Fribourg: «Projet de paix, Prévention des conflits violents» bilan après un an d’activité
Pas si facile de trouver 10 millions de francs
Fribourg, 5 juin 1998 (APIC) Un an après son lancement, l’ambitieux «Projet de paix, prévention des conflits violents» (PPPcv) cherche encore sa vitesse de croisière. Mais l’enthousiasme de son président Frédéric Maillard et des 45 membres semble intact. L’idée est simple: impliquer les entreprises multinationales dans un soutien aux instances de justice et de police du pays dans lequel elles sont présentes ou vont s’implanter. Pour faire respecter la démocratie et l’état de droit. La mise en oeuvre est beaucoup plus ardue qu’imaginée. Le PPPcv n’a pas encore dépassé la phase d’approche.
«Nous nous sommes donnés une année d’élaboration et de fondation, une sorte de test de faisabilité qui s’est achevée à fin 1997», explique Frédéric Maillard. Le travail d’approche des entreprises a été plus long que prévu, sans pour l’instant semble-t-il beaucoup de résultats concrets. Le bilan devant la presse de la première année d’activité, initialement agendé en mai, se fera en automne, car trop de discussions sont encore en cours.
«Nous avons reçu de très bons échos de la part de chefs d’entreprises, mais leur organisation interne et le souci de la rentabilité les obligent à prendre du temps pour décider. Il s’agit notamment de débloquer des fonds en réserve, par exemple des fonds de prévoyance ou des biens immobiliers pour soutenir le PPPcv», justifie le président de l’association.
On recherche 10 millions de francs
Le budget de l’année de lancement de 180’000 francs a été couvert essentiellement par des dons en provenance de treize Congrégations religieuses missionnaires, convaincues de la nécessité de prévenir les conflits par un soutien actif à l’état de droit dans les pays sous tension. Pour assurer la suite, – le budget prévoit deux salaires à plein temps pour l’année de consolidation 1998-1999 – le PPPcv cherche actuellement à rassembler un fonds de 10 millions de francs dont le rendement doit servir à son budget de fonctionnement. «Il s’agit d’une sorte de fondation financière mais avec des règles plus souples. Car nous ne pouvons pas demander aux entreprises de bloquer des montants importants de l’ordre de plusieurs dizaines ou centaines de milliers de francs sur plusieurs années. En général nous comptons sur un roulement de six mois à un an. Il est clair que si nous n’arrivons pas à rassembler ces dix millions nous cessons notre entreprise», souligne Frédéric Maillard. 24 dossiers sont actuellement en circulation, la moitié adressés à des entreprises, l’autre à des fondations. Difficile d’en savoir plus pour l’instant car les partenaires ont requis une confidentialité absolue avant toute prise de décision.
«Cela correspond à nos objectifs, même si nous pensions obtenir des réponses plus rapides.» Autres sources de revenus envisagées: les cotisations des membres de l’association et la vente «d’actions» à 500 francs aux personnes intéressées.
Dééboucher sur du concret : ouverture d’un Institut cet automne
Après un an d’étude et d’approche des entreprises et des milieux intéressés, il s’agit maintenant d’être capable de présenter quelque chose de concret à nos partenaires, admet Frédéric Maillard. L’objectif est l’ouverture en automne de l’Institut PPPcv. L’Institut a essentiellement pour but de vulgariser et de mettre à disposition du public et des entreprises les études et les recherches qui existent déjà sur la question de la prévention des conflits et sur la situation dans tel ou tel pays. «De nombreuses institutions en Suisse, en Europe et ailleurs ont des archives très intéressantes (Copenhague, Paris, Namur, Le Cap etc.), nous voudrions rendre accessible leurs travaux et leurs recherches. Beaucoup de fonds sont sous-utilisés, même par des experts ou des coopérants internationaux.», relève le président de PPPcv. L’Institut ne fournira pas forcément une offre de cours, mais pourra orienter les personnes vers les services existants.
Pus intéressés au Forum de Davos qu’au Salon du livre
Les chefs d’entreprises restent d’ordinaire méfiants envers les milieux de défense des droits de l’homme ou tiers-mondistes, volontiers considérés comme subversifs ou gauchistes. D’où un gros travail d’approche et de persuasion. «Nous voulons mettre en œuvre les alliances possibles. Nous sommes davantage intéressés au Forum de Davos ou au Forum de Crans-Montana que par le village alternatif du Salon du Livre de Genève.» Pour l’instant, les responsables de PPPcv se sont surtout approchés d’entreprises déjà connues pour leur engagement social ou solidaire. «Nous avons plutôt visé des PME qui ont de petits bureaux commerciaux à l’étranger». Si s’attaquer à de «gros morceaux» comme Nestlé, ABB ou Pilatus, ne fait pas peur à l’association, elle ne s’estime néanmoins pas encore prête à le faire.
Second projet concret pour PPPcv, l’ouverture d’un Centre doté d’un secrétariat permanent. L’idée de s’installer dans un étage de l’ancien collège des Missions, au Bouveret, a fait l’objet d’une étude complète et détaillée par un architecte d’intérieur… pour mieux être mise en veilleuse. «Nous pourrions entrer au Bouveret dans un délai très bref, mais nous ne voulons pas consacrer toute notre énergie et tout notre argent dans un projet immobilier. Nous ne voulons pas nous «institutionnaliser» trop vite», remarque le président. Un projet d’ouverture d’un petit bureau à Fribourg avec un centre de documentation dans des locaux mis à disposition par une congrégation religieuse est par contre en cours. Le site Internet est aussi en veilleuse, car ouvrir un site exige d’être prêts à répondre aux sollicitations extérieures. «Cela signifie pratiquement une personne à mi-temps et cela risque de nous détourner de notre objectif principal qui est cette année la collecte de fonds.»
Quant à la phase de l’intervention sur le terrain par l’envoi de délégués ou de médiateurs, les entreprises devront attendre encore au moins deux ou trois ans avant de pouvoir confier des mandats au PPPcv. Le souci de professionnalisme et d’efficacité qui doit primer sur l’amateurisme, exige une longue préparation, remarque F. Maillard.
45 personnes prêtes à s’engager
Un an après son lancement PPPcv peut compter sur 45 actifs et 450 sympathisants, personnes individuelles ou congrégations religieuses, réunis dans un réseau qui s’étend au-delà des frontières suisses. Dans l’ensemble, l’enthousiasme semble intact. Si le lancement du projet a été possible grâce à l’important soutien financier des Congrégations religieuses, le PPPcv se doit maintenant d’établir son autonomie financière. «Nous ne sommes pas du genre à foncer dans des projets idéaux puis à réclamer des subventions parce que nous n’arrivons plus à nous en sortir», conclut F. Maillard. (apic/mp)



