Les noirs ont résisté par la religion et la culture
Genève: Colloque de l’Action de Carême sur l’esclavage
Genève, 24 novembre 2006 (Apic) Les noirs ont résisté à l’esclavage. D’une part physiquement. D’autre part, en reconquérant, par la religion et la culture, l’humanité qu’on leur déniait. Ce combat n’est pas achevé aujourd’hui. C’est l’un des points mis en évidence par le colloque, bien fréquenté, que l’Action de Carême a organisé les 23 et 24 novembre au Palais des Nations à Genève.
Rapporteur spécial à l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène met en lumière une histoire souvent occultée, celle de la résistance des esclaves. Loin de se résigner à leur sort, ceux-ci se sont battus physiquement. Et culturellement. «C’est cette résistance culturelle qui permet de comprendre que les descendants des esclaves aient survécu», affirme Doudou Diène.
Comment les esclaves ont-ils résisté culturellement? Les maîtres, niant leur humanité, ne voyaient en eux que leur force de travail. Les esclaves leur ont échappé en recourant à leur culture, subvertissant subtilement celle qu’on voulait leur imposer. Ainsi, quand on leur présentait la Vierge à vénérer, ils lui substituaient un esprit africain. «C’est cette résistance culturelle qui a permis aux esclaves de récupérer leur humanité. Et aux maîtres de retrouver également la leur», affirme Doudou Diène.
Ce thème a été repris par le chercheur haïtien Laënnec Hurbon. «Dépersonnalisés, désocialisés, les esclaves ont recouru aux divinités africaines pour mettre à distance le pouvoir absolu du maître. C’est ce qui a rendu possible leurs révoltes et leur a donné la force de lutter contre l’esclavage.» Cependant, même si celui-ci a été aboli, les anciens esclaves sont toujours en proie au racisme et à la marginalisation et leur liberté reste à conquérir.
On reproduit aujourd’hui l’ancien schéma de négation de l’humanité de l’esclave par les politiques d’intégration, ajoute Doudou Diène. «On demande à l’étranger de se présenter nu à la frontière, sans appartenance, sans culture, sans langue propre».
Haïti: un phare et un mauvais exemple
Le rejet n’est pas une exclusivité européenne, constate-t-on à l’écoute de la Haïtienne Michèle Pierre-Louis. Si, dans les Caraïbes, l’indépendance de Haïti est célébrée comme un haut fait, les Haïtiens qui émigrent dans la région sont considérés comme des êtres nuisibles, démonisés, expulsés. L’histoire, avec le colonialisme et la dette qu’on lui a imposée, a fait de Haïti à la fois un phare et un exemple à ne pas suivre.
Est également intervenue lors de ce colloque Christiane Taubira, députée de la Guyane et auteur d’une loi française, votée en 2001, reconnaissant comme crime contre l’humanité la traite négrière et l’esclavage. «Dans la mémoire, le pouvoir voit un risque de désordre, de revanche, de vengeance. Alors il tente de s’en emparer. Il y a une injonction d’oubli, parce qu’on veut faire disparaître les causalités de l’injustice. Cependant, nous avons non seulement un devoir de mémoire, mais aussi un droit à la mémoire. Car nous ne pouvons pas vivre ensemble dans le mensonge», dit-elle en substance. Pour Christiane Taubira, «le temps passé continue de battre dans les veines du temps présent». (apic/mba/bb)



