Fribourg: Ouverture du Congrès mondial de l’UCIP sur les médias et la mondialisation

Le capitalisme crée une société de «consommation conformiste»

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Fribourg, 19 septembre 2001 (APIC) Le Congrès mondial de l’Union Catholique internationale de la presse (UCIP) s’est ouvert mercredi 19 septembre à l’Université de Fribourg en Suisse. Quelque 600 participants débattent jusqu’au 22 septembre du thème «Les médias au défi de la mondialisation». Le ton a été donné par le premier conférencier, le journaliste brésilien Plinio de Arruda Sampaio, qui a accusé le capitalisme de créer une «société de consommation conformiste».

Après la rencontre des jeunes journalistes, qui a eu lieu du 16 au 18 septembre et a rassemblé près de 200 participants, l’UCIP a ouvert son congrès mercredi avec les messages des autorités, de la présidente et des organisateurs. Le journaliste Plino Arrudade Sampaio, rédacteur en chef d’un hebdomadaire alternatif au Brésil, a inauguré le cycle de conférences en cernant «le rôle des médias alternatifs dans un monde globalisé». Le Brésilien a rompu bon nombre de lances contre la société capitaliste et les «5 ou 6 organisations gigantesques qui monopolisent la presse mondiale».

Plino de Arruda Sampaio, qui est également engagé sur le terrain politique (il a été candidat au poste de gouverneur de Sao Paulo), a interprété les attentats terroristes qui ont ensanglanté les Etats-Unis comme «une preuve que le monde doit changer».

Les médias, instruments de manipulation

Le journaliste brésilien a entamé son discours en citant une phrase de Winston Churchill: «Durant la guerre, la vérité est si précieuse qu’elle doit être en permanence protégée par les mensonges». Cette affirmation, selon l’orateur, s’applique parfaitement aux médias, qui sont devenus pour la plupart des instruments de manipulation. «Le capitalisme réduit l’être humain à un consommateur», dénonce-t-il, «Et même les valeurs intellectuelles, artistiques, éthiques et spirituelles sont réduites à l’état de marchandises».

Pour Plino de Arruda Sampaio, la véritable information nécessite le débat et la discussion, et met ainsi en œuvre la capacité de réflexion de l’être humain. Or, la plupart des médias, et notamment les chaînes de télévision et les stations radio, ont la prétention de dire ce qui est laid ou beau, vrai ou faux, aimable ou détestable. «Le journalisme, dénonce le conférencier, devient de plus en plus un appendice à la publicité. Les médias deviennent esclaves des relations publiques. Deux tiers des espaces de la presse sont occupés par la publicité».

Le journaliste est dans une situation schizophrénique

Quant au journaliste, il se trouve dans une situation «schizophrénique», selon Plino de Arruda Sampaio, car il est réduit à diffuser des informations «fausses et pernicieuses», mais conformes à une sorte de «consensus fabriqué». Face à cette situation, le conférencier prône la formation d’une presse locale, courageuse et intrépide, en vue d’une «information correcte», autrement dit d’une presse alternative, qui s’adresse notamment aux opprimés et leur donne des outils pour de défendre leurs droits. Une telle presse nécessite une véritable rupture avec les médias dominants, contrôlés par «5 ou 6 organisations gigantesques» qui prétendent «imposer aux gens ce qu’ils doivent savoir».

Pour lutter contre les «autoroutes de l’information», Plino de Arruda Sampaio souhaite que les nombreux médias régionaux et alternatifs coordonnent davantage leurs activités par le réseau Internet. Il espère que le congrès de Fribourg débouchera sur la création d’un organisme de traduction et de coordination, chargé de mettre au point un site Internet et un moteur de recherche liés aux publications alternatives.

Ouverture du congrès marqué par les attentats terroristes

Le congrès s’est ouvert mercredi matin par un moment de recueillement à la mémoire des victimes des attentats perpétrés le 11 septembre aux Etats-Unis et en pensée avec l’ancien représentant de l’UCIP à l’ONU, Jim O’Neill, absent au congrès, qui devait être nomméé membre d’honneur et dont le fils fait partie des milliers de victimes dans une des deux tours de New-York. Le nouvel animateur spirituel de l’UCIP, le Père Franco Mazza, a fait déposer un cierge sur la scène de l’aula de l’université, puis une musicienne a placé le congrès sous le signe de la paix et de l’unité en interprétant «Imagine» de John Lennon.

Dans son discours d’accueil, la présidente de l’UCIP Theresa Ee-Chooi a plaidé pour une insertion totale des médias catholiques dans la société civile, afin d’y promouvoir les valeurs de paix, de fraternité et de justice proposés par l’Evangile.

Avec la globalisation, la solidarité et le partage s’estompent

Le président du gouvernement fribourgeois, le conseiller d’Etat Claude Grandjean, a pour sa part souligné que «le tout à l’économie» vise «la réussite et le profit si possible rapide». Avec la globalisation des marchés, «les notions de solidarité, de partage s’estompent» et l’économie se ferme sur elle-même en éliminant «ce qui ne correspond pas à ses ritères de rentabilité, laissant sur les bas-côtés du chemin des millions d’hommes et de femmes qui iront rejoindre les rangs des déshérités». Il a rendu les journalistes présents attentifs à leur «pouvoir considérable sur l’opinion» et les a encouragés à «dénoncer la déshumanisation du monde et le culte de la réussite à tout prix, qui a comme corollaire l’exclusion».

L’archevêque John P. Foley, président du Conseil pontifical pour les Communications sociales a rappelé que l’UCIP est l’organisation reconnue par l’Eglise dans le domaine des médias. Il a invité les participants au congrès à prendre conscience de ce qu’ils apportent au monde en prônant les valeurs de paix et de justice, qui émanent de l’Evangile. Il a souligné l’importance du congrès dans les relations qu’il permet de tisser entre journalistes catholiques du monde entier. (apic/bb)

19 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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