Genève: La Suisse se déclare satisfaite des textes finaux du Sommet de l’information

«Le maximum de ce qui est était possible politiquement»

Genève, 11 décembre 2003 (Apic) «Nous avons atteint le maximum de ce qui était possible politiquement.». Commentant jeudi la première phase du Sommet mondial de l’ONU sur la société de l’information (SMSI) qui s’achève vendredi 12 décembre à Genève, Marc Furrer, directeur de l’Office fédéral de la Communication (OFCOM), s’est montré optimiste: les compromis arrachés à la dernière minute satisfont, selon lui, tout le monde. Même la société civile suisse, très critique, s’exprime désormais de façon plus nuancée.

Au cours d’un point de presse à Palexpo, Marc Furrer, qui dirige la délégation suisse avec le titre de Secrétaire d’Etat, s’est montré satisfait du déroulement du Sommet. A la veille de l’adoption vendredi par les Etats de la Déclaration de principes et du Plan d’action du SMSI, la Suisse officielle – pays hôte du Sommet – tire d’ores et déjà un bilan positif: l’essentiel a été sauvé et il n’y a pas eu le «recul historique» que d’aucuns craignaient en matière de droits humains, de liberté de la presse et pluralisme des médias. Du point de vue de Marc Furrer, les perspectives restent ouvertes pour le financement des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les pays du Sud.

La Suisse s’est engagée en faveur des médias

«Vous ne construisez pas un chemin de fer sans passagers, donc vous ne parlez pas seulement des rails et de la locomotive», a lancé le directeur de l’OFCOM, en commentant l’absence de mention des médias au début des travaux sur la société de l’information. Et d’affirmer que cela a toujours été l’idée du gouvernement suisse, dès le début, de considérer les médias comme un partenaire fort dans le processus du SMSI.

«Evidemment, comme ancien journaliste, a-t-il poursuivi, j’ai toujours voulu inclure les médias, mais il est vrai qu’un certain nombre de pays voulaient d’emblée réduire les discussions à la problématique des nouvelles technologies de l’information et de la communication ou de la gouvernance d’internet. Je suis très content que finalement les médias aient leur propre chapitre dans la Déclaration de principes et le Plan d’action du SMSI.»

Dans la délégation, participant au titre de la société civile, les représentants des médias – Michel Bührer et Alexander Sami, d’impressum Les journalistes suisses (ancienne Fédération suisse des journalistes) et Wolf Ludwig, du syndicat de la communication comedia – ont été des partenaires très actifs. «Quand nous étions tentés de faire des compromis trop rapides, ces personnes sont intervenues très énergiquement, pour dire qu’à partir de là, ce n’était plus acceptable. «

«Je suis finalement content de la déclaration du SMSI, car nous avons atteint le maximum de ce qui était possible politiquement. Certes, il s’agit du langage «onusien», et nous devons faire avec. Pour les connaisseurs des textes de l’ONU, c’est ce qu’il y a désormais de plus substantiel concernant les médias.» Des pays comme la Chine, pour ne citer qu’un exemple, étaient au début très réticents à propos des médias. «Ils ont finalement fait preuve de réelle flexibilité», commente Marc Furrer.

La conférence de presse qui fâche

Marc Furrer a redit sa satisfaction de travailler avec des partenaires représentant la société civile suisse au sein de la délégation gouvernementale. Il a par contre très peu apprécié que ces mêmes membres participent au titre de leur organisation à la conférence de presse du 3 décembre dernier, organisée par comunica-ch, la plateforme suisse de la société de l’information. Très critique, comunica-ch avait notamment parlé du Sommet comme d’un «fiasco annoncé». Tout en reconnaissant leur droit à avoir des positions indépendantes et critiques, il a ressenti leur intervention à la veille du Sommet – alors que les dernières négociations n’étaient pas encore finalisées – comme un manque de loyauté à l’égard de la délégation suisse. De sérieuses explications ont déjà eu lieu et les modalités de la participation de la société civile seront rediscutées début 2004.

La société civile moins inquiète

Des représentants de la société civile suisse présents à Genève, qui menaçaient encore la semaine dernière de se désolidariser du Sommet et de lui ôter toute légitimité, sont eux aussi moins inquiets. Les toutes dernières négociations où la Suisse a joué le rôle de «facilitateur», les 5 et 6 décembre dernier, ont porté leurs fruits. Les critiques admettent que des progrès ont été faits: ainsi la Déclaration de principes mentionne explicitement, à son article 4, la Déclaration universelle des droits de l’homme comme «fondement essentiel de la société de l’information». L’article 55 réaffirme l’adhésion aux principes de la liberté de la presse et de la liberté de l’information, ainsi qu’à ceux de l’indépendance, du pluralisme et de la diversité des médias.

Alain Modoux apporte sa caution aux textes officiels

Alain Modoux, ancien sous-directeur général du Programme de l’UNESCO pour la liberté d’expression, la démocratie et la paix, a confirmé jeudi à l’APIC que les textes officiels du Sommet ont sauvé l’essentiel en matière de liberté des médias.

«On a longtemps craint au SMSI une remise en cause – par des Etats autoritaires ou totalitaires – de 50 ans de droits de l’homme et de liberté de presse. Un compromis tout à fait acceptable au plan diplomatique a été trouvé, tout en sachant que les mots à eux seuls ne corrigent pas nécessairement la situation sur le terrain où ces mêmes droits sont violés», constate le conseiller spécial de la délégation suisse au Sommet de l’information. (apic/be)

11 décembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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