Fribourg: Une quinzaine de «sans-papiers» sont restés dans les locaux de Saint-Paul

L’église, lieu traditionnel de refuge

Bernard Bovigny et Skender Idvizi, agence APIC

Fribourg, 5 juin 2001 (APIC) Les sans-papiers qui ont occupé l’église paroissiale Saint-Paul à Fribourg le 4 juin sont descendus dans les locaux paroissiaux. Une quinzaine parmi eux sont déterminés à poursuivre l’opération.

C’est en regardant le Téléjournal de 19h30 que l’assistant pastoral Xavier Maugère a appris, le 4 juin, que son église paroissiale était le théâtre d’une manifestation regroupant 200 personnes depuis 14h et d’une occupation par des «sans-papiers». Les prêtres et agents pastoraux laïcs du Grand-Fribourg avaient bien été avertis deux semaines auparavant qu’une action se préparait, mais sans précisions sur le lieu ni sur la date. «L’église est traditionnellement considéré comme un lieu de refuge. Cette occupation nous l’a rappelé», souligne, résigné, Xavier Maugère.

Le vicaire épiscopal Jacques Banderet, de Fribourg, rappelle pour sa part «qu’il n’y a pas d’étrangers dans l’Eglise». Il soutient la cause des «sans-papiers» et estime qu’il faut «tout faire pour infléchir les autorités en vue d’un plus grand accueil». Il se dit content que la paroisse St-Paul ait ouvert ses locaux à ces personnes menacées par l’expulsion.

Au lendemain de l’occupation, ils sont encore une quinzaine de «sans-papiers» et trois membres du «Collectif» assurant une permanence à loger dans le hall d’entrée et à passer la nuit dans les cinq salles de la paroisse St-Paul. Plusieurs n’ont pas pu rester pour des raisons professionnelles ou parce que les enfants doivent aller à l’école.

Le passage de l’église vers les salles qui la jouxtent a été motivé par des considérations pratiques. Ainsi, les occupants disposent d’une cuisine et de plusieurs locaux séparés pour la nuit. Ce changement rend cependant la demande de refuge adressée la veille à l’évêque caduque. Les salles sont en effet directement gérées par une association paroissiale. «Mais le soutien des autorités ecclésiales est tout de même important», souligne l’assistant pastoral Xavier Maugère.

Un congé pour se réfugier dans l’église

Selmonaj, jeune Kosovar, en Suisse depuis 11 ans, a obtenu un congé de son patron pour pouvoir rester dans les salles paroissiales de St-Paul. «Il veut absolument que je reste en Suisse. C’est pour ça qu’il a accepté de me libérer quelques jours». Mais il devra certainement reprendre le collier car la petite entreprise de jardinage dans laquelle il travaille a besoin de lui. Dans quelques jours, il quittera donc les locaux la journée et rejoindra l’équipe des occupants le soir. Selmonaj se dit déçu du manque d’intérêt de la plupart de ses compatriotes pour le mouvement de manifestation.

Afrim est également Kosovar. Il vient du nord de Mitrovica, dans une région partagée entre les Serbes et les Albanais. En 1995, il demande l’asile politique pour lui, sa femme et ses enfants, ce que l’Office fédéral des Réfugiés lui refuse, malgré le soutien de son employeur et un préavis favorable des autorités cantonales. «J’ai peur de rentrer dans mon pays, surtout pour ma famille. Ma région est tenue par les Serbes. La situation est dangereuse», soutient-il. Il espère encore que la Suisse délivrera un permis de séjour à sa famille. «L’Allemagne a adopté une loi autorisant le séjour à ceux qui se trouvent dans le pays depuis 5 ou 6 ans et qui ont travaillé durant 2 ans. Je souhaite que la Suisse en fasse de même», soutient Afrim. Il a choisi de se réfugier dans une église, car il considère que c’est «un lieu saint et humanitaire». (apic/bb/si)

5 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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