Fribourg: «Nuit des couvents»: les Ursulines ont privilégié l’imagination
Le théâtre au couvent, à vingt milles lieues sous les cieux
Pierre Rottet, Apic
Fribourg, 5 mai 2006 (Apic) Un peu partout en Suisse, couvents, monastères et communautés religieuses ouvrent ce week-end leurs portes au public, pour un événement exceptionnel: la «Nuit des couvents». Histoire de donner l’occasion aux «profanes» de découvrir ce que vivent religieuses et religieux derrière leurs murs, à vingt milles lieues sous les cieux. Le tout dans le cadre de l’année des vocations voulue par les évêques suisses. Quant aux Ursulines de Fribourg, elles ont choisi de se raconter par le biais du théâtre. Six représentations au couvent, à guichets fermés.
Tous les couvents et monastères n’ont certes pas joué le jeu dans le pays. Une minorité. Dont ne font pas partie les Ursulines de Fribourg, à la Rue de Lausanne, qui ont choisi l’imagination pour cette «Nuit des couvents». Surtout qu’elles fêtent en cette année le 400e anniversaire de leur création.
La coïncidence était tentante de faire d’une pierre deux coups, un coup de maître qui plus est, en chargeant la comédienne Chantal Bianchi de mettre en scène l’histoire de la communauté et la spiritualité de leur fondatrice, Anne de Xainctonge (1567-1621). Cela à travers six jeux scéniques pour une visite guidée théâtrale qui transporte le public de la cave au grenier au fil des siècles dans le vaste couvent des religieuses, toutes heureuses d’accueillir les 14 acteurs enthousiastes – jeunes et bénévoles – et les spectateurs pour les six représentations, du vendredi au dimanche. Un succès assurément, puisque les 6 représentations se jouent «à guichets fermés», avec près de 60 spectateurs par représentation. Un maximum, en raison des nombreux déplacements.
«L’aubaine était réelle, même si nous n’avons pas attendu cette «Nuit des vocations» pour imaginer ce théâtre, que nous préparons depuis deux ans. Restait à faire coïncider les deux événements. Une excellente façon de nous faire connaître, de dire ce que nous vivons, qui nous sommes. dans cet immense couvent en plein coeur de Fribourg, et ce que nous allons devenir», commente la Supérieure, Sr Francisca Kaelin. Une question pas si anodine, vu le manque de relève, au niveau des vocations, un peu partout en Suisse également. A Fribourg, on compte certes 75 religieuses, rue de Lausanne. Mais la moitié a 80 ans et plus.
Public séduit
C’est dire que tout n’est pas allé de soi pour faire admettre l’idée de cette ouverture au public, et ainsi «s’exposer» au dialogue sur les raisons d’un choix de vie perçu pour beaucoup comme radical. «C’est vrai qu’il y a eu d’abord des réticences. une crainte compréhensive pour certaines de nos soeurs âgées, d’être tour à tour confrontées à la mise sur pied d’un théâtre, et à la venue de «curieux», admet Sr Francisca. L’esprit d’ouverture l’emportera cependant.
Sur des textes de Madeleine Bagnoud, professeure, Véronique Isenmann, théologienne et des soeurs Anne-Véronique et Marie-Brigitte, les scènes vont prendre formes, avec l’arrivée, en septembre dernier, de Chantal Bianchi et de sa troupe de 14 acteurs amateurs, trois hommes et onze femmes, dont deux religieuses. Le travail intensif fera le reste. Le public, séduit, en a du reste eu un premier aperçu vendredi soir lors de la première.
Au fil des jeux scéniques de 90 minutes, le public est ainsi amené à découvrir un véritable spectacle, où la recherche de l’esthétisme est toujours présente jusque dans les moindres recoins du couvent, grâce aux subtiles éclairages d’Annick Perrenoud, seule professionnelle de la troupe, avec la metteuse en scène Chantal Bianchi. Quant aux acteurs, ils se transforment en autant de guides, modifiant leurs aspects vestimentaires au gré des personnages incarnés, des scènes et des histoires narrées. «Le tout se résume en un vaste travail de recherche d’archives, de réécriture et d’adaptation des textes pour les adaptés aux exigences du théâtre», confie la metteuse en scène.
Univers magique
Des tranches de vie, en fait, dont la première se déroule à la chapelle du couvent, avec la colère de la jeune Anne de Xainctonge, indignée de voir que l’éducation est réservée aux seuls garçons dans l’école des jésuites de Dôle, avant d’être confrontée à la réprobation de sa famille. Puis les jeux scéniques s’enchaînent, en autant de flashs sur l’histoire, la fuite de Porrentruy, les obstacles du Vatican, les réticences et les méfiances du clergé et des bourgeois de Fribourg, transportant à chaque fois le public dans les lieux les plus anciens du couvents, les plus inattendus aussi. De la cave à la terrasse qui surplombe Lorette, la Maigrauge et Montorge, en passant par la salle à manger puis le grenier, pour se terminer dans la verdure du jardin intérieur du couvent, autour d’une table, pour un dialogue entre public et acteurs. A ciel ouvert. Comme il se doit.
«Le public marche beaucoup. en tout cas autant qu’il est assis», lâche, amusée, la metteuse en scène. Une affirmation que confirmera largement la première, vendredi soir. «J’ai accepté ce projet parce que j’aime voir le théâtre sortir du théâtre, apporter quelque part de la poésie dans un univers magique». Pari gagné. PR
Encadré
Expo et Nuit des couvents dans le canton de Fribourg
Une exposition, avec notamment des documents d’archives historiques sur les actes de fondation et livres est également visible ce week-end à la Rue de Lausanne. Elle retrace la création de la communauté, en 1606, en passant par l’arrivée des religieuses à Fribourg en 1634. Sans oublier le présent. A noter que pas moins d’une douzaine de monastères, couvents ou communautés du canton de Fribourg ont choisi de s’ouvrir au public à l’occasion de «la Nuit des couvents», sous une forme ou une autre. PR
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(apic/pr)




