L’esclavage, la colonisation et les droits humains

Genève: Colloque des 23 et 24 novembre de l’Action de Carême

Genève, 23 novembre 2006 (Apic) Mémoires et droits humains, tel est l’intitulé de la rencontre scientifique sur l’esclavage et la colonisation organisée par l’Action de Carême les 23 et 24 novembre au Palais des Nations, à Genève.

Un colloque auquel ont participé des intellectuels de premier plan intitulé Mémoires et droits humains, a été organisé à Genève les 23 et 24 novembre au Palais des Nations. Une manifestation qui vise à jeter un éclairage scientifique sur l’esclavage et la colonisation. Thème «chargé d’émotion», comme l’a souligné Charles Ridoré en ouvrant les débats.

«Il n’y a pas de partenariat sans compassion», a relevé le secrétaire romand de l’Action de Carême. C’est bien pourquoi l’oeuvre d’entraide des catholiques suisses, qui entretient des relations étroites avec ses partenaires du Sud, se trouve à l’origine de cette rencontre, mise sur pied avec d’autres organismes comme la Fédération des agences internationales pour le développement (Paris) ou l’Institut universitaire d’études du développement (IUED, Genève). Constatant que les séquelles de l’esclavage et de la colonisation pèsent encore sur le destin des populations d’Afrique et des Amériques, «nous avons à faire surgir une mémoire déchargée des préjugés» a dit encore Charles Ridoré.

«Une juste prise en compte du passé implique une reconnaissance des torts et une volonté de les réparer, pour aboutir à une réconciliation». «Il ne s’agit ni d’accuser ni d’excuser, mais de faire un travail de mémoire sur la traite négrière et le colonialisme, qui ont contribué à faire des pays du Sud ce qu’ils sont aujourd’hui», selon l’opinion d’Abdel El Hakkaoui, de la Fédération des agences de développement. Il appartenait ensuite à l’historienne Sophie Bessis de rappeler les origines de ce qu’elle appelle «la culture occidentale de la suprématie». Centre du monde depuis la conquête de l’Amérique et l’»expulsion de l’Orient», l’Occident a élaboré, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un «universel profane». Aux yeux de Sophie Bessis, «ce n’est pas au nom de Dieu que l’Occident va soumettre le monde, mais au nom de la raison».

Le «modèle de l’homme blanc»

Le paradoxe selon elle, c’est que l’Occident affirme que chaque être humain est égal à son prochain, tout en s’empressant de violer ce principe. Le «mâle blanc» s’approprie cet «universel» et en exclut les femmes et les peuples de couleur. Dès lors, la hiérarchie s’établit selon la proximité du modèle qu’est l’homme blanc. Le progrès et le développement se mesurent à l’aune des réalisations occidentales. Il en va de même des droits humains. C’est ainsi que l’universel devient inintelligible et illégitime aux yeux des «autres» dont l’humanité est niée.

Avec l’émergence de la Chine, de l’Inde ou du Brésil, on assiste peut-être aujourd’hui au déclin de la suprématie occidentale, poursuit Sophie Bessis. Il est temps de reconstruire l’intelligibilité et la légitimité de droits humains véritablement universels, dont nous avons besoin. L’Europe, qui a pris conscience de la perte de sa puissance impériale, devrait y contribuer, «avec les autres et non plus contre ou sans les autres».

Un autre historien, Bouda Eternad, de l’Université de Genève, a décrit un cas particulier de cette suprématie occidentale : la participation de Suisses à la traite négrière atlantique. La Confédération n’était pas impliquée, n’étant pas une nation colonisatrice. Mais des ressortissants de notre pays n’en ont pas moins joué un rôle dans cette traite. D’une part, en fournissant des biens, comme des textiles, destinés à être échangés contre des êtres humains. D’autre part, en finançant la traite et en armant des navires négriers comme L’Helvétie ou La Ville de Lausanne. «Si tout cela nous semble immonde, pour nos ancêtres, il s’agissait d’un commerce ou d’un placement parmi d’autres», dans le contexte de l’époque, a constaté Bouda Eternad.

Le colloque s’est poursuivi avec notamment des interventions de Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme ou de la députée française Christiane Taubira. (apic/mba/vb)

23 novembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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