Fribourg: Riccardo Petrella dénonce le terrorisme de la mondialisation au congrès de l’UCIP

35’000 enfants morts par jour à cause du «terrorisme économique»

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Fribourg, 20 septembre 2001 (APIC) Le professeur d’économie Riccardo Petrella a pris la parole au congrès mondial de l’Union catholique international de la presse (UCIP) lors d’une conférence-débat, jeudi 20 septembre, pour analyser la notion de «bien commun» à la lumière de la mondialisation. Il a notamment dénoncé le terrorisme économique qui provoque chaque jour la mort de 35’000 enfants par manque de nourriture ou de soin.

«On me demande de parler des biens communs. Or, dans la réalité, rien n’est commun, ni les richesses naturelles, ni les avoirs, ni les croyances», a affirmé d’entrée le professeur Petrella devant quelque 400 auditeurs à l’aula de l’Université de Fribourg en Suisse. Pour le conférencier, les biens communs sont davantage à chercher au niveau de la reconnaissance de l’autre et de la solidarité.

La globalisation au détriment d’un commerce équitable

Or, depuis une trentaine d’années, l’émergence d’une économie mondiale globalisée se construit au détriment d’une forme de solidarité, prônée notamment par le «commerce équitable». Une bonne partie de la presse, en Europe de l’Ouest, participe de façon claire à la mondialisation. Riccardo Petrella a analysé les courants de pensée véhiculés notamment par «Financial Times», «Economist», «Le Monde ” et «El Pais». Les deux titres anglais participent clairement au démantèlement du commerce équitable pour faire place à une économie globalisée. «Je vous mets au défi de litre un seul article économique d’un de ces deux titres où le commerce n’est pas comparé à une compétition», a lancé le conférencier, soulignant que cette presse véhicule «le mythe selon laquelle la libéralisation des marchés augmente la richesse de chacun». Leur modèle de pensée devient l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et non l’ONU.

Pour illustrer ce glissement du domaine politique vers l’économie, le professeur Petrella a rendu les participants au congrès de l’UCIP attentifs au fait que les Etats-Unis, depuis la chute du communisme dans les pays de l’Est, manifestent un réel désintérêt vis-à-vis de l’ONU, envers qui ils n’honorent d’ailleurs même plus leur participation financière. Ils ont également abandonné depuis longtemps l’UNESCO, pour se tourner résolument vers les organisations économiques et en particulier l’OMC. Mais pas à n’importe quelle condition: «Les Etas-Unis ont décrété que si l’OMC prend trois décisions contraires à leurs intérêts, ils s’en retireront», dénonce Riccardo Petrella.

La globalisation du capital est aussi du terrorisme

Au terme de sa conférence, et à l’heure des questions, le conférencier s’est emporté en dénonçant une autre forme de terrorisme que celle qui est à l’origine des attentats du 11 septembre dernier: «La globalisation du capital ne visant que la rentabilité est aussi du terrorisme».

Le conférencier a dénoncé le fait que les industries pharmaceutiques aient interdit à l’Afrique du Sud d’importer des produits permettant de lutter contre le sida, afin de vendre leurs propres médicaments, beaucoup plus coûteux, en invoquant le brevet qu’elles ont déposé. Il a également rappelé que 37’000 enfants meurent chaque jour, faute de nourriture ou de soins, et a demandé spontanément à l’assemblée d’observer à leur mémoire une minute de silence. La proposition a été suivie sans sourciller par toutes les personnes présentes à l’aula de l’université. (apic/bb)

20 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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