Le film coup de poing de l’Argentin Solanas ouvre les feux
Fribourg: Ouverture du 18e Festival international de films de Fribourg
Fribourg, 22 mars 2004 (Apic) La 18ème édition du Festival International de Films de Fribourg (FIFF) a ouvert ses portes dimanche avec la projection du film coup de poing de l’Argentin Fernando Solanas, «Memoria del Saqueo» (Mémoire d’un saccage).
Le public – près de 30’000 personnes sont attendues – aura la possibilité de visionner jusqu’au 28 mars une bonne centaine de films, de la fiction au documentaire, concernant le «Sud», vu non seulement dans une perspective géographique, mais aussi comme réalité sociale également présente dans les pays du Nord.
«Mémoire d’un saccage», co-produit par la Télévision suisse romande, décrypte la corruption qui gangrène le pays depuis des années. Le film de Solanas rend hommage à la lutte des Argentins et dénonce un «génocide social» imposé par Washington et ses alliés locaux aux laissés-pour-compte des politiques néo-libérales. Il n’y a pas si longtemps encore, les grands médias présentaient le pays dirigé par le président Carlos Menem comme le «meilleur élève du Fonds Monétaire International»; les émeutes de la faim, en décembre 2001, ont rappelé cruellement à qui a profité la mondialisation néo-libérale.
Dimanche soir, au sortir de la salle de projection, plus d’un spectateur avait la rage au coeur face à cette dénonciation documentée du pillage des richesses d’une nation autrefois prospère au profit d’une classe politique servile et corrompue, sans principes moraux et vendue aux intérêts de grands groupes étrangers qui rachètent à un vil prix tout ce que l’Etat argentin possède de précieux.
Une contribution au dialogue des cultures
L’an dernier, à pareille époque, la menace de guerre contre l’Irak planait sur la 17ème édition du FIFF. Entre-temps, le pire est arrivé, le terrorisme et le sentiment d’insécurité sont plus présents que jamais, «mais si certains détruisent, d’autres ne cessent de créer», a-t-on entendu à l’ouverture de ce festival des cinématographies du Sud qui permet la rencontre des cultures multiples des autres continents.
Nouveau président du Festival de Fribourg et son «ambassadeur», Jean- François Giovannini a relevé la coïncidence entre l’ouverture du FIFF et la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. L’ancien directeur suppléant de la Direction du développement et de la coopération (DDC) – un organisme de la Confédération qui soutient le Festival depuis deux décennies – a souligné que cet événement ne poursuit certes pas un but antiraciste, mais y contribue en en faisant connaître à un large public les sentiments universels et l’histoire commune de l’humanité.
Le monde n’est pas monocolore
Le monde n’est pas monocolore, la diversité culturelle existe, laissons la chance d’être surpris et interpellés, a déclaré pour sa part Rachel Brulhart, directrice du Festival de Fribourg. Evoquant le riche programme qui présente une impressionnante rétrospective sur les cinémas d’Asie centrale, elle a rappelé que cette 18e édition est également placée sous le signe de la mémoire, avec des films qui retracent l’histoire tragique récente notamment du Rwanda, d’Haïti, d’Afrique du Sud et de l’Argentine. Le Festival doit contribuer à un débat urgent et montrer, face à une mondialisation déshumanisée, a-t-elle lancé en reprenant le slogan du Forum Social Mondial, qu’»un autre monde est possible».
Directrice de l’instruction publique, de la culture et des sports, Isabelle Chassot, venue apporter les salutations des autorités, a rappelé que si les films du Sud ont désormais trouvé leur place dans les grands festivals internationaux, «c’est un peu grâce à Fribourg».
La conseillère d’Etat fribourgeoise, relevant les débuts modestes en 1980, a reconnu que le Festival de Fribourg a toujours conservé une dimension politique et milité pour que l’homme reste debout. Son collègue démocrate- chrétien Dominique de Buman, parlementaire fédéral et syndic de la ville de Fribourg, a mis en garde contre le risque de l’oubli: «le plus grand danger, ce n’est pas seulement qu’il y a ait un saccage, comme le montre Solanas, mais qu’il y ait en plus le saccage de la mémoire. Car ce qui a détruit l’Argentine nous menace aussi !»
En ces «moments dangereux», a souligné pour sa part le réalisateur argentin Fernando Solanas, présent à Fribourg, il faut rappeler les grands principes que sont la diversité culturelle, l’amitié et la paix. Et de saluer, sous les applaudissements du public, la contribution «tellement importante» du Festival de Fribourg pour rapprocher le Sud du coeur de l’Europe. (apic/be)



