Fribourg: Une première: l’évêque invite les gens au bistrot pour un dialogue à bâtons rompus
Mgr Genoud: «Plus que remplir les églises, annoncer Jésus-Christ»
Fribourg, 14 mars 2000 (APIC) Un an après avoir été nommé évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg- c’était le 16 mars 1999 -, Mgr Bernard Genoud innove. Dans le style et la manière. Lundi soir 13 mars, Mgr Genoud avait donné le premier de ses rendez-vous avec le public à la Brasserie du Belvédère, à Fribourg, un café branché de la vieille-ville. Comme désormais tous les deuxièmes lundis du mois, ainsi qu’il l’avait promis et annoncé. Pour cette première, les médias avaient fait le déplacement en force.
Homme d’ouverture, chaleureux et communicateur, Mgr Genoud précise d’emblée: il ne veut pas rester enfermé dans son évêché comme dans un bunker, l’Eglise doit sortir de ses murs et aller vers les gens. «Je crois à une pastorale de la proximité et du contact direct. Les gens doivent remarquer que la religion n’est pas quelque chose qui nous transforme en des êtres renfermés, mais au contraire qui nous rend heureux. C’est la raison pour laquelle dans le christianisme, il n’y a pas de place pour le désespoir».
Le «Belvédère», au haut de la Rue du Stalden, est effectivement un lieu qui convient pour ce genre de rencontres. Situé dans le haut de la vieille-ville, au sommet d’une petite route piétonne escarpée et pavée, autrefois lieu de rencontre des ouvriers, c’est aujourd’hui un bistrot branché qui attire les jeunes. Avec ses parquets en bois, ses tables disparates, sa bibliothèque, ses canapés et son ancienne piste de jeu de quilles transformée en salon, ses terrasses qui surplombent la vieille-ville et la Sarine.
Un évêque reste un évêque, même quand il fume des cigarettes ou boit une bière «Cardinal». C’est pourquoi, l’échange de lundi soir, au premier étage du bistrot, n’était pas à proprement parler un échange. Parmi la trentaine de personnes présentes – dont une moitié de journalistes et autres preneurs de sons et d’images -, plutôt des gens âgés, des croyants qui voulaient avant tout connaître l’opinion de leur évêque sur le rapide changement qu’affrontent l’Eglise et la société. Savoir si Dieu est vraiment homme et femme à la fois. Ou encore si le pape ne devrait pas prendre sa retraite ? «Même si le pape est affaibli par la maladie, il est toujours intellectuellement pleinement là», répond l’évêque qui l’a rencontré récemment à Rome. Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas encore de femmes prêtres, demande une jeune fille ? Pas de place ici pour le «politiquement correct», ce n’est pas le style de Mgr Genoud. «Honnêtement, je ne crois pas que nous le verrons un jour», répond-il. Au lieu de continuer à retomber dans l’erreur historique de croire qu’une «fonction» dans l’Eglise représente également un «pouvoir», on devrait enfin comprendre le côté mystique de la question.
Je vais partout où l’on me demande
Ces rencontres mensuelles, précise l’évêque, sont une occasion pour discuter et échanger. «Plus que remplir les églises, je veux annoncer Jésus-Christ et aider mes diocésains à trouver Dieu. J’accepte d’aller parler là où l’on veut m’écouter». C’est ainsi que, depuis son entrée en fonction au printemps dernier, il a déjà dialogué avec des chômeurs en situation désespérée, des personnalités du Rotary Club, des jeunes confirmands ou des militants «gays». Le message est clair. L’évêque entend communiquer. Et s’ouvrir un nouvel espace dans sa tâche d’évêque.
Mgr Genoud a choisi cet endroit parce qu’il «est un lieu idéal. On y rencontre des gens de tous âges. C’est bien d’aller trouver les gens dans un cadre populaire, dans la simplicité, qui est en définitive une forme de vérité». L’arrivée, lundi, de Mgr Genoud dans ce bistrot, ne
tient pas du hasard. L’un des trois gérants de l’établissement, ancien élève de Mgr Genoud à l’époque où celui-ci enseignait, explique avoir un jour téléphoné à l’évêque pour lui proposer son établissement. «C’est un endroit intemporel, avec une âme, qui cadre bien à ce que veut Mgr Genoud».
Pour quelle raison, seule une vingtaine de personnes avaient répondu présent au rendez-vous de l’évêque, du moins dès le début? La plupart étaient des retraités. Mais on y trouvait aussi quelques jeunes. L’un d’eux, qui se déclare non croyant, confie au «Temps» être venu assister au débat pour apprendre à connaître le christianisme. De Mgr Genoud, il dit que «ses réponses sont objectives et enrichissantes. Les catholiques peuvent être fiers d’avoir un évêque comme celui-ci».
Le débat a débuté dans la salle de billard. Puis s’est poursuivi à l’étage dans un espace un peu plus grand. Quant aux thèmes, abordés le verbe haut, avec un dialogue direct, serein et sans fioritures, ils sont allés de la Bible à la désertion des églises, des mariages et des divorces, en passant par la foi, la morale ou encore le rôle de la religion. Un homme dans la septantaine n’exprime pas seulement son inquiétude sur la disparition des anciennes formes de prière qu’il avait apprises «sur les genoux de ma mère», mais également sur le taux des divorces en augmentation constante.
Une école de recrue pour les jeunes désirant se marier
C’est pourquoi il veut savoir de l’évêque s’il ne faudrait pas introduire, pour les jeunes qui désirent se marier – de façon semblable à l’école de recrue pour les soldats – une formation obligatoire, pour savoir ce que c’est l’amour et la famille. Mgr Genoud ne peut que lui donner raison. Ainsi, si l’on pense que pour l’obtention du permis de conduire des conditions sévères sont exigées aujourd’hui, il est particulièrement grotesque que la même chose ne soit pas requise pour se marier et fonder une famille.
L’évêque peut ainsi s’imaginer que l’Etat prescrive à ceux qui désirent se marier un cours de 5 à 10 soirées de préparation sur les aspects psychologiques et juridiques du mariage et de la famille. Mais des responsables politiques le lui ont bien fait comprendre: celui qui essayerait de faire passer un tel postulat au plan politique n’aurait pas la moindre chance.
D’Aristote à Jean Paul II
Mgr Genoud, l’ancien professeur de philosophie au Collège du Sud à Bulle, séduit son auditoire, grâce à sa volonté de chercher la proximité, et en n’esquivant jamais, y compris les attaques à propos des fautes de l’Eglise. Visiblement stimulé quand il s’agit de questions philosophico-religieuses, citant tour à tour Platon, Aristote, Einstein ou Dante, quand ce n’est pas Marx ou Bouddha, il relève l’enseignement de l’encyclique papale «Fides et Ratio» sur les rapports entre foi et raison. D’après Mgr Genoud, Jean Paul II a écrit là l’une des plus importantes encycliques du XXème siècle. Pas étonnant dès lors que le philosophe français André Glucksmann, l’un des pionniers de mai 68, l’ait qualifié de document marquant. La rencontre, qui a duré près de deux heures, se répète désormais chaque deuxième lundi du mois à partir de 19h00 au «Belvédère». (apic/tps/job/pr/be)




