Anéantissement d’un peuple avec la bénédiction de l’ONU et des EU
Genève: Des organisations chrétiennes plaident la cause de l’Irak devant l’ONU
Genève, 12 avril 2001 (APIC) Plusieurs organisations chrétiennes, dont Caritas International, l’Alliance Réformée Mondiale et Pax Christi International, ont dénoncé à Genève, devant la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, l’impact désastreux que les sanctions internationales contre l’Irak ont sur la santé et la vie des enfants.
Le rapport présenté par les organisations chrétiennes a été établi conjointement par le mouvement «Franciscans International» (un mouvement de laïcs de spiritualité franciscaine), Caritas Internationalis, l’Alliance Réformée Mondiale, Pax Christi International, le Conseil des Eglises du Canada, la Congrégation de Maryknoll et la Commission Justice et Paix de l’ordre des Dominicains. Ces organisations ont demandé à la Commission d’intervenir pour que soit mis fin au régime des sanctions prises depuis plus de dix ans contre l’Irak, car leurs effets cumulés sont sans proportion avec le but recherché de la sécurité dans la région.
Ce n’est pas le régime de Bagdad qui paie le plus lourd tribut à l’embargo décrété par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, ont fait valoir les organisations chrétiennes à Genève. Les sanctions font d’innombrables victimes dans la population civile, à commencer par les enfants, dont «la plupart n’étaient même pas nés lors de la guerre du Golfe».
Rapports accablants
Plusieurs rapports de l’ONU ont été cités devant la Commission pour leurs conclusions accablantes. Entre 1991 et 1995, 500’000 enfants irakiens sont morts suite aux sanctions économiques imposées par les Etats-Unis et l’Angleterre et aux effets restrictifs qu’elles ont eus sur l’accès aux soins de santé, à l’alimentation et à l’eau potable. Aujourd’hui, 5’000 enfants irakiens meurent encore chaque mois, assure l’UNICEF. Le taux de mortalité infantile en Irak est devenu un des plus élevés au monde: sur 1’000 enfants, 107 sont aujourd’hui voués à une mort prématurée alors que la mortalité infantile dans le pays n’était que de 47 pour mille avant 1991.
Un enfant sur quatre de moins de cinq ans souffre d’un déficit de poids et d’une grave malnutrition, tandis que seuls 41% de la population ont accès à l’eau potable. Le système des soins de santé est dans un état lamentable. Quant aux écoles, huit sur dix ont besoin d’être remises en état. Un rapport des Nations Unies chiffre à 7 milliards de dollars le montant qui serait nécessaire pour rendre au secteur de l’énergie sa capacité d’il y a dix ans.
Selon les organisations qui ont plaidé la cause du peuple irakien de l’Irak à Genève, «c’est toute une génération – les enfants nés après la guerre du Golfe – qui est privée depuis dix ans du droit à l’alimentation adéquate et donc du droit à se développer normalement». Selon les Dominicains qui se sont rendus en Irak à trois reprises, de nombreuses familles sont contraintes de vendre leurs maisons, leurs meubles et parfois leurs propres vêtements pour s’alimenter. En outre, l’installation de la crise dans la durée a sapé les bases de la solidarité familiale traditionnelle. Un nombre croissant de femmes se retrouvent seules pour élever leurs enfants et en supporter la charge. Les sanctions économiques ne mettent pas seulement la vie des enfants en péril; elles troublent aussi leur développement moral, social, psychologique et culturel, dont fait état la Convention des droits de l’enfant.
Pollution à l’uranium appauvri
En plus des effets des sanctions, l’Irak connaît une grave pollution de l’environnement. Des scientifiques ont mis particulièrement en cause l’utilisation d’uranium appauvri par les armées alliées contre l’Irak durant la guerre du Golfe. Le problème a été soulevé devant le taux anormalement élevé de maladies congénitales ou de cancers décelés dans la population irakienne. Des études ont rapproché ces dégradations brutales de la santé avec une exposition directe à l’uranium appauvri, que ce soit par ingestion, par inhalation ou par contact cutané.
Droit des enfants bafoués
Les sanctions contre l’Irak ont aussi pour effet de bafouer le droit des enfants à l’éducation. Le régime de sanctions empêche en effet un approvisionnement normal en matériel scolaire. Il freine également l’accès à la culture, aux sciences et aux nouvelles technologies, qui étaient précédemment répandues dans le pays. L’embargo qui pèse lourdement sur l’Irak détruit finalement la société civile en désagrégeant le réseau des relations sociales, culturelles et économiques, souligne le rapport présenté à Genève.
La destruction d’un peuple?
En août 1999, la sous-commission de l’ONU sur la Promotion et la Protection de Droits de l’homme avait demandé au Belge Marc Bossuyt de préparer un rapport traitant «des conséquences négatives des sanctions économiques sur la jouissance des droits de l’homme». Le rapport a été présenté en août dernier. M. Bossuyt y met en évidence les graves violations du droit international, qui est aussi applicable aux enfants en Irak. Il montre que les sanctions imposées sont contraires au droit humanitaire et aux droits de l’homme en général. Pour les organisations chrétiennes signataires du rapport remis à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, les sanctions imposées à l’Irak semblent avoir pour but calculé d’infliger à tout un peuple des conditions de vie telles que l’on programme en fait sa destruction.
Difficile de croire aujourd’hui que l’objectif des sanctions soit réellement d’assurer la sécurité de la région. A en juger par les effets d’un embargo qui s’éternise, le moyen employé s’est transformé en but, comme si on avait programmé la destruction physique de tout un peuple, analysait déjà Marc Bossuyt. Les milliers de morts dues à la désagrégation d’un pays bloqué par un embargo n’ont rien d’un effet secondaire fortuit. Dans la foulée du rapport Bossuyt, les organisations chrétiennes tiennent donc le Conseil de Sécurité de l’ONU pour «responsable de toutes les conséquences connues de son action». Pour ces organisations, les articles de la Convention de l’ONU garantissant les droits de l’enfant ont été «violés systématiquement et quotidiennement» et ces violations sont «le résultat de plus de dix années de sanctions économiques prises contre le peuple irakien». Elles ont donc demandé à la Commission des droits de l’homme de l’ONU de faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir une levée immédiate des sanctions contre l’Irak.
Suite au séjour d’une délégation en Irak en janvier dernier, Caritas Europe avait déjà demandé qu’il soit mis fin aux sanctions contre l’Irak. La délégation catholique, dont le rapport a été assumé par la direction mondiale de Caritas à Rome, avait noté que même une levée immédiate des sanctions n’empêcherait pas leurs effets désastreux de se faire sentir durant des années. Avec cette organisation catholique, les autres signataires du rapport remis à Genève ont plaidé pour ce qui leur paraît être la seule perspective d’avenir: «l’instauration de nouvelles relations entre la communauté internationale et l’Irak». (apic/cip/pr)



