Une première, et une amélioration, estiment les ONG

Genève: L’OMC entre en débat sur les brevets des médicaments

Genève, 21 juin 2001 (APIC) L’OMC entre en débat pour la première fois sur les brevets des médicaments. Aujourd’hui encore, plus d’un tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès aux médicaments essentiels

A la demande de 30 pays, le Conseil de l’OMC (Organisation Mondiale de Commerce) a réexaminé mercredi 20 juin 2001 les accords sur la propriété intellectuelle protégeant les brevets (TRIPS). Même si aucune décision n’a été prise, le seul fait d’engager une discussion sur une amélioration des accords est un grand signe, estiment plusieurs ONG.

Chaque année, dans le monde, 11 millions de personnes meurent à cause de maladies pourtant contrôlées et pour lesquelles il existe des médicaments pour les traiter.

Une manifestation devant l’OMC a été organisé par l’Action des peuples contre la mondialisation, Attac, le Comité pour l’abolition de la dette du tiers monde, le comité suisse pour l’Appel de Bangkok, le Centre Europe-Tiers-Monde (CETIM). Les quelques dizaines manifestants ont dénoncé le procès entamé par les Etats Unis contre la législation du Brésil sur les médicaments dans le sein de l’OMC.

Depuis que le Brésil a commencé à produire ses médicaments contre le sida il y a cinq ans, les prix ont chuté de 79% et la mortalité des malades est réduite de la moitié et les hospitalisations de 80%.

«Le droit à la santé, une priorité absolue», «les médicaments ne sont pas une marchandise», dénonçaient les pancartes.

La malaria est la cause d’un à trois millions de morts par an dans le monde, dont 90% d’enfants. Près de deux millions de personnes meurent chaque année de tuberculose et 98% d’entre elles dans les pays en développement. Pourtant, les médicaments antituberculeux guérissent cette maladie dans 95% des cas et ils ne reviennent pas à plus de 10 dollars pour un traitement de six mois. Le paludisme tue plus d’un million de personnes par an, surtout en Afrique, et pour la plupart des enfants. Les femmes sont également très vulnérables au cours de la grossesse, période pendant laquelle cette maladie peut entraîner une anémie parfois mortelle, des fausses couches ou la naissance d’enfants prématurés et de faible poids.

L’OMC et le marché des médicaments

Jusqu’à la création de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), en 1984, chaque pays pouvait définir sa politique de santé et produire des médicaments génériques sans attendre que le brevet soit du domaine public. Après cette date, les pays qui adhèrent à l’OMC doivent signer les accords sur les droits de propriété. Ils ne peuvent plus produire un médicament ou l’acheter à un autre pays sans l’autorisation du propriétaire du brevet qui le conserve 20 ans. Le prix des médicaments est décidé par les fabricants.

Les Etats-Unis prétendent exercer des sanctions contre les pays qui fabriquent des génériques, parmi eux l’Inde, l’Egypte et la République Dominicaine. Le gouvernement sud-africain a fait face à une plainte en justice de 39 compagnies pharmaceutiques, qui contestaient la loi nationale octroyant au ministre de la Santé le pouvoir de produire ou d’importer des versions moins coûteuses de médicaments encore protégés par des brevets. Cette situation est en train d’évoluer. Les multinationales pharmaceutiques ont abandonné l’action judiciaire contre l’Afrique du Sud.

Les laboratoires et leur responsabilité

L’argument des multinationales pharmaceutiques est que la vente des médicaments sert à financer la recherche contre le sida. La principale consommation des médicaments contre le VIH/SIDA est faite dans les pays riches; l’Afrique signifie seulement 1% du bénéfice mondial avec 80% des malades du sida dans le monde.

Les laboratoires abandonnent les recherches des maladies qui affectent les pays pauvres et dédient seulement le 0,2% aux affections comme la tuberculose ou la diarrhée. En même temps qu’ils retient du marché des médicaments inutiles pour certains pays. (apic/ines/pr)

21 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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