Genève: Le Conseil œcuménique des Eglises opposé à une action militaire visant l’Irak

Le COE dénonce le caractère «punitif» des sanctions contre l’Irak

Genève, 20 février 98 (APIC) Le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève s’est déclaré opposé à toute action militaire visant à contraindre l’Irak à se conformer aux exigences du Conseil de sécurité de l’ONU. Dans un communiqué publié vendredi, son Comité exécutif déclare qu’une telle action se solderait par des pertes importantes en vies humaines et des souffrances accrues dans la population irakienne.

Le Comité exécutif du COE, réuni à Genève, a pris connaissance d’un rapport préparé par une équipe du Conseil œcuménique qui vient de rentrer d’une mission dans ce pays. Les présentes sanctions n’ont pas atteint leur objectif premier; par contre, elles ont porté un grave préjudice à de vastes secteurs de la population qui manquent aujourd’hui de tout.

Le COE appuie l’appel lancé par les membres de la mission rentrée d’Irak. Ils demandent que les Eglises fassent pression sur leurs gouvernements respectifs et s’opposent à toute action militaire. Quoi qu’il arrive, un tel engagement ne devrait pas être déclenché sans examen et accord préalables du Conseil de sécurité de l’ONU. De façon totalement unilatérale, les Etats-Unis se réservent le droit de passer outre aux décisions de la communauté internationale. «En ce qui concerne l’actuelle menace d’action militaire, le Comité exécutif exprime sa profonde préoccupation devant le renforcement de l’appareil militaire à laquelle on assiste dans la région du Golfe de la part des forces armées des Etats-Unis, avec le soutien du Royaume-Uni et de quelques-unes des autres nations qui ont participé à l’opération «Tempête du désert» en 1991», écrit le COE.

Appui sans réserve aux efforts diplomatiques de Kofi Annan

Le Comité exécutif a adressé le texte de sa déclaration au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, accompagné d’une lettre du pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE. Le pasteur Raiser a assuré M. Annan de son appui ans réserve dans les efforts diplomatiques qu’il déploie pour éviter une nouvelle guerre du Golfe.

«Le COE, ajoute-t-il, est fermement convaincu que c’est l’Organisation des Nations Unies par l’intermédiaire de son Conseil de sécurité, et elle seule, qui peut prendre les décisions appropriées concernant le recours à la force aux termes du chapitre VII de la Charte de l’organisation, et non pas une puissance agissant à titre individuel ou un groupe de puissances agissant unilatéralement en vertu de ces dispositions.»

Au début de la semaine, alors qu’il se préparait à se rendre en Irak, M. Annan avait demandé que l’on prie pour le succès de sa mission. «A l’heure où vous vous apprêtez pour votre mission, écrit encore Konrad Raiser dans sa lettre, soyez assuré de notre appui sans réserve et du soutien constant de nos prières. Puisse le Dieu qui veut la paix et la justice pour tous vous guider dans vos démarches et vous donner la force qui verra le triomphe de la raison.»

Les sanctions n’ont pas atteint leurs buts, mais causé la misère et la faim

Le COE enjoint également les Eglises de répondre aux appels des Eglises d’Irak. Ces dernières leur demandent de s’associer à leurs prières en faveur d’un règlement non violent de la crise actuelle et d’œuvrer à l’instauration de la justice et d’une paix durable dans la région. Le COE soutient les efforts diplomatiques qui sont déployés actuellement pour régler le désaccord entre l’Irak et les Etats-Unis sur la question de l’accès illimité des équipes d’inspection de l’UNSCOM. Il demande instamment que cette question soit à nouveau soumise au Conseil de sécurité de l’ONU et qu’aucune mesure militaire supplémentaire ne soit prise sans l’avis de ce dernier.

En ce qui concerne l’application des sanctions contre l’Irak, le Comité exécutif rappelle et réaffirme les critères du COE permettant de déterminer l’applicabilité et l’efficacité des sanctions. Il estime que l’application des sanctions à l’encontre de l’Irak ne remplissent pas ces critères qui prévoient notamment que «les dommages auxquels on peut raisonnablement s’attendre suite aux sanctions ne doivent pas excéder les effets positifs de celles-ci». Or, dans les faits, ces sanctions ont provoqué de graves violations des droits fondamentaux de la population irakienne, à savoir le droit de se nourrir, de se vêtir, de se loger et de se soigner correctement, ainsi que le droit à l’éducation, aux services sociaux et à l’emploi.

Les intérêts politiques passent avant la justice

Le Conseil œcuménique des Eglises déplore le manque d’ouverture et de transparence dans les procédures de prise de décision du Comité des sanctions, notamment en ce qui concerne son rôle dans l’approbation des contrats d’importation de biens humanitaires en Irak. Il se dit convaincu que l’actuel régime de sanctions a un caractère punitif et tend à montrer que les considérations politiques l’emportent sur l’évaluation objective des faits et lance un appel au Conseil de sécurité de l’ONU pour qu’il entreprenne un examen approfondi du régime des sanctions à l’encontre de l’Irak. Il s’agit de prendre en compte leur impact sur la population civile, afin de définir des objectifs clairs et convenus ainsi qu’un calendrier détaillé en vue d’une levée totale de ces sanctions. Les Eglises sont appelées à poursuivre leurs efforts «pour apporter une aide humanitaire et des secours d’urgence généreux àà la population irakienne.» (apic/com/coe/be)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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