Dies academicus de l’Université de Fribourg
Fribourg: Mario Botta et Ruth Dreifuss parmi les docteurs honoris causa de l’Université
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg, 15 novembre 2006 (Apic) L’architecte tessinois Mario Botta et l’ancienne conseillère fédérale socialiste Ruth Dreifuss, ainsi que l’industriel allemand Willi Liebherr, faisaient partie mercredi des lauréats des doctorats honoris causa de l’Université de Fribourg. L’alma mater friburgensis a fêté le 15 novembre son traditionnel dies academicus, en décernant également le titre de docteur honoris causa au professeur roumain Vlad Constantinesco, de l’Université Robert Schumann à Strasbourg, et au météorologue saint-gallois Mario Slongo.
A l’occasion de ce 117e dies academicus, l’historien soleurois Urs Altermatt, recteur de l’Université, a mis une nouvelle fois en avant le bilinguisme de l’institution fribourgeoise, «qui renforce la cohésion d’une Suisse plurilingue». Au cours de son allocution, il a plaidé pour le renforcement de l’espace académique du «Mittelland» et la collaboration avec l’Université de Berne, pour créer un pôle entre l’arc lémanique et Zurich.
Dans sa conférence sur «Les sciences humaines et l’Université», le recteur a également brisé une lance en faveur de l’enseignement des sciences humaines à Fribourg. Il a estimé que l’Université a besoin d’un retour à la tradition des sciences humaines, en souhaitant un décloisonnement: ce retour doit aller au-delà des limites des facultés, des départements et des branches.
Urs Altermatt a ensuite demandé que l’on remette l’éthique à sa place, elle qui se retrouve partout à la traîne en raison des progrès rapides dans le champ des techniques et de l’économie. «Ce qui nous manque, a-t-il lancé, c’est une orientation, et là, l’Université peut apporter sa contribution dans un monde qui manque d’assurance!»
Déficit en Suisse dans le domaine des sciences humaines
Il a également souhaité qu’au vu du profond changement du paysage universitaire suisse, l’alma mater friburgensis veille à son statut d’Université orientée vers la recherche. L’Alémanique Urs Altermatt a encore souhaité, en alternant le français et l’allemand, que l’Université de Fribourg continue de jouer son rôle de pont entre les régions linguistiques et culturelles de la Suisse et de l’Europe.
Il a déploré que contrairement aux palmarès internationaux, qui placent au premier plan les Universités suisses dans le domaine des sciences exactes et naturelles, on note à Fribourg et ailleurs en Suisse un déficit dans le secteur des sciences humaines. «Elles manquent de visibilité», a-t-il insisté, en soulignant qu’elles se heurtent encore trop à la «barrière des langues».
Dans son allocution, Ia conseillère d’Etat Isabelle Chassot a dressé le bilan de la dernière législature du gouvernement fribourgeois, en particulier dans ses efforts en faveur de l’Université de Fribourg. La directrice de l’instruction publique, de la culture et du sport du canton de Fribourg, nouvelle présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), évoquant notamment la mise en place de la «Réforme de Bologne» et la construction du site universitaire de Pérolles II, a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de rester figé dans le passé, mais au contraire de construire l’avenir.
Invité d’honneur du «dies», le professeur Marco Baggiolini, président honoraire de l’Université de la Suisse italienne (USI), dont il fut l’un des fondateurs, a montré la même direction, soulignant que la qualité et l’ouverture du système universitaire suisse (notamment l’internationalité de ses étudiants et universitaires) est une vraie chance pour notre pays.
La Faculté de théologie a honoré l’architecte tessinois Mario Botta, qui au cours des dernières décennies, a développé une architecture ouverte au sacré et des espaces permettant le déploiement de la vie spirituelle. Il a créé sur presque tous les continents des oeuvres architecturales innovatrices, parmi lesquelles de nombreuses églises et chapelles chrétiennes, ainsi que des édifices religieux juifs, permettant le dialogue entre la théologie et l’architecture. Durant ces dernières années, Mario Botta s’est engagé en tant que co-fondateur de l’Académie d’architecture à Mendrisio, où il occupe une chaire depuis 1996.
La Faculté de droit a décerné pour sa part le titre de docteur honoris causa à Vlad Constantinesco, professeur à l’Université Robert Schumann, de Strasbourg. Ce spécialiste renommé du droit européen entretient des contacts particuliers au niveau scientifique depuis 25 ans avec la Faculté de droit de Fribourg. Les recherches de ce Roumain d’origine sont consacrées au droit administratif européen, au droit public et à l’enseignement comparatif des institutions. «Avec ses nombreuses études sur le droit européen, il a contribué à une meilleure compréhension de la construction politique européenne et a jeté les bases du dialogue constitutionnel européen actuel», a noté le doyen de la Faculté.
Une contribution au développement régional du canton de Fribourg
L’industriel d’origine allemande Willi Liebherr – il est depuis 1999 président du Conseil d’administration de Liebherr-International AG – s’est vu décerner par la Faculté des sciences économiques et sociales le titre de docteur honoris causa pour «ses excellentes performances en entreprise». L’entreprise Liebherr, sise à Bulle, a contribué au développement régional du canton de Fribourg et a soutenu la recherche et l’enseignement académiques.
C’est l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, première femme socialiste à être élue au gouvernement fédéral et première présidente de la Confédération, que la Faculté des lettres a tenu à honorer. La Faculté a relevé que les questions d’éducation et de formation ainsi que la politique sociale ont constitué le fil rouge de la carrière politique de l’ancienne cheffe du Département fédéral de l’Intérieur.
Le doyen a relevé ses nombreux mérites – l’accord sur la recherche qui figure parmi les premiers accords bilatéraux conclus entre la Suisse et l’Europe, la 10ème révision de l’AVS, le système d’assurance maladie réaménagé, l’accent sur la politique de formation et de recherche, la politique familiale et la politique en matière de drogues – en soulignant que l’ancienne conseillère fédérale continue à s’engager «de manière conséquente contre le racisme, pour les droits des réfugiés et pour la diversité linguistique et culturelle».
Le dernier doctorat honoris causa a été remis par la Faculté des sciences à Mario Slongo. En tant que météorologue, il analyse depuis 18 ans le samedi matin à la radio DRS1 les prévisions du temps et explique les phénomènes météorologiques. Ce chimiste de formation s’est beaucoup investi en faveur de l’Université de Fribourg et de la Faculté des sciences, en particulier en tant que membre du Conseil de l’Université. Son métier de spécialiste de la météo à la radio ne constituant que son second emploi, il dirige actuellement la division de recherche «Membranes and Polymer Additives» chez Sika Technology AG.
Diverses autres distinctions académiques – dont pour la 1ère fois le «Prix de l’environnement» (offert par le Groupement industriel du canton de Fribourg) – et le Prix Leuba remis par la Faculté de théologie (du nom du pasteur de l’Eglise réformée protestante Jean-Louis Leuba, décédé en 2005) ont été encore remis mercredi.
Un phénomène «d’évaporation» du Christ dans la société post-moderne
La journée a débuté par une messe en l’église du Collège St-Michel, présidée par Mgr Markus Büchel, ancien étudiant en théologie de l’Université de Fribourg (de 1970 à 1975). Au cours de l’homélie, Urs von Arx, professeur de théologie catholique-chrétienne à l’Université de Berne, a plaidé pour l’accès des femmes au sacerdoce, relevant que selon une consultation commune orthodoxe/catholique-chrétienne tenue il y a dix ans, il n’y avait pas de raisons théologiques et dogmatiques qui s’y opposaient.
Il a ensuite déploré que dans la société post-moderne, marquée par la sécularisation, on assistait à un phénomène «d’évaporation» du Christ, notamment à l’occasion de services religieux, où l’on ne centre plus toujours vraiment la cérémonie sur le message et la figure du Christ. «L’homme de Nazareth assume tout au plus la fonction d’un des idéalistes de l’amour». (apic/be)



