Le Conseil de l’UCIP à Beyrouth, malgré les pressions américaines
Genève: Crise latente au sein de l’Union catholique internationale de la presse
Genève, 10 décembre 1998 (APIC) Malgré les pressions de membres américains de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), et en dépit de l’opposition de la nouvelle présidente de l’UCIP, Teresa Ee-Chooi, le Conseil de l’organisation mondiale des journalistes catholiques tiendra bel et bien sa réunion annuelle en juin prochain à Beyrouth. Mais l’élection à la vice-présidence de l’UCIP, également agendée pour la réunion du Conseil au Liban, pourrait bien avoir lieu … à Rome.
La décision de siéger à Beyrouth a été prise démocratiquement à une claire majorité, lors du dernier Conseil de l’UCIP tenu en mars dernier à Luxembourg. Et ce malgré les objections des représentants américains, prétextant la mise en garde du Département d’Etat dissuadant les citoyens américains de se rendre au Liban. En réalité, des centaines d’entre eux visitent le pays chaque semaine. Depuis plusieurs années, des voix se font entendre pour répondre à l’invitation des confrères libanais, qui ont mis sur pied une organisation régionale très dynamique regroupant des journalistes catholiques d’Egypte, de Palestine, de Jordanie, du Liban, de Syrie et d’Irak.
Réuni au siège de l’UCIP à Genève à la fin de la semaine dernière, le Bureau (exécutif de l’organisation) propose, après de longues délibérations, que la réunion du Conseil ait bien lieu à Beyrouth, mais que les élections aient lieu… à Rome, pour que les Américains puissent y participer. Le Conseil de l’UCIP étant souverain en cette matière, la proposition «à la Salomon» de l’exécutif de l’UCIP suscite déjà une levée de boucliers révélatrice des tensions qui traversent l’organisation depuis l’accession à la présidence de Teresa Ee-Chooi.
Première femme à la tête de l’UCIP depuis sa fondation en 1927 à Bruxelles, la journaliste chinoise de Malaisie, T. Ee-Chooi, a été élue en septembre dernier lors du Congrès mondial à Paris. Elle a remporté l’élection grâce à des appuis nord-américains et à l’apport massif des pays du Sud, malgré les réticences des milieux de la presse d’Europe occidentale. Le candidat des Européens était le Luxembourgeois Leon Zeches, directeur du quotidien national «Luxemburger Wort».
La «bataille de Beyrouth» marque un affrontement idéologique d’une autre ampleur
La «bataille de Beyrouth» au sein de l’UCIP ne serait qu’un épiphénomène si ce conflit ne masquait pas un affrontement idéologique sur la nature même de l’organisation. Le débat a été lancé par Teresa Ee-Chooi au moment même de son élection lorsqu’elle a annoncé son intention de renforcer la «nature catholique» de l’UCIP afin que les médias catholiques soient plus efficaces dans leur rôle d’évangélisation. UCIP UCIP
Dans sa vision pour l’avenir de l’organisation, elle a souligné la nécessité d’une «plus grande évangélisation des journalistes catholiques eux-mêmes».
Réagissant à cette façon «d’instrumentaliser» le journalisme, l’Association Suisse des Journalistes Catholiques (ASJC) a rapidement pris position pour affirmer clairement que «les journalistes catholiques ne sont pas des catéchistes au service de la nouvelle évangélisation». Le Père Bruno Holtz, président de l’ASJC et ancien secrétaire général de l’UCIP, rappelle dans sa lettre à la présidente de l’UCIP que parmi les 4’000 jeunes journalistes du monde entier membres de l’UCIP, bien plus de la moitié travaillent ailleurs que dans des médias catholiques. Certains sont même actifs professionnellement dans des journaux musulmans. Les journalistes catholiques s’inspirent tout à la fois de la déontologie en vigueur dans la profession et des principes de l’éthique chrétienne. Mais, pour la plupart d’entre eux, engagés dans la presse profane, «leur tâche est l’information, non l’évangélisation».
En ce qui concerne la réunion du Conseil de l’UCIP à Beyrouth, suivies d’élections à Rome, les organisateurs libanais ont déjà réagi très négativement, car accepter la proposition du Bureau équivaudrait à cautionner l’idée que le Liban n’est pas un pays sûr, ce qui porterait gravement atteinte à la réputation du Pays des Cèdres. (apic/be)



