Interview publiée par 24 Heures et la Tribune de Genève
Fribourg: Mgr Genoud ne croit pas à une réintégration rapide des traditionalistes d’Ecône
Fribourg, 18 février 2009 (Apic) Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), ne croit pas à une réintégration rapide des traditionalistes d’Ecône. C’est ce qu’il a laissé clairement entendre au cours d’une interview accordée à Laurent Grabet et publiée mercredi 18 février par les quotidiens 24 Heures et Tribune de Genève.
Les deux quotidiens relèvent que Mgr Bernard Genoud a été choqué par les déclarations négationnistes de l’évêque intégriste Richard Williamson. Mais l’évêque de LGF considère malgré tout que la main tendue de Benoît XVI en direction de la Fraternité sacerdotale St-Pie X est plutôt positive.
Mgr Genoud, interrogé sur la décision du pape Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité St-Pie X, décision qui a choqué de nombreux catholiques et qui risque d’en faire fuir certains, estime «légitime de se poser la question».
Des fidèles et même des prêtres sont effectivement venus trouver l’évêque de LGF suite à cette affaire. La négation par Mgr Williamson de la réalité de la shoah, l’extermination des juifs par les nazis, a notamment été très mal vécue, relève Mgr Genoud. «Et, même si je le déplore, je comprends que certains catholiques puissent vouloir sortir de l’Eglise».
Lever l’excommunication de l’évêque négationniste Richard Williamson n’a cependant rien à voir avec le fait de cautionner l’antisémitisme. Mgr Genoud est sûr que le pape l’a fait «sans être au courant des déclarations inadmissibles et stupides de cet évêque britannique. Ce qui est presque aussi grave en revanche, c’est qu’il ne se soit trouvé personne au Vatican pour l’en informer avant!»
Difficile de douter de l’existence du Démon après Auschwitz
Nier l’existence de l’extermination des juifs dans les chambres à gaz est contraire aux vérités historiques, affirme Mgr Genoud. Il a lui-même visité le camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. «J’y ai vu jusqu’où l’homme peut aller (…) Difficile de douter de l’existence du Démon après ça. Je ne comprends pas non plus qu’on puisse être antisémite et catholique. C’est incompatible! Jésus, Marie, Joseph et les apôtres étaient Juifs. N’oublions pas que nous sommes judéo-chrétiens et pas seulement chrétiens!»
L’évêque de LGF, évoquant la parabole de l’enfant prodigue, pense que tendre une main à qui que ce soit, comme vient de le faire le pape, «est en soi un acte positif». Mais Mgr Genoud relève que si le fils prodigue s’était préparé au retour en reconnaissant sa faute, ce n’est pas le cas des disciples de Mgr Lefebvre.
En tous cas, Mgr Genoud ne semble pas croire à une réunification rapide, relevant la position de refus de certains responsables d’Ecône face au Concile Vatican II. Il voit que certains, comme Mgr Fellay, veulent se rapprocher du Vatican, tandis qu’à ses yeux, d’autres, comme Mgr Williamson, n’ont pas cette intention.
Quant à savoir si Mgr Williamson a fait sa déclaration négationniste à dessein pour saboter tout rapprochement d’Ecône avec le Vatican, «des sources dignes de foi me l’ont effectivement assuré. Ce serait d’un cynisme gravissime!», insiste Mgr Genoud. «Mais à voir à quel point Mgr Williamson a du mal à se rétracter, j’ai tendance à croire que c’est effectivement le cas».
Mgr Genoud, comme évêque dans un pays où est active la Fraternité St-Pie X, a eu la confirmation de la levée de l’excommunication comme tout le monde, par la radio. Il aurait cependant aimé en être informé avant pour pouvoir expliquer à des fidèles déconcertés que cette mesure ne signifie pas encore la réintégration des intégristes au sein de l’Eglise catholique. «Une barrière a simplement été levée. Pour la franchir vraiment, les disciples d’Ecône devront accepter les grandes avancées du Concile Vatican II, notamment l’oecuménisme et la reconnaissance de la liberté religieuse», confie-t-il aux quotidiens 24 Heures et Tribune de Genève.
Mgr Genoud ne pense pas que l’on revienne en arrière avec le pape actuel, en soulignant la possibilité qu’à l’avenir on ordonne des hommes mariés. Tout en dissipant des illusions en cours dans certains milieux catholiques, comme celles d’ouvrir la prêtrise aux femmes ou de mettre fin au célibat des prêtres déjà ordonnés. (apic/tdg/be)




