Fribourg: Mgr Rouet analyse les fondements de la mondialisation au congrès de l’UCIP

«Rien n’est plus ambigu que l’unité»

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Fribourg, 20 septembre 2001 (APIC) L’évêque de Poitiers en France, Mgr Albert Rouet, a donné une conférence le matin du 20 septembre, au 2e jour du congrès de l’Union catholique international de la presse (UCIP), qui a pour thème «Les médias au défi de la mondialisation». Le prélat a analysé les fondements et les domaines touchés par la mondialisation. «Rien n’est plus ambigu que l’unité», a-t-il lancé pour dénoncer les principes unificateurs imposés à l’ensemble de la planète par les pays du Nord.

L’évêque de Poitiers a souligné dans sa conférence intitulée «Pour une mondialisation humaine», tenue devant quelque 500 participants, que la mondialisation n’a pas surgi d’un seul coup. Deux faits notables ont transformé les échanges commerciaux, «aussi vieux que le monde», à l’instauration d’une toile baptisée «mondialisation», et qui s’appuie sur des lois économiques, présentées comme seule référence. D’abord, la chute du mur de Berlin, en 1989, a signifié l’effondrement des autres valeurs que le libéralisme. Depuis, l’attention se porte sur les pays «en voie de développement» uniquement à leur aptitude à entrer dans les circuits du marché. Ensuite, la rapide expansion des outils informatiques a réduit le temps des opérations financières à un simple «geste du doigt».

Mgr Albert Rouet a cité dans a conférence quatre domaines touchés par le phénomène de la mondialisation. «Mais en réalité, seule l’économie commande l’élan de la mondialisation. Le reste est folklore», a lancé le conférencier, pour qui «tout s’achète, tout se vend»: «Et le seul critère qui prévaut est la rapidité de la rentabilité».

600 millions de pauvres sont «laissés à l’humanitaire»

Un second aspect concerne le domaine politique, qui touche essentiellement les grandes institutions internationales et les accords continentaux. «L’ONU intervient pour éteindre des guerres locales et pour prendre en charge les réfugiés, dont 22,3 millions sont confiés au HCR», souligne l’évêque de Poitiers. «Et sur les 1,2 milliards de pauvres qui vivent en marge de l’économie officielle, la moitié d’entre eux n’ont aucun espoir de s’y raccrocher un jour et sont laissés à l’humanitaire».

Quant au domaine de la culture, qui vit également au rythme de la mondialisation, il tend à niveler «les caractéristiques culturelles au profit d’un mode de vie généralisé». «Nous ne gardons des autres cultures que les aspects qui s’accommodent de notre système de pensée», déplore Mgr Rouet.

Le dernier domaine cité par le conférencier touche la maîtrise de l’information, devenue «une marchandise rentable où le contenu n’importe que s’il rapporte». Pour l’évêque de Poitiers, l’apparente liberté de la presse cache «l’impérieuse nécessité du rendement». D’où les efforts consentis notamment par les chaînes de télévision pour ne pas baisser dans l’audimat. Selon le conférencier, les thèmes retenus par les médias tendent à «flatter l’intérêt du lecteur ou de l’auditeur ainsi fidélisés». Il en résulte qu’»aucun modèle ne peut rester à l’écart de ce qui profite à la globalisation de choses: il doit s’intégrer ou disparaître».

«L’événement tire sa valeur du système qui l’englobe»

L’évêque de Poitiers analyse les questions éthiques liées à l’information confrontée au défi de la mondialisation. «On prétend volontiers que les faits s’imposent. C’est trop vite dit. Les faits ne disent rien de l’importance qui leur est impartie», a lancé le conférencier, pour qui un événement tire sa valeur d’un système qui l’englobe. A titre d’exemple, Mgr Rouet s’étonne de l’impact beaucoup moins élevé qu’a provoqué l’explosion d’une usine chimique en mains occidentales à Bhopal en Inde en 1984, et qui aurait fait plus de 20’000 victimes, par rapport à la tragédie qui a touché les Etats-Unis le 11 septembre dernier. «Autrefois, les régimes politiques décidaient eux-mêmes de l’importance d’un événement qui les touche. Aujourd’hui, c’est la remise en question des valeurs prônées par la mondialisation qui détermine la valeur d’un fait», souligne Mgr Rouet.

A chaque population de déterminer ses propres besoins

Sur quels fondements éthiques s’appuyer dans ce processus de mondialisation? Pas sur la notion d’unité, selon l’évêque de Poitiers, car elle vise en l’occurrence à imposer des principes unificateurs à l’ensemble de la planète par les pays du Nord. Or, 83% des richesses appartiennent aujourd’hui à 17% de la population mondiale. Et ces derniers dictent bien entendu les systèmes économiques prônés par la mondialisation. Pour Mgr Rouet, il devient urgent de confier aux populations locales la détermination de leurs propres besoins, au nom «du respect de la liberté de tout homme de conduire sa vie selon sa propre responsabilité, selon les exigences de sa conscience».

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20 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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