-elle, c’est ici que les sans-papiers ont commencé leur lutte, c’est ici qu’ils resteront jusqu’à leur régularisation collective.

Le préfet Nicolas Deiss ne jouera pas les Rambos

Mais à Fribourg, le préfet Nicolas Deiss, requis par le conseil de paroisse pour évacuer les occupants, s’est voulu rassurant, car en évacuant les locaux paroissiaux, il y a un fait nouveau. C’est donc au conseil de paroisse, propriétaire des lieux, de requérir éventuellement une nouvelle fois les forces de l’ordre. Au cas où le conseil de paroisse demande l’évacuation, elle sera exécutée, sinon, il reviendra à l’autorité communale de vérifier les conditions d’hygiène et de sécurité incendie des lieux. Si elles n’étaient pas conformes, le préfet devrait intervenir pour des raisons d’ordre public.

Une chose est certaine: en cas d’évacuation, le préfet Deiss ne jouera pas les Rambos comme les policiers parisiens lors de l’attaque brutale de l’église de Saint-Bernard (voir ci-dessous). «Si je prévois une évacuation, elle se fera dignement, avec, je l’espère, la collaboration des gens qui seront là. Il y a parmi eux aussi des femmes et des enfants. Il n’est pas question de les déloger au cours d’une opération coup de poing. Il ne s’agit pas de faire sortir 100 skinheads qui occuperaient des locaux commerciaux, causant des pertes de centaines de milliers de francs par jour. Ici, il s’agit seulement de gens pacifiques».

Les curés interpellent le préfet: «N’intervenez pas par la force!»

Quant aux deux curés de la paroisse, Olivier Humbert et Winfried Baechler, qui sont appuyés dans leur démarche par les conseils pastoraux francophone et alémanique, ils appuient le déménagement des sans-papiers dans l’église. «Nous avons choisi de continuer à leur offrir l’hospitalité dans l’église et nous demandons instamment au préfet Nicolas Deiss de ne pas intervenir par la force du moment que tout se passe dans le respect et dans le calme.»

L’abbé Olivier Humbert l’a déclaré lundi devant la presse: «L’Eglise a pour mission d’accueillir les pauvres, de leur donner la parole, et non pas de les chasser ou de les faire taire, comme malheureusement certains le préconisent». A propos de l’illégalité de l’action des sans-papiers, le curé francophone de Saint-Paul souligne que la loi n’est en aucun cas un absolu: «Si la loi est injuste, il faut tout faire pour en obtenir la révision, car au-dessus de la loi, il y a le Droit, avec un grand ’D’, et le Droit n’est la propriété de personne, même pas des pouvoirs publics, il appartient à tout le monde». (apic/be)

20 août 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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