Sous la menace d’une guerre en Irak
Genève: 400 personnes pour la rencontre interreligeuse de la Journée mondiale de la Paix
Genève, 30 janvier 2003 (APIC) Alors qu’une attaque contre l’Irak semble inévitable, la rencontre interreligieuse pour la Journée mondiale de la Paix du 29 janvier a réuni 400 personnes à Genève, dont plusieurs membres du corps diplomatique et des organisations internationales. A l’invitation du nonce apostolique Mgr Diarmuid Martin, observateur permanent du Saint- Siège auprès de l’ONU, et de Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne Genève Fribourg, plusieurs représentants de grandes religions ont développé le thème de la paix comme «devoir d’humanité».
Destinée à commémorer le 40e anniversaire de l’encyclique «Pacem in terris» du Pape Jean XXIII, la rencontre a permis aux représentants de diverses confessions et religions d’exprimer leur volonté commune de paix. La menace d’une guerre en Irak et le conflit israélo-palestinien étaient notamment présents dans les messages des divers intervenants, réunis en l’église Saint-Nicolas-de-Flue à Genève.
«S’ouvrir à l’autre» C’est ainsi que le rabbin François Garaï rappelé qu’il est de notre devoir «de diriger sans cesse notre coeur et notre âme dans un élan de paix». Il a déploré que bien «nos traditions religieuses parlent de paix, cela n’empêche pas des chefs religieux d’appeler à l’élimination de certains de leurs semblables «,
Un élan qui certes ne va pas de soi, car il requiert volonté et accueil. Or, il est parfois difficile d’accepter l’autre, surtout si sa présence est ressentie comme une injustice. Mais les choses changent avec le temps. «Celui qui est loin aujourd’hui peut, demain ou après-demain, poussé par les vents de l’histoire, devenir proche et venir vivre à nos côtés. La paix exige dès lors de surmonter nos blocages, elle réclame un effort sur nous- mêmes, une remise en question et une réforme du coeur pour nous tourner vers l’autre et nous ouvrir à sa présence», a encore souligné le rabbin.
Le Coran aussi exige la paix
Même invitation à l’ouverture de la part de Hafid Ouardiri, représentant de la communauté musulmane. Citant le Coran, il a rappelé que les êtres humains ont le devoir, quelles que soient leurs croyances, leurs races ou leurs cultures, de se connaître mutuellement, et pour cela de faire la paix en eux afin de pouvoir ensuite la vivre avec les autres. Il en va tout autrement, déplore-t-il, dans la réalité.
Cependant, «on ne peut dénoncer le terrorisme des individus et des groupes en passant sous silence celui des Etats les plus puissants qui, par leur mépris des droits des peuples et leurs appétits gargantuesques des biens matériels attisent la haine des plus faibles et des exclus, a insisté l’orateur, avant de préciser que l’islam ne légitime pas le bellicisme, mais invite chacun à abolir «toute dérive guerrière, sociale, économique, culturelle, scientifique et politique qui mettrait l’humanité en danger».
Pour les orthodoxes comme pour les bouddhistes, la paix part du coeur
Mgr Makarios, de l’Eglise orthodoxe, a rappelé de son côté qu’un homme de paix n’est pas celui qui fait des discours sur la paix mais celui qui vit en paix selon l’Evangile. La paix n’est pas une idée abstraite, mais le fruit de la conversion du coeur, et ses conditions sont la solidarité humaine et la justice. Quant au Vénérable Dhammika, représentant de la communauté bouddhiste, il a souligné que la paix commence à l’intérieur de l’être, en vivant pleinement l’instant présent.
Confiance et protestation
«Que dire, que faire ?» Isabelle Graesslé, modératrice de la Compagnie des pasteurs de l’Eglise protestante, a évoqué les «multiples questions angoissées qui nous habitent aujourd’hui». Que faire, comment réagir, devant les menaces de guerre, les transformations technologiques, sociales, économiques et démographiques, les revendications identitaires, la violence suscitée par les religions ou par l’image que certains se font de Dieu ? Isabelle Graesslé a livré trois réponses, tirées «du coeur lumineux de nos traditions spirituelles».
La première est la confiance qui est synonyme la foi et permet, comme dans l’histoire de la marche sur l’eau, «de transcender les frontières établies et de marcher d’un pas ferme sur un sol qui devrait selon toute logique, se dérober sous nos pieds».
La seconde réponse est la protestation, dans le sens du témoignage, comme le slogan du Forum de Porto Alegre, qu’un «autre monde est possible». La troisième réponse est l’espérance, qui anime notre marche. C’est son souffle qui nous fait avancer, «même lorsque nos paroles et nos gestes auront perdu toute portée».
Combat spirituel
«A l’heure où l’on en est arrivé à cette absurdité de se demander non plus si une guerre aura lieu, mais quand» , Mgr Bernard Genoud a invité chacun à mettre toutes ses forces au service de la justice et de la paix .
«Nos pères avaient l’excuse de ne pas savoir. les générations qui nous suivent n’auront pas cette consolation, et le 3e millénaire que nous déposerons entre leurs mains ne peut être une bombe à retardement», a indiqué l’évêque de LGF, appelant à un combat spirituel «contre les nouvelles idoles que sont la volonté de puissance, le désir de possession, le mépris de la dignité de la personne humaine et de ses droits les plus sacrés».
Ces messages ont été suivis de diverses invocations pour la paix, inspirées de «Pacem in terris», prononcées dans les six langues officielles des Nations-Unies. Des enfants se sont faits ensuite des messagers de paix en allant serrer des mains dans l’assistance, puis chaque intervenant a reçu un rameau d’olivier. (apic/gt/sh)



