L’oecuménisme n’est pas en panne !
Genève: Colloque au CCIG
Pour l’Apic, Gladys Théodoloz
Genève, 31 mars 2006 (Apic) Une trentaine de personnes ont répondu, jeudi soir 30 mars, à l’invitation du Centre catholique international de Genève (CCIG), qui organisait un colloque sur l’oecuménisme et ses perspectives, en lien avec le nouveau pontificat de Benoît XVI. Pour en parler, un spécialiste des relations internationales, le jésuite Louis Christiaens, président du Rassemblement des Eglises et Communautés chrétiennes de Genève (RECG).
Cette rencontre a été l’occasion de mettre en relief la volonté d’ouverture du nouveau pape et sa belle vision de l’oecuménisme, qui consiste à ses yeux «à découvrir ce qu’il y a de bon dans les diverses communautés ecclésiales en vue de réaliser une unité spirituelle et, peut-être, un jour, une unité organique». Dès le début de son pontificat, et déjà lors de son premier discours, où il insistait sur l’urgence d’une «purification de la mémoire», Benoît XVI a manifesté «une évidente fibre oecuménique, voire même interreligieuse, et une volonté de rapprochement, notamment avec les Juifs».
Le coeur chrétien de Genève
Mais le Père Christiaens a également profité de cette rencontre pour brosser un portrait de la réalité oecuménique à Genève, aussi riche et complexe que le milieu socio-économique où elle s’enracine, avec la présence de multiples communautés religieuses qui cohabitent en bonne intelligence Même richesse et même diversité en ce qui concerne les confessions chrétiennes, engagées depuis longtemps dans un processus de dialogue initié dès le début du 20e siècle par les Eglises réformées. Quant au RECG, fondé en 1954, il regroupe aujourd’hui une vingtaine d’Eglises et de communautés. Le Père Christiaens le compare au «coeur chrétien de Genève», un coeur qui bat très lentement, observe-t-il, et qu’il faudrait quelque peu stimuler !
Une autre caractéristique de Genève est sa forte proportion d’incroyants et d’indifférents (37%) dont la présence et les attentes doivent nous interpeller. Le monde de l’incroyance est d’ailleurs l’une des préoccupations majeures du pape Benoît XVI, très sensible au terreau pluriculturel et multi-religieux dans lequel l’oecuménisme est appelé à se développer et à porter des fruits véritablement apostoliques.
Trois signes visibles
La concertation oecuménique, a expliqué ensuite le Père Christiaens, se bâtit sur trois signes visibles. Tout d’abord, celui des documents officiels dont il existe une immense quantité, notamment dans l’Eglise catholique romaine. Cette documentation – la nôtre et celle des autres traditions – nécessiterait que nous la connaissions mieux. A propos des documents romains, l’orateur exprime son admiration et «le bonheur» qu’il trouve à les lire – tout en relativisant leur portée: «On n’est pas obligé de les prendre à la lettre», hormis les cas où l’infaillibilité pontificale est engagée.
Autre signe: «l’expression institutionnelle», à savoir tous les lieux, démarches et manifestations oecuméniques existant à Genève (Atelier OEcuménique de Théologie, Centre Oecuménique de Catéchèse, célébrations oecuméniques de la semaine de l’Unité, Focolari, Cursillo, etc.) et qui transforment le canton du bout du lac en « puits de pétrole de l’énergie chrétienne », à condition que les différents acteurs sachent éviter le piège du repli identitaire.
Le troisième signe, ou langage, est celui de la proximité. Genève est un terrain privilégié de cohabitation chrétienne. Cela devrait inciter chacun à s’intéresser davantage à ce que l’autre vit, croit et pense. Les chrétiens genevois sont proches également dans le domaine social, par le biais d’institutions comme Caritas, le Centre Social protestant, Emmaüs, le Coeur des Grottes, etc. «Continuons à entreprendre des démarches communes, sans les attendre de la hiérarchie, mais de notre propre initiative, comme nous y engage notre baptême», a recommandé le Père Christiaens, convaincu pour sa part que l’oecuménisme n’est pas en panne, mais «en chemin». (apic/gth/pr)



