4 millions pour les protestants, 800’000 francs pour les catholiques
Genève: Grise mine des Eglises genevoises, dans les comptes rouges
Vers des suppressions d’emplois (200996)
Genève, 20septembre (APIC) Les trois Eglises reconnues de Genève ne trouvent plus leurs marques financières. C’est même la dégringolade. Qui inquiète. Quatre millions de déficit pour l’Eglise nationale protestante
(ENPG), 800’000 francs pour l’Eglise catholique-romaine (ECR), près de
45’000 pour l’Eglise-chrétienne. Pas étonnant qu’elles fassent pour la première fois campagne commune. Nécessité oblige, application de l’oecuménisme
pour un appel à la générosité des fidèles.
Restructuration et diminution des ministres menacent du côté de l’ENPG.
Baisse linéaire des charges et suppression de certains postes de collaborateurs sont envisagés côté catholique-romain. Si les prévisions budgétaires
se vérifient, on prévoit même de diminuer certaines subventions aux paroisses, et de renoncer à la participation au financement de certaines activités supraparoissiales. Tout cela parce qu’un ménage protestant sur cinq
s’acquitte de sa contribution ecclésiastique, et qu’un ménage catholique
sur sept paye son impôt. Le ciel paraît plus clément pour les catholiqueschrétiens (ECC), où l’on avoue une situation plutôt saine, même si on redoute une aggravation de la baisse des recettes. Qui pourrait menacer les
activités pastorales de l’ECC .
Les trois Eglises genevoises emboîtent donc cette année le pas aux trois
Eglises Neuchâteloises, qui dépendent elles aussi de la contribution ecclésiastique… Soit du bon vouloir des citoyens de verser ou non leurs impôts
à l’Eglise. Les Eglises neuchâteloises ont lancé en début de semaine leur
désormais traditionnelle campagne commune. Celles de Genève, situation difficile oblige, l’ont lancée vendredi, au cours d’une conférence de presse.
Une campagne, une affiche un slogan: «Investir dans la générosité». Afin de
permettre, à Genève aussi, aux Eglises de poursuivre leurs services. A
l’instar de Neuchâtel, les Eglises genevoises sont séparées de l’Etat. Elles ne touchent aucune subvention, et ne vivent que par la générosité de
leurs membres.
L’action des trois Eglises a été amorcée en janvier déjà par des envois
de lettres. Elle se poursuivra cet automne par une information aux paroisses et par une campagne d’affichage. Une affiche qui représente un toit
pointu surmonté d’un clocher, abritant quatre petits personnages tout droit
sortis d’un dessin d’enfant.
Charges salariales pas couvertes
Pour l’ENPG, les comptes de l’Exercice 95/96 sont qualifiés d’alarmants.
Les chiffres avancés en témoignent largement: 4 millions… sur un budget
de 20 millions environ. La perte a pu être ramenée à 351’000 francs, grâce
à des ventes immobilières et des legs et des réserves. La contribution ecclésiastique a rapporté 11,4 millions. Même pas de quoi couvrir les salaires, 11,69 millions. Seuls 15’000 des 75’000 foyers protestants genevois
versent une contribution. Pourquoi un tel désintérêt? Responsable des finances de l’ENPG, Marc Faessler incrimine la situation socio-culturelle actuelle. Pour remédier à cette situation, l’ENPG est en train d’étudier une
réforme qui doit conduire à des regroupements et à une diminution des ministres. Comme à Neuchâtel en 1992.
Déficit aussi côté catholique-romain. Le «trou» n’atteint certes pas celui enregistré par l’ENPG. Avec 800’000 francs de déficit, «la situation
n’en demeure pas moins préoccupante, au vu des prévisions budgétaires pour
l’exercice en cours. Cela alors même que l’Eglise catholique-romaine n’aura
sans doute pas à verser la subvention de 250’000 francs au «Courrier».
Les pertes de 1993 à 1995 ayant pu être absorbées par la diminution du
capital, la vente de biens n’a pas été envisagée.
16’000… sur 115’000
Comme pour les deux années précédentes, la perte est due à une baisse
importante des rentrées de la contribution ecclésiastique. Cette dernière a
rapporté 5,7 millions de francs. La somme ne suffit pas à couvrir les charges salariales, 6 millions de francs. Un ménage genevois sur 7 s’acquitte
de son impôt. Sur un total de 115’000 ménages catholiques, seuls 16’000
versent leur contribution. Sans parler du montant du versement moyen, qui
diminue d’année en année en raison de la crise économique. «Jusqu’à présent, les déficits ont pu être absorbés en prélevant sur nos réserves, mais
cela ne sera plus possible dorénavant», avertit Pierre Regad, secrétaire de
la Société catholique romaine de Genève. Les instances de l’ECR ont déjà
pris des mesures d’économies, en décidant de ne plus créer de nouveaux postes pastoraux et de soumettre chaque poste qui se libère à une évaluation.
Ciel plus serein, en revanche, pour les catholiques chrétiens. Qui bouclent toutefois l’exercice 95/96 avec un déficit de 44’500 francs. Mais sur
un total de dépenses de 241’000 francs. Cette Eglise compte quelque 2’000
membres, dont près de 700 versent une contribution. Le compte est presque
bon, avec en plus l’aide des paroisses, qui assurent l’entretien des bâtiments. Reste que si les recettes devaient baisser régulièrement, les activités pastorales seraient menacées, assure-t-on en conclusion à l’ECC.
Pour surmonter cette crise financière, «les Eglises ont besoin du soutien accru de leurs membres afin de pouvoir répondre présentes chaque fois
qu’on a recours à leurs services, baptêmes, catéchismes, mariages, ensevelissements, accompagnements… Mais aussi pour aller sur le terrain». D’où
l’appel lancé par les responsables: «Si chaque membre d’une Eglise fait un
geste, même modeste, le compte est bon». Les Eglises genevoises devront-elles un jour faire payer leurs «prestations»? La réponse est non. Semblable
à celle de Neuchâtel. (apic/pr)



