Fribourg: Retraite des prêtres, l’évêché prend position face à un article du «Matin»

Des revendications totalement incompréhensibles

Fribourg, 26 juin 2008 (Apic) Scandale. Huit curés retraités accusent l’évêché de les avoir spoliés (…) Cette fois, ce sont huit curés dans la précarité totale qui traînent l’évêque devant les tribunaux vaudois… Cet article du quotidien romand «Le Matin» du jeudi 26 juin 2008 a fait bondir le jour même l’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg. Qui a immédiatement convoqué la presse pour corriger «un certain nombre d’erreurs et d’approximations» que contenait l’article en question.

Peut-on en effet parler de «précarité» quand on sait que l’harmonisation du statut financier des prêtres dans les cantons du diocèse – en vigueur depuis 2004 – a mis fin à d’évidentes inégalités entre les ecclésiastiques actifs dans le diocèse et que le nouveau statut a globalement amélioré leur situation financière ?

«On n’en voudra pas à son auteur, tant les questions soulevées devant le Tribunal des assurances sont complexes et de nature très technique», a concédé jeudi Mgr Bernard Genoud, l’évêque du diocèse, devant une douzaine de journalistes.

Il a cependant regretté que le journaliste du «Matin» n’ait pas entendu le point de vue de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud et de la Caisse de prévoyance du Clergé. Il n’a recueilli que les avis et opinions des seuls prêtres plaignants.

Des erreurs et des approximations dans l’article du «Matin»

L’évêque a toutefois laissé apparaître sa tristesse face à la démarche de ces prêtres, qu’il avait reçus à plusieurs reprises individuellement et collectivement pour discuter de leurs revendications. Il est d’autant plus peiné que ces prêtres déclarent, selon l’article du «Matin» qu’ils se sont heurtés à un mur, et que l’évêque a refusé de trouver «une issue honorable à cette crise». Un prêtre a déclaré au journal basé à Lausanne qu’il aurait tant aimé demander à Mgr Genoud comment il pourrait vivre avec 3’200 francs par mois. De fait, rappelle l’évêque, le revenu net mensuel d’un prêtre à la retraite dans le diocèse est de 4’375 francs par mois.

Mgr Genoud précise également que sur les 32 prêtres du canton de Vaud qui avaient entrepris cette démarche, certains sont entre-temps décédés et d’autres ont renoncé à la poursuivre. Seuls huit ont continué leur action devant les tribunaux civils, qui seront appelés à trancher. «Les autorités de l’Eglise estiment pour leur part avoir tout mis en oeuvre pour assurer à chacun des prêtres du diocèse un traitement équitable tenant compte des spécificités de chaque cas particulier», assure Mgr Genoud.

Si l’occasion avait été donnée à l’évêché de s’exprimer, a-t-il poursuivi, on aurait vu que les nouvelles règles prévoient une amélioration sensible de la situation du prêtre retraité en lui garantissant un revenu minimum, toutes rentes confondues, de 52’500 francs nets, soit 4’375 francs par mois, sans retenue, ce qui correspond à 80% de la rémunération nette d’un prêtre actif. De nombreuses familles en Suisse n’ont pas un tel revenu, a-t-on entendu lors de la conférence de presse.

«Des revendications totalement incompréhensibles», c’est ainsi que, pour sa part, l’abbé Marc Donzé a qualifié ces démarches. L’actuel vicaire épiscopal pour la partie francophone du canton de Fribourg sait de quoi il parle: à l’époque, en tant que président du Conseil presbytéral, il avait beaucoup travaillé pour l’harmonisation du salaire des prêtres dans le diocèse. Auparavant, il y avait de grandes disparités, notamment entre Neuchâtel et Vaud. Et dans l’ancien système, les prêtres étaient peu payés, mais bénéficiaient de nombreuses prestations en nature, notamment le logement. Par contre, les prêtres ne cotisaient ainsi que peu à l’AVS, sans parler de la caisse de pension. Le nouveau système voulait qu’ils soient enfin traités comme des «citoyens normaux».

L’abbé Marc Donzé a précisé que le nouveau statut financier des prêtres de 2004 a été élaboré pendant 3 ans, conjointement par le Conseil presbytéral (la plupart sont des délégués élus par les prêtres et les représentent) et les administrateurs des corporations ecclésiastiques et fédérations des quatre cantons formant le diocèse.

«On a fait pratiquement un processus parlementaire et les délégués élus avaient le droit et le devoir d’en référer aux prêtres qui les avaient élus… Les prêtres ont même été surpris par la hauteur du chiffre des rémunérations, soit 75’000 francs annuels bruts, ceci pour permettre une retraite assurée. Le revenu de la retraite a finalement été fixé à 52’500 francs annuels nets». Soit une situation meilleure que dans l’ancien régime des salaires.

«L’évêque n’a aucune compétence financière»

Mgr Genoud a encore précisé que dans le système en vigueur, ce n’est pas l’évêché qui a la haute main sur les finances, mais bien les corporations ecclésiastiques cantonales. L’évêque va envoyer dès ce jeudi soir une lettre d’explication à tous ses agents pastoraux, notamment pour les encourager. Et de conclure que cette année a été «lourde de blessures», avec notamment les affaires d’abus sexuels, son état de santé qui l’a diminué – «mais cela va beaucoup mieux» – sans parler de la nouvelle planification pastorale qui a absorbé beaucoup d’énergie. Pour autant, a-t-il dit, le diocèse va de l’avant. (apic/be)

26 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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