Fribourg: Mgr Genoud pour la première fois «au bistrot» dans la partie alémanique du diocèse

«Mon allemand s’améliore chaque jour»

Georges Scherrer, de l’Apic / Adaptation: Bernard Bovigny

Tavel, 15 juin 2004 (Apic) Lundi soir 14 juin, Mgr Bernard Genoud a vécu pour la première fois sa rencontre au bistrot dans la partie alémanique du diocèse. L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a rencontré la population locale au restaurant «Maggenberg» à Tavel, près de Fribourg. «Mon allemand s’améliore chaque jour, je ne saurai bientôt plus le français .», a-t-il lancé en allemand.

Mgr Genoud était de tout de même accompagné du chancelier et porte- parole de l’évêché, Nicolas Betticher, lequel a traduit les propos qui lui étaient difficilement compréhensibles. Durant la soirée, l’évêque s’est d’ailleurs surtout exprimé dans sa langue maternelle. Après avoir entamé en mars 2000 sa série de rencontres au bistrot à Fribourg, pour les poursuivre à Lausanne, Genève et Neuchâtel, c’est à Tavel que le prélat a pris rendez- vous avec la population de son diocèse, le 2e lundi du mois.

Mgr Genoud, qui a rencontré une trentaine de participants dans l’arrière-salle du restaurant, a été accueilli par des applaudissements. Deux femmes ont confié à l’Apic qu’elles étaient venues pour voir l’évêque de près. «Nous ne le connaissions pas du tout», ont-elles affirmé.

Pourquoi le bistrot et pas l’église?

La première question a tout de suite concerné la présence de l’évêque en ces lieux: «Pourquoi rencontrez-vous la population au restaurant et non dans une église?» Au bistrot, devant un verre de vin, il est plus facile d’entrer en contact étroit qu’à l’église, où les gens sont assis en rangs et où il leur apparaît comme homme d’Eglise, a répondu Mgr Genoud.

Les interventions de la population locale n’ont pratiquement pas concerné la situation minoritaire de la partie germanophone du diocèse. L’intérêt des participants s’est porté avant tout sur des thèmes généraux touchant l’Eglise. Ainsi, plusieurs questions ont été posées au sujet de la «lettre de Bâle», signée par 41 éminents catholiques pour demander au pape de démissionner à 75 ans. L’évêque comprend tout à fait que les signataires veuillent exprimer leur point de vue. Mais le moment choisi, juste avant la venue de Jean Paul II, était malvenu. Mgr Genoud souligne par ailleurs que le monde actuel est fait pour «les jeunes, les riches et les gens en bonne santé». En tant que personne âgée, en restant à sa place le pape donne un message différent.

Un autre thème lancé par un participant, chef d’entreprise, a été l’impôt perçu sur les personnes morales, donc aussi sur les petites et moyennes entreprises. Il ne trouve pas normal de devoir verser à l’Eglise catholique des montants qui lui seraient très utiles pour mener à bien ses affaires. L’évêque a souligné pour sa part que l’Eglise a aussi besoin de cet argent pour rétribuer ses collaborateurs. «Mais nous n’avons pas encore trouvé la solution parfaite», a-t-il admis.

L’enthousiasme communicatif des jeunes

Le souvenir de la rencontre des jeunes catholiques avec le pape Jean Paul II, les 5 et 6 juin à Berne, était encore très frais dans la mémoire des participants à la discussion avec l’évêque, pour la majorité des femmes et de hommes d’âge moyen, dont plusieurs très engagés dans l’Eglise catholique. Mgr Genoud soupire: «Ces jeunes remplis de joie m’ont fait du bien». Beaucoup de personnes présentes partageaient cet enthousiasme, alors que l’un d’eux s’est demandé: «Quelle suite sera donnée?»

Une bonne partie de la discussion a touché le contact de l’Eglise avec les jeunes. L’évêque a reconnu lui-même: «Nous voulons commencer avec eux à travers l’eucharistie, mais les jeunes veulent une vie de communauté.» Des idées ont été lancées au cours de la soirée: des groupes catholiques pour les jeunes dans les quartiers, des célébrations vivantes, davantage d’événements de masse, un besoin de plus de jeunes prêtres pour s’occuper de la jeunesse, . pour aboutir au thème suivant: le manque de prêtres.

La crise des vocations, un phénomène suisse

«Nous avons une crise en Suisse, mais l’Eglise universelle n’en a pas», a lancé l’évêque, en soulignant que 68’000 séminaristes étaient recensés dans le monde il y a 25 ans, et ils sont 118’000 actuellement. Il souligne qu’en Suisse il est cependant difficile d’avoir les autorisations nécessaires pour faire venir un prêtre de l’étranger. «Il est plus facile d’obtenir un permis de travail pour un footballeur que pour un prêtre», a-t- il affirmé.

La rencontre au bistrot a également vu la présence du vicaire épiscopal pour la partie alémanique du diocèse, Kurt Stulz. Ce dernier a parlé de son rêve: La partie alémanique du canton de Fribourg devrait avoir un diocèse partenaire riche en prêtres, et procéder avec lui à des échanges d’agents pastoraux.

Des questions ont également été posées sur la prédication par les laïcs durant l’eucharistie. Une tradition s’est instaurée en Suisse, et elle ne doit pas être simplement détruite, a affirmé Mgr Genoud. Par ailleurs, les évêques suisses, unanimes, demandent que soit rendue possible l’ordination sacerdotale d’hommes ayant fait leurs preuves, mariés ou non. Ils vont présenter cette requête lors de leur prochaine visite au Vatican. L’évêque n’a pas voulu aborder la question de l’ordination des femmes: l’heure se faisait tard au moment où elle a été posée, et elle ne pouvait être liquidée en quelques minutes.

La rencontre s’est conclue par un échange sur les médias. Mgr Genoud a relevé qu’il devait parfois se prononcer sur des questions éminemment complexes en très peu de temps, et ce n’était pas toujours facile. Au terme de la partie «officielle», l’évêque s’est attablé au restaurant où la discussion informelle s’est poursuivie devant une bière. (apic/gs/bb)

15 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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