Divisions ethniques et politiques et déficit éthique des Eglises
Genève : Comité central du COE – L’analyse du secrétaire général sur le Kenya
Genève, 14 février 2008 (Apic) Le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), a déclaré que c’est à cause des divisions ethniques et politiques que les responsables d’Eglise du Kenya n’ont pas su répondre à la crise politique qui secoue leur pays.
« Au moment où le pays a sérieusement besoin d’un ministère de réconciliation et de guérison, a lancé le secrétaire général du COE, le pasteur Samuel Kobia, les Eglises sont devenues moins crédibles. Leur volonté de se tenir moralement au-dessus des partis a des failles, a dit en substance le secrétaire général du COE, lui-même originaire du Kenya, lors du discours qu’il a adressé le 14 février au Comité central du COE à Genève.
La crise politique kenyane a éclaté suite à l’élection présidentielle du 27 décembre 2007. Le président sortant Mwai Kibaki en a été déclaré vainqueur mais le leader de l’opposition Raila Odinga a affirmé que le scrutin était truqué. Les violences qui ont suivi ont occasionné la mort de plus de 1’000 personnes et plus de 300’000 ont du fuir leur foyer.
« Ce qui se passe au Kenya se produit dans bien d’autres pays encore, et cela met sérieusement à l’épreuve l’idée que les élections sont une panacée pour la démocratie et relèvent d’une bonne gouvernance », a déclaré dans un rapport le secrétaire général du COE. « Dans le cas du Kenya, il y a eu des problèmes longtemps restés sous-jacents, mais qui étaient prêts à exploser à la moindre provocation », a-t-il ajouté.
Les problèmes ressurgissent tous les 5 ans à l’occasion des élections kenyanes
« Il y a des problèmes historiques, politiques, constitutionnels, électoraux, ethniques et fonciers qui ont tendance à ressurgir tous les cinq ans, au moment des élections », a déploré le pasteur méthodiste. Au cours de sa réunion, qui a lieu du 13 au 20 février, le Comité central doit aussi célébrer le 60e anniversaire de la création, en 1948, de ce qui est aujourd’hui le plus grand rassemblement chrétien de promotion de l’unité des Eglises.
Le COE rassemble à l’heure actuelle 340 Eglises, principalement anglicanes, protestantes et orthodoxes. L’Eglise catholique romaine n’en est pas membre, mais elle collabore avec le Conseil sur certaines questions. Dans son rapport au Comité central du COE, le pasteur Kobia a évoqué l’apparition de nouvelles divergences entre Eglises ces dernières années, fondées toutefois sur « de nouvelles alliances entre Eglises à propos des valeurs morales. » « Les sociétés et groupes fondés sur des valeurs communautaires traditionnelles sont soumis à de fortes pressions », a expliqué le pasteur Kobia. « Le débat sur les valeurs morales est l’expression d’une réaction contre la poussée de l’individualisme, de l’indifférence ou de la mentalité du ’tout se vaut’ qui caractérise le postmodernisme. Ceci est associé à l’économie de marché, aux réactions contre l’hégémonie de valeurs néolibérales occidentales, lesquelles sont soutenues par la puissance économique, politique, médiatique et militaire de l’Amérique du Nord et de l’Union européenne. »
Le pasteur Kobia a été élu secrétaire général en 2003, devenant le premier Africain à diriger le COE, dont le siége est à Genève. Lors de sa réunion, le Comité central doit décider s’il souhaite réélire pour un second mandant le pasteur méthodiste kenyan, âgé de 60 ans.
Pau avant la réunion, l’évêque Martin Hein, membre du Comité central issu de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), avait déclaré que le Conseil peinait à faire sentir sa présence dans le monde. Il a avancé que le COE n’avait pas su élaborer « des visions et des perspectives susceptibles d’être communiquées » et que le secrétaire général de l’organisation, le pasteur Samuel Kobia, voyageait trop à l’extérieur. Pourtant, de nombreux membres du Comité central ont fait l’éloge des visites du pasteur Kobia dans leur Eglise.
Les contradictions des mots d’ordre du COE
En 2006, lors de la réunion de l’Assemblée du COE, à Porto Alegre, il avait été déclaré que le Conseil devait « faire moins pour le faire bien ». Dans son rapport, le pasteur Kobia a cependant affirmé : « La plupart [des membres du personnel] ont été soumis à une pression permanente parce que, selon les instructions des organes directeurs, ils devaient s’efforcer de ’faire moins’ alors que, par ailleurs, des Eglises membres et la communauté oecuménique en général leur demandaient d’en ’faire plus’. »
Il a également fait allusion à sa responsabilité, en tant que secrétaire général, « à entretenir des contacts étroits avec les Eglises, par correspondance, mais aussi, plus efficacement, par des visites. » Le pasteur Kobia a ajouté que, depuis son entrée en fonction en tant que secrétaire général du COE, il y a quatre ans, il s’est rendu dans des Eglises de toutes les régions du monde. « C’est aussi pour moi l’occasion de ranimer l’enthousiasme des dirigeants d’Eglise pour les activités du COE et du mouvement oecuménique en général, et de propager l’amitié oecuménique aux Eglises et entre elles. »
Au cours de sa réunion, qui a lieu du 13 au 20 février, le Comité central aura aussi l’occasion de célébrer le 60e anniversaire de la création, en 1948, de ce qui est aujourd’hui le plus grand rassemblement chrétien de promotion de l’unité des Eglises.
Le Comité central, qui se réunit tous les 12 à 18 mois, est le principal organe directeur du COE entre les Assemblées, qui ont lieu, elles, tous les sept ans. Il met en oeuvre les résolutions de l’Assemblée, passe en revue les programmes et approuve les projets de budget. (apic/eni/vb)



