Face à l’exclusion, les délégués se révoltent et s’engagent

Genève: Assemblée diocésaine AD 2000

Genève, 17 mai 1999 (APIC) 120 délégués de l’Assemblée diocésaine AD 2000 se sont réunis du 13 au 16 mai à Genève, autour du problème de l’exclusion. En signe de solidarité avec les exclus, ils ont adressé une lettre à Ruth Dreifuss, présidente de la Confédération, pour réclamer la simplification des procédures pour les demandeurs d’asile kosovars. Les délégués ont par ailleurs pris position par rapport aux prochaines votations fédérales du 13 juin invitant la population à refuser la nouvelle loi sur l’asile et l’arrêté urgent; à rejeter la suppression du 1/4 de rente de l’Assurance invalidité; à accepter la loi sur l’introduction de l’Assurance maternité.

Les délégués à l’Assemblée diocésaine AD 2000 du diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel ont débattu durant quatre jours sur le thème «Une Eglise qui écoute et s’engage avec les exclus et la justice». Le problème des exilés n’est de loin pas le seul à avoir mobilisé l’Assemblée. Car l’exclusion est partout, sécrétée par la société dans laquelle nous vivons, par les mécanismes économiques qui font passer l’argent avant la personne. Pendant quatre jours, les 120 délégués diocésains rassemblés à l’Université ouvrière de Genève, ont donc pu explorer les coulisses de la pauvreté et du rejet social, aidés en cela par des spécialistes et par des témoins directs du drame que vit, à notre époque, une fraction grandissante de l’humanité. Cela, en présence du nouvel évêque du diocèse, Mgr Bernard Genoud, qui a beaucoup apprécié la rencontre, se réjouissant de commencer son ministère sous le signe du dialogue.

Le moment le plus fort a été sans conteste la série de témoignages de personnes engagées dans des organismes comme l’AGORA (Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile), Caritas, Femmes clandestines, ATD Quart Monde et le CARE, à Genève. Un vent de révolte a soufflé sur l’assemblée, doublé d’une intense émotion, lorsque Marie-José Bavarel, Anne-Marie von Arx et Louise Pittet ont raconté leurs rencontres quotidiennes avec les exclus, telles ces femmes étrangères sans papiers, exploitées par leur employeur, maltraitées par leur compagnon, et incapables de se révolter de peur d’être expulsées. Telle encore le vieille dame vivant seule dans son logement, n’osant pas demander de l’aide pour résoudre ses problèmes quotidiens…

Prise de conscience

Comment lutter contre ce scandale permanent? L’Assemblée a essayé d’imaginer des engagements possibles. On peut discourir à l’infini sur les causes de l’exclusion, on peut bien rappeler – ainsi que l’a fait le Père Pierre Emonet – que la justice et la charité doivent l’emporter sur l’économique et que l’homme est supérieur au capital, on peut bien inviter au combat ou même à la révolution, tout cela restera lettre morte si les actes ne suivent pas.

L’économiste vaudois Roland Leimgruber a ainsi rappelé que le système financier qui est le nôtre, avec sa sacro-sainte règle du profit, ne fonctionne que parce que nous y consentons. De même, le sociologue et théologien Jean-Pierre Fragnière a pointé un doigt accusateur sur notre attitude trop souvent complice face à ce qu’il appelle «les machines à fabriquer la pauvreté». Ces mécanismes, produisant l’abondance en même temps que la pauvreté, s’inscrivent dans une véritable cécité de la pensée qui obnubile la claire appréciation de leurs causes et pervertit la recherche de solutions. Que penser par exemple de ce «forum des donateurs», prévu au programme de l’Expo 01, où l’on pourra, comme au spectacle, investir dans des projets sociaux à coups de millions? Dans ce contexte, l’Eglise se doit de jouer un rôle prophétique, dénonçant, prenant des risques et provoquant les changements qui s’imposent. C’est aussi ce que réclament nombre de réponses à la Consultation œcuménique sur l’avenir social et économique de la Suisse, qui invitent les Eglises à développer une culture de la résistance et à se mêler de politique.

Et les exclus dans l’Eglise?

Dans le domaine de l’exclusion, l’Eglise catholique devrait également commencer à balayer devant sa porte, puisqu’il lui arrive de fonctionner elle aussi comme une machine à exclure. La rencontre de Genève a été l’occasion, pour les délégués, de remettre sur le tapis le problème des divorcés-remariés. Parmi les quelque 70 propositions concrètes qu’ils ont émises, cette question vient même en tête du hit-parade. Pressée par l’horaire, l’Assemblée n’a pu lui consacrer qu’un tout petit temps de débat. Le travail devra être relayé par une commission. Quant aux autres propositions choisies, l’engagement de l’Eglise dans la société, la formation des chrétiens aux réalités politiques et économiques, la gestion des biens et la remise de la dette, elles devront elles aussi, faute de temps, être abordées lors d’une journée de réflexion supplémentaire. Là aussi, des commissions ont été constituées afin de déblayer le terrain.

Gestes concrets

Avant de ses séparer, les délégués d’AD 2000 ont lancé un appel aux autorités fédérales. Leur demandant de simplifier les procédures administratives pour l’admission des réfugiés kosovars, et de renoncer au déplacement du Centre d’enregistrement des requérants d’asile de Genève à Vallorbe. Signée au nom de l’Assemblée par Mgr Bernard Genoud et l’équipe d’animation, cette requête a été adressée à Ruth Dreiffus, avec copie à Ruth Metzler et à Martine Brunschwig-Graf, présidente du Conseil d’Etat genevois. Chaque délégué, à titre personnel, en enverra également une copie à la présidente de la Confédération.

Dernier acte, les délégués ont posé un geste symbolique de partage, en prélevant une dîme sur leur budget. Complétée par des dons personnels des délégués, cette somme sera attribuée en partie à un diocèse du Sud, afin de lui permettre de mettre sur pied une assemblée du même genre. L’autre partie sera versée à une initiative visant à soutenir la remise de la dette du tiers monde. La prochaine session aura lieu à Morges du 12 au 14 novembre, sur le thème «Une Eglise fraternelle et coresponsable en marche vers l’unitéé». (apic/gladys théodoloz/pr)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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