Des mendiants banquiers
Genève: Fête des 50 ans de la Province dominicaine de Suisse
Par Gladys Théodoloz, correspondante de l’Apic
Genève, 20 octobre 2003 (Apic) «Vous donnez une teinte originale à l’Eglise qui est à Genève. Merci pour votre simplicité, votre clairvoyance, votre compétence». Prononcés par Mgr Pierre Farine le 18 octobre dernier en l’église genevoise de Saint-Paul, ces mots de gratitude ont été adressé aux Dominicains de Genève, qui fêtaient ce jour-là le cinquantième anniversaire de la fondation de leur Province suisse.
Outre de nombreux paroissiens, l’événement a réuni une bonne quinzaine de Frères Prêcheurs, venus des quatre coins du pays et même de bien au-delà, puisque à côté du Père. Franz Müller, Provincial suisse, et du Père Jean de la Croix Kaelin, aumônier du couvent de Bethanien (Obwald), on notait la présence du Père Jean-Michel Poffet, directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem.
En compagnie de prêtres amis et voisins, tous ont concélébré la messe avec Mgr Farine avant d’écouter une conférence de Catherine Santschi sur «Les Dominicains à Genève jusqu’à la Réforme», suivie de témoignages personnels émanant de quelques «pionniers» du couvent de Genève, puis d’un repas de fête préparé par les laïcs dominicains de Genève.
Activité bancaire pour un ordre mendiant
Catherine Santschi, archiviste cantonale, a «épluché» les archives de Genève à la recherche de toutes celles relatives aux Dominicains. Son exposé circonstancié a permis de se plonger dans des pages d’histoire passionnantes, remontant pour les plus anciennes au 13e siècle.
C’est en 1263, en effet, que le couvent genevois des Prêcheurs, dit couvent du Palais, est mentionné pour la première fois dans les annales. Il était bâti «extra muros», c’est-à-dire en dehors des fortifications, et s’étendait sur un vaste terrain donné par le comte Pierre II de Savoie. Sa situation correspondait à peu près à celle de la rue de la Corraterie, du musée Rath et du Grand Théâtre, dans le quartier de Plainpalais dont il portait le nom.
Catherine Santschi a jeté un éclairage inédit sur les Dominicains genevois de cette époque, qui alliaient à leur vocation de prêcheurs une activité de banquiers, entraient en concurrence avec les prédicateurs d’autres congrégations à l’occasion des retraites de Carême, et se faisaient rappeler à l’ordre par les autorités politiques quand leurs sermons n’étaient pas à la hauteur!
La refondation
Autres pages d’histoire à découvrir, plus récentes, avec le témoignage de Jean de la Croix Kaelin, l’un des principaux protagonistes de la refondation, en 1951, du couvent genevois. Un couvent qui, à ses débuts, ne se trouvait pas à Genève mais à Annemasse, en raison des articles d’exception interdisant encore toute fondation de couvent en Suisse. C’est à la demande de l’abbé Journet, qui travaillait alors au secrétariat des organisations internationales catholiques à Genève, que le Père Kaelin et le Père Dominique Louis se mirent à la recherche d’une maison susceptible d’accueillir des Dominicains, en vue d’un ministère auprès des fonctionnaires catholiques internationaux de Genève.
Sillonnant la région à vélo, les deux religieux finirent par dénicher et par acquérir, grâce à un sérieux coup de pouce de la Providence, une maison à Annemasse. Quatre Dominicains, puis cinq, y résideront pendant une bonne dizaine d’années, exerçant la plus grande partie de leur ministère – prédications, retraites, conférences – du côté suisse de la frontière.
Le retour à Genève
L’occasion de revenir en Suisse se présenta en 1959, lorsque le curé de Saint-Paul prit sa retraite et que Mgr Charrière confia la paroisse aux Dominicains. Ceux-ci acquirent aussi la villa jouxtant la cure, dont ils firent un couvent nommé discrètement «Centre Saint-Thomas». A cette époque, des vaches paissaient encore tout autour de l’église, offrant un environnement des plus bucoliques au Père. Jean-Bernard Dousse, premier curé dominicain de Saint-Paul.
Par la suite, au fur et à mesure que le quartier s’urbanisait, quelque vingt-deux Dominicains – curés, vicaires, stagiaires, auxiliaires – allaient se dévouer au service de la paroisse, et ce ministère en a marqué plus d’un. Jean-Michel Poffet, qui a résidé au couvent de Genève entre 1971 et 1978, se souvient encore de «l’accueil bouleversant» qu’il y a reçu.
Et l’aventure n’est pas terminée, puisque le couvent genevois, sous la houlette de son jeune prieur Didier Boillat, vient d’accueillir un nouveau membre qui travaillera, à temps partiel, à la paroisse. Il s’agit du Père Michel Fontaine, Dominicain fraîchement ordonné, qui a choisi Saint-Paul pour célébrer sa Première Messe, le 19 octobre. En ce Dimanche de la Mission, une nouvelle occasion de réjouissances pour les paroissiens et l’ensemble de la communauté dominicaine. (apic/gt/sh)



