Demande de référendum contre le budget 2001 de la CEC retirée ?
Fribourg: séance de l’Assemblée de la Corporation ecclésiastique catholique cantonale
Fribourg, 18 mars 2001 (APIC) La demande de référendum contre le budget 2001 de la CEC, la Corporation ecclésiastique catholique du canton de Fribourg, sera vraisemblablement retirée, les paroisses référendaires ayant obtenu gain de cause, c’est-à-dire une réduction des dépenses. Mais les assistants pastoraux sont par contre restés sur leur faim. Ils souhaitaient en effet une revalorisation de leur salaire et de l’allocation familiale patronale, une nécessité pourtant largement reconnue ! Ils devront encore attendre l’an 2002 pour voir leur situation financière s’améliorer.
L’assemblée de la CEC, qui tenait samedi sa 13e séance plénière dans la chapelle de Regina Mundi, à Fribourg, a en effet accepté un amendement en retrait par rapport aux propositions de compromis du Conseil exécutif de la CEC. Plus surprenant, la proposition est venue de la déléguée Marie-Madeleine Beer, elle-même assistante pastorale. Les débats ont parfois été houleux: parlant au nom de la Commission provisoire du personnel, Christian Moullet, assistant pastoral, a résumé son intervention en six mots: «Déception, amertume, incompréhension, découragement, ras-le-bol, avenir».
Le référendum soulève en effet le problème de la reconnaissance du travail des agents pastoraux laïcs, en particulier de ceux qui œuvrent dans un ministère cantonal. Les référendaires relèvent pour leur part que les dépenses de la CEC, depuis sa création en 1999, ont trop fortement augmenté. A leurs yeux, les paroisses ne peuvent plus assumer une croissance aussi rapide des charges.
Eviter un référendum coûteux et une mauvaise image de l’Eglise
Pour éviter plus sûrement l’organisation du référendum – demandé par 20 paroisses (18 de la Glâne, une de la Sarine et une de la Broye) – et lever au plus tôt l’hypothèque pesant sur le budget 2001 (qui comprend une indexation des salaires au renchérissement de 2%), Marie-Madeleine Beer a souhaité que le montant de l’allocation familiale patronale soit maintenu pour l’année 2001 au niveau actuel (Fr. 100.– . par mois au lieu des Fr. 150.– – proposés samedi par le Conseil exécutif) . Sa proposition entraîne une économie budgétaire totale de Fr. 95’000. – et rejoint ainsi les souhaits des paroisses référendaires pour l’année 2001.
Cet amendement était lié à la condition que le Conseil exécutif présente une nouvelle échelle de traitements pour les agents pastoraux laïcs et de nouvelles dispositions sur les allocations familiales au plus tard en septembre 2001 en vue du budget 2002. Compte tenu de cet amendement, la minorité de la Commission de gestion et le Conseil exécutif ont retiré leurs propositions. L’arrêté relatif au budget, modifié par l’amendement Beer, a été adopté par 42 voix contre 17 et 11 abstentions. Il réalise une économie de Fr. 95’000.– – sur le budget 2001 de la CEC.
Lettre envoyée aux paroisses référendaires dimanche matin
Dimanche matin, le Conseil exécutif de la CEC, considérant que les deux conditions des paroisses référendaires étaient remplies, à savoir pas de nouvelle échelle de traitement des agents pastoraux laïcs cette année et pas d’augmentation de l’allocation familiale patronale – a écrit aux 20 paroisses pour demander si elles maintiennent ou si elles retirent le référendum. «Celui-ci devrait vraisemblablement être retiré, puisque les conditions posées par 17 d’entre elles sont aujourd’hui remplies. Leur réponse est attendue au plus tard pour jeudi», a confirmé dimanche à l’APIC Jacques Ducarroz, secrétaire général de la CEC.
Le Conseil exécutif a entendu le message des paroisses et le cri des assistants pastoraux
En prélude au débat, le Conseil exécutif, par la voix de l’abbé Jean-Jacques Martin, a indiqué qu’il avait pris bonne note du refus des paroisses d’accepter une augmentation régulière des dépenses de la CEC. «Le Conseil exécutif a toujours essayé de contenir le budget cantonal dans des limites acceptables, a rappelé l’abbé Martin. Les démarches qu’il a entreprises depuis le dépôt du référendum ont eu pour but de rechercher un compromis, afin d’éviter une campagne dommageable pour l’ensemble de l’Eglise catholique fribourgeoise». Le vicaire épiscopal Jacques Banderet a quant à lui souhaité «un consensus, signe d’une Eglise où règnent la communion, la justice et la fidélité à l’Evangile».
Vicaire épiscopal pour la partie alémanique du canton, l’abbé Kurt Stulz a dit comprendre la grande déception des agents pastoraux laïcs, en particulier francophones. «Si nous ne prenons garde à l’amélioration des conditions de vie de nos assistants pastoraux, nous jouons un jeu dangereux, compte tenu de la difficulté à les recruter et à les conserver, a-t-il lancé. La poursuite du référendum entraînera une perte de temps, une perte d’argent et une perte d’estime auprès de l’opinion publique».
Au nom de la majorité de la Commission de gestion, le président Hubert Chassot a apporté son soutien aux propositions du Conseil exécutif. Il a souligné toutefois que sa commission avait à plusieurs reprises déjà mis en garde ce dernier contre l’augmentation des dépenses. Invitant toutes les parties à faire preuve de retenue dans leurs négociations, il les a appelées à «manifester de la compréhension et de la solidarité dans ces questions salariales, car tout engagement professionnel mérite une juste rétribution: les agents pastoraux sont nécessaires dans nos paroisses».
Le but des référendaires: freiner les dépenses de la CEC et être mieux entendus
Invité à s’exprimer pour le compte des paroisses référendaires, le président de l’Association des paroisses de la Glâne, Claude Gremaud, a relevé que le but du référendum était de freiner les dépenses de la CEC: si les provisions destinées aux agents pastoraux sont visées, c’est parce que les salaires constituent la majeure partie de ces dépenses. «Le référendum est l’expression d’un malaise dans les relations entre les décideurs et les payeurs, a expliqué Claude Gremaud. Les paroisses référendaires veulent être considérées comme de véritables partenaires, désireuses de porter leurs préoccupations, mais aussi ouvertes à la négociation et au dialogue».
Parlant au nom de la Commission provisoire du personnel, Christian Moullet a relevé que le référendum et les propositions du Conseil exécutif repoussent une nouvelle fois l’entrée en vigueur d’augmentations salariales, promises depuis longtemps aux agents pastoraux. Les agents pastoraux ont décidé de créer une Commission du personnel pour défendre leurs intérêts auprès des autorités ecclésiales et les corporations ecclésiastiques. Ces prises de position ont suscité un débat de fond, ponctué parfois par des échanges assez vifs.
Au-delà de la question du référendum, une grande majorité de délégués a admis la nécessité de revaloriser les salaires des agents pastoraux. Beaucoup de délégués ont insisté sur la nécessité d’améliorer l’information entre les autorités ecclésiales, la CEC et les paroisses. Ils ont préconisé une réforme de la procédure budgétaire, ainsi qu’un réexamen des relations financières entre la CEC et les paroisses, et des critères de la péréquation financière. (apic/pablo davila/be)



