Les pleurs des enfants accompagnent le bruit des bombes

Gaza: Une population prise dans un piège mortel

Gaza, 14 janvier 2009 (Apic) Malgré l’absence de journalistes sur la scène sanglante des opérations de l’armée israélienne à Gaza, les témoignages continuent d’arriver à l’Agence missionnaire Misna à Rome. «Nous sommes dans un piège mortel», affirme l’un d’eux. Alors que le nombre de victimes a dépassé la barre des 1’000. Des civils en particulier. Avec de nombreux enfants. De son côté, Luisa Morgantini, vice-présidente du Parlement européen, de retour de Gaza, ne mâche pas ses mots. Elle rappelle qu’une différence fondamentale existe entre les populations civiles des deux territoires: «Dans le Sud d’Israël, les gens ont la possibilité de s’enfuir et de se protéger des missiles, à Gaza!».

«Des hommes de Hamas dans les sous-sols des hôpitaux ou des écoles? Je suis plus que certain qu’aucun des combattants s’y cache mettant en danger les civils car je connais les hôpitaux et j’ai vu les ambulances qui ne prélèvent même pas les blessés du Hamas, sauf s’ils sont vraiment dans de graves conditions, précisément pour éviter de potentielles représailles de la part des israéliens qui d’en haut voient tout et contrôlent tout». Vittorio Arrigoni, défenseur des droits humains de nationalité italienne, a décidé de rester à Gaza en dépit de l’opération surnommée «Plomb liquide» engagée il y a 19 jours par Israël. Il témoigne pour Misna sur les derniers développements de l’offensive israélienne et, surtout, dément la thèse de Tel-Aviv selon laquelle les combattants palestiniens se cachent dans des structures civiles et sanitaires.

Pour Arrigoni, l’aspect de ce conflit qui n’apparaît pas assez clairement à l’extérieur sont les conditions de vie réelles d’un million et demi d’habitants à Gaza, déjà difficiles depuis un an et demi d’embargo et récemment aggravées par les combats. «Ici il n’y a plus rien, du gaz à l’électricité en passant par l’eau et le pain. On survit comme on peut et les provisions acheminées par les camions de l’Onu autorisés par Israël à transporter des aides à Gaza ne sont pas suffisantes».

Le territoire de la bande de Gaza est devenu un véritable piège mortel, ajoute l’interlocuteur, avec des milliers d’évacués qui ne savent plus où aller : «Les enfants de réfugiés sont des réfugiés, j’ai vu qu’ils quittaient le camp de Jabaliya pour aller dans leur famille ou dans les écoles et être ensuite de nouveau contraints de se déplacer car des tracts lancés par avion annonçaient que les édifices en question risquaient d’être des objectifs militaires. Les visages que je croise sont désespérés, je vois des enfants tous seuls, après que leurs parents aient été tués; dans les hôpitaux j’ai rencontré des personnes qui ont perdu un bras, une jambe et qui seront contraints à une vie d’handicapé. Telle est la situation quotidienne à Gaza».

Vérité absente du débat

Même dramatique témoignage du père Manuel Musallam: «Je suis encore en vie mais la paix s’éloigne car il y a davantage de haine, de souffrance, de destruction; il n’y a plus d’eau, de pain; il y a davantage de peur, d’avions, de chars d’assaut, de soldats, de guerre, de violence et de mort». Contacté par Misna à Gaza, le Père Manuel Musallam résume par ces simples mots la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza, actuellement à sa 19ème journée consécutive. Seul prêtre catholique de la bande de Gaza, curé de la paroisse de la Sainte Famille, il voit chaque jour la mort et la destruction autour de lui tandis que la vérité est totalement absente aussi bien du côté d’Israël que de la communauté internationale, qu’il accuse de regarder ailleurs. «Nous passons nos nuits et nos jours dans la peur d’être atteints par une bombe israélienne, avec des bruits dérangeants et incessants ; les soldats de Tel-Aviv détruisent tout ce qui tient encore debout, ordonnent aux gens de partir et abattent nos maisons, une après l’autre ; des milliers de personnes sont en fuite (25’000 ont été recensées par l’Onu et au moins le triple selon les estimations d’autres organisations humanitaires, ndlr), désespérées dans le désespoir le plus total. Les chars d’assaut ne sont pas encore entrés dans le centre-ville de Gaza city et se trouvent actuellement dans la périphérie d’où les gens ont fui». Le ton de la voix du père Musallam devient plus fort, entre colère, impuissance et déception: «Les Israéliens soutiennent que les combattants de Hamas se cachent dans les mosquées, les hôpitaux et utilisent les civils comme boucliers humains. Je leur demande de prouver de telles affirmations car je me rends souvent dans les hôpitaux, je visite des mosquées et je n’y ai vu aucun combattant. Hamas est dans la rue et ne se cache pas; dans les hôpitaux il y a au moins 4’000 blessés par les bombes et l’artillerie israélienne. Mais pour la plupart il ne s’agit pas de simples blessures de projectiles mais de gens qui ont perdu l’usage d’un bras, d’une jambe ou ont une partie de leur corps brûlée; lorsque cette guerre finira, nous nous retrouverons sans maisons, sans écoles, sans hôpitaux, sans infrastructures et ces blessés seront des handicapés que nous ne serons pas en mesure d’aider et nombre d’entre eux ne sont que des enfants».

Pour le curé de Gaza, la guerre en cours est un crime de guerre dont les premières victimes sont les civils: «Il est facile de dire que Hamas est partout et pendant ce temps nous ensevelir sous les bombes, nous tuer avec l’excuse de mener une guerre contre des terroristes; les vrais terroristes sont les Israéliens et il suffit de compter les morts de part et d’autre pour voir où est la vérité. Le problème d’Israël n’est pas Hamas mais le maintien de leur occupation sur ces terres et ce peuple: ils sont en train de nous tuer mais en réalité ils tuent le futur et la paix».

Le dernier appel de père Musallam s’adresse à la communauté internationale, lui demandant «pourquoi au XXIème siècle ce genre de chose est-il encore possible? Le monde nous tourne le dos, s’obstine à croire la propagande israélienne et dans certains cas la diffuse aussi. Moi au contraire je regarde dans la rue et n’entend que les lamentations des femmes, les pleurs des pères et des mères et la peur des enfants qui ont tout perdu».

La population et les enfants attendent la mort

Inlassablement, les mêmes constats reviennent, décrivant les mêmes horreurs, comme celui d’Iyad, un résident de la ville de Gaza, parvenu à Misna également. «Cette nuit a été un véritable cauchemar, avec au fil des heures le bruit incessant des bombardements et des explosions. Mais malgré tout nous avons de la chance car nous sommes encore en vie», déclare Iyad. D’après lui «l’avant dernière nuit dernière a été la pire depuis le début de l’offensive israélienne». Entre temps, la presse locale relève que les explosions et les violents combats se sont surtout concentrés dans la zone de Tel Hawwah, dans le sud-ouest du territoire palestinien, tandis que des sources médicales ont confirmé le bilan provisoire de passé 1’000 victimes palestiniennes dans l’opération en cours depuis 19 jours. «Les gens sont en proie à la panique. Sans électricité, sans la possibilité de regarder la télévision ou d’écouter la radio, il est difficile de savoir quelles sont les zones les moins sûres c’est pourquoi la population fuit sans objectif précis et risque malheureusement d’être visée», ajoute Iyad.

Les combats les plus violents seraient actuellement en cours à l’est du camp de réfugiés de Jabaliya, où l’artillerie israélienne aurait bombardé à plusieurs reprises les localités peuplées avant d’intervenir avec des chars d’assaut, des véhicules blindés et chenillés suivant la même technique que celle utilisée depuis le début des incursions terrestres.

«Les pleurs de nos enfants accompagnent les incursions nocturnes de l’aviation israélienne car ils ont désormais compris que le ronflement des avions est toujours suivi du vacarme d’une explosion», conclut Iyad.

Plus officiel est la déclaration de parlementaires européens: «Pour la première fois, un peuple assiégé et soumis à de continuels bombardements de l’aviation n’a pas la possibilité de fuir pour se mettre à l’abri. À Gaza, la légalité internationale est violée sous les yeux du monde entier» : telle est la dénonciation contenue dans les propos de Luisa Morgantini, vice-présidente du Parlement européen, de retour d’une mission d’urgence dans la Bande de Gaza.

Une différence de taille

«Les habitants de la Bande n’ont pas d’autres solutions que d’attendre la mort», a poursuivi la représentante européenne dans une conférence de presse mardi au Sénat italien. Mme Morgantinin a par ailleurs observé que «pendant que se poursuivent les attaques contre Gaza, Israël continue d’étendre ses colonies illégales en Cisjordanie et de construire le mur qui sépare les Palestiniens les uns des autres et les agriculteurs de leurs terres», avant de s’insurger contre une telle «situation d’impunité qui doit cesser» et rappelant que «le droit international doit être respecté par tous».

La vice-présidente du parlement européen, qui s’est rendue plusieurs fois par le passé à Ashkelon et Sdérot, a en outre déclaré que la délégation avait «choisi d’aller dans des lieux où les agents humanitaires et les journalistes n’ont pas accès», répondant ainsi aux journalistes curieux de savoir si la mission européenne avait également visité le Néguev et les territoires israéliens pris pour cible par les roquettes des miliciens palestiniens. Mettant l’accent sur les rapports de force asymétriques entre Israël et le Hamas et sur les véritables victimes du conflit (»les civils palestiniens : 1,5 million de femmes, d’enfants et de vieillards qui n’ont nulle part où se réfugier»), Mme Morgantini a rappelé qu’une différence fondamentale existe entre les populations civiles des deux territoires : «Dans le Sud d’Israël, les gens ont la possibilité de s’enfuir et de se protéger des missiles, à Gaza, non». De son côté, le sénateur Alberto Maritati a déploré le veto israélien imposé aux journalistes désireux d’entrer dans la Bande pour relater le conflit qui y sévit actuellement : «Là où l’accès à la presse est limité, la démocratie est en péril», a-t-il déclaré, commentant que «cette interdiction israélienne ne repose sur aucun fondement juridique qui tienne». (apic/misna/pr)

14 janvier 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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