Genève: L’éducateur Enoc François, invité à Genève, analyse la crise haïtienne
La solution «sera lente et viendra d’en bas»
Genève, le 30 avril 2004 (Apic) Deux mois après le départ d’Haïti de l’ex- président Jean-Bertrand Aristide, le 29 février, et l’installation d’un gouvernement provisoire, «il est important que le peuple se donne du temps pour suivre de nouvelles voies. Nous ne devons pas nous hâter.» Telle est la mise en garde lancée par l’éducateur haïtien Enoc François, un des coordinateurs de la Fédération des écoles protestantes en Haïti (FEPH), de passage à Genève.
«Malgré l’ampleur de la crise, il existe des signes d’espoir. L’important est de les rencontrer, de les défendre, de les recréer et de les faire s’épanouir», déclare Enoc François, de l’Eglise baptiste, rapporte l’agence d’information oecuménique ENI. L’éducateur haïtien est venu en Suisse à l’invitation du Mouvement de coopération internationale et de la Commission Tiers-Monde de l’Eglise catholique de Genève.
Selon un rapport récent rédigé par le Comité indépendant de réflexion et de proposition sur les relations franco-haïtiennes», mené par Régis Debray et publié en janvier de cette année, 70% des habitants du pays vivent en-dessous du seuil de pauvreté et le produit national brut a baissé d’un quart ces dix dernières années. Bien que 60% de la population se trouve dans les campagnes, le pays ne parvient pas à couvrir les besoins alimentaires de base. Les exportations représentent seulement 30% des importations, «et la dette publique atteint des niveaux qui font craindre la banqueroute de l’Etat», souligne le document.
Pour Enoc François, qui travaille dans le domaine de la formation d’éducateurs et dans diverses organisations de formation pédagogique, «nous devons consacrer principalement nos efforts au développement de l’éducation civique afin de promouvoir une nouvelle citoyenneté». «Il faut partir d’en bas, du niveau local, en proposant et en agissant à grande échelle, en écoutant les gens et leurs revendications», affirme le jeune éducateur au correspondant d’ENI. Pour le laïc baptiste, il est essentiel que «cette éducation civique soit enseignée à ceux qui ont des droits à défendre mais aussi des devoirs à accomplir».
L’Etat, un gâteau dans lequel chacun veut sa portion
Enoc François se montre critique à l’égard de la «culture politique» prédominante dans son pays: «Nous sommes habitués à voir l’Etat comme un grand gâteau dans lequel chacun cherche à prendre sa propre portion, en oubliant que cette vision n’aide pas à construire une nation stable dans le futur.» Sa critique n’épargne pas le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide qui «s’éloignait de plus en plus des gens. Aristide et son équipe devenaient plus riches alors que le peuple devenait plus pauvre.»
Selon les dernières informations, les élections présidentielles auront lieu seulement à la fin de l’année 2005 et le nouveau gouvernement devrait entrer en fonction en février 2006. Cette décision est approuvée par Enoc François, qui estime «important de ne pas hâter le rythme et de permettre de renforcer cette conscience citoyenne indispensable». (apic/eni/bb)



