Le Fonds catholique pour l’enfance engagé contre ce fléau
Gambie: Le phénomène des enfants des rues persiste
Banjul, 14 juin 2009 (Apic) Le phénomène des enfants de rues persiste et inquiète en Gambie, petit pays anglophone en Afrique de l’Ouest, situé à l’intérieur du Sénégal, francophone. Le Fonds catholique pour l’enfance (CCF) est engagé contre ce fléau qui se développe, malgré les efforts du gouvernement.
Ces adolescents sont confiés à des marabouts pour apprendre le Coran. En échange, ce dernier les envoie mendier pour qu’ils apportent de quoi survivre. Pour le représentant de l’UNICEF en Gambie, Min-Whee Kang, la lutte contre les enfants des rues est un problème difficile et délicat à combattre, puisque c’est une question liée à «la religion (musulmane) et à la tradition».
Dans de nombreux pays musulmans d’Afrique de l’ouest, comme le Sénégal, le Mali, la Gambie, la Guinée-Bissau, des parents confient leurs enfants à des marabouts pour leur apprendre la lecture et la récitation du Coran. Beaucoup de ces marabouts émigrent alors dans les centres urbains pour s’installer et envoyer les enfants faire de la mendicité, au nom de l’islam, en leur fixant des montants à rapporter. C’est une pratique qui remonte à des siècles. Elle rend les enfants vulnérables à la violence, à la maltraitance, à l’exploitation et à toute sorte d’abus. Depuis quelques années, des organisations de défense des droits des enfants soutenues par des partenaires internationaux se dressent contre cette pratique.
Le CCF est particulièrement engagé pour les enfants mendiants dans les rues en Gambie. Il a ouvert une permanence à Banjul, qui est soutenue par l’UNICEF. Les enfants des rues peuvent y bénéficier d’un examen médical, prendre une douche, jouer avec d’autres enfants, s’y reposer, a souligné Salifu Jarsey, expert gambien de la protection de l’enfance à l’UNICEF en Gambie. Un grand nombre de ces enfants souffrent de malnutrition et errent dans les rues à demi nus, ont expliqué les habitants de Serekunda.
Les enfants des rues ou enfants mendiants sont issus de familles pauvres. Dans certains cas, ils alimentent involontairement un réseau florissant de trafiquants et de passeurs d’enfants, a estimé le Samu social, une ONG (Organisation non gouvernementale) qui oeuvre pour la protection des droits de l’enfant. Ils sont particulièrement nombreux dans les villes frontalières de Farafenni (nord), Basseh (est), à Brikama et Sérékunda (banlieue ouest de Banjul) et Jarra Soma (centre-est), a rapporté le Réseau d’information régionale intégrée (IRIN, une agence de presse de l’ONU), citant Phoday Kebbeh, directeur de l’Institut d’action et de réforme sociales (ISRA), une ONG de défense des droits de l’enfant. Pour Kebbeh, les chiffres sont sidérants.
Dans les faits, il n’y a pas de statistiques officielles sur le nombre exact d’enfants des rues ou mendiants, appelés aussi «talibés» ou «almoudos». En févier dernier, le ministère gambien de l’Immigration a intercepté 200 enfants qui vivaient ou travaillaient dans la rue. Leur nombre augmente, a déclaré à IRIN, Laurent De Boeck, directeur des programmes régionaux de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Dakar (Sénégal).
Au début de l’année dernière, le gouvernement gambien a adopté des mesures sévères à l’encontre des talibés. Il a ordonné aux responsables du ministère de l’Immigration et de la police de procéder désormais à des rafles tous les deux mois. Les enfants mendiants recueillis sont conduits dans un centre de transit public, situé à 16 kilomètres à l’ouest de Banjul, la capitale. De là, les autorités tentent de les renvoyer dans leurs familles. Le ministère n’a toutefois pas les moyens suffisants pour s’occuper de tous ces cas, a noté Kebbeh de l’ISRA, expliquant que ces opérations apeuraient les enfants.
Une enquête menée par l’UNICEF et le CCF en 2006 auprès des enfants a révélé qu’environ 60% d’entre eux viennent des pays voisins, la plupart du Sénégal et de la Guinée-Bissau (sud).
De leur côté, l’ISRA et l’UNICEF sont également en train d’établir, à l’attention des marabouts de Gambie, un code de conduite sur les normes minimales relatives à la protection de l’enfance. Ce document sera publié d’ici à la fin de l’année 2009. (apic/ibc/js)



