L’ancien secrétaire général du COE en est persuadé

Genève: Les Eglises peuvent encourager le dialogue sur la justice économique

Genève, 5 septembre 2006 (Apic) Les Eglises peuvent encourager le dialogue sur la justice économique. Le pasteur Konrad Raiser, ancien secrétaire général du Conseil Oecuménique des Eglises (COE) à Genève, estime qu’elles ont un rôle à jouer après l’échec des récentes négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les négociations de l’OMC qui viennent d’échouer visaient à instaurer de nouvelles règles pour le commerce international. Le COE pense pourtant qu’il peut faire avancer la justice économique en encourageant le dialogue entre les acteurs religieux, politiques et économiques.

«Alors que ce genre de dialogue à caractère politique devient de plus en plus difficile, voire même vole carrément en éclats dans le contexte non ecclésial, la vocation particulière du COE consiste peut-être avec ses partenaires oecuméniques, à créer cet espace et ces conditions permettant au dialogue de se poursuivre,» a déclaré au Comité central du COE le pasteur Konrad Raiser. Théologien allemand, K. Raiser est un ancien secrétaire général de l’organisation oecuménique.

«Quelle qu’en soit la forme, ce genre de dialogue pourrait être à l’origine d’idées nouvelles et de nouvelles propositions de politique transcendant les antagonismes du débat international,» a-t-il affirmé. Lundi, lors d’un discours commémorant le 40e anniversaire de la Conférence mondiale d’»Eglise et société», qui a modifié en profondeur le COE, le pasteur Raiser a souligné que les 348 membres de l’organisation existaient dans des contextes très différents. «Nous vivons dans un monde divisé, et les Eglises connaissent elles aussi cette division,» a déclaré le pasteur Raiser, qui a été secrétaire général de l’organisation oecuménique de 1993 à 2003.

Eglises du Sud contre Eglises du Nord ?

Selon K. Raiser, la Conférence qui a eu lieu en 1966 a marqué une étape décisive pour faire de l’engagement en faveur de la justice sociale l’une des principales activités du COE. Pourtant, a souligné le pasteur Raiser, depuis cette Conférence, «nous n’avons pas cessé de rencontrer ce genre de tensions qui, la plupart du temps, opposaient les représentants des Eglises vivant dans les pays du Sud en développement à ceux des pays industrialisés de l’Ouest et du Nord.»

«Le processus de mondialisation a plutôt accru cette division conflictuelle qu’il ne l’a réduite, et cela se manifeste de façon extrêmement aigue» dans les questions relatives à la justice sociale,» a-t-il averti.

Malgré tout, selon lui, le COE offre une tribune à laquelle les Eglises peuvent parvenir à un accord sur des propositions d’action, même lorsque persistent des différences de point de vue et d’interprétation. Le pasteur Raiser a notamment mis en évidence un document présenté à l’Assemblée du COE qui s’est tenue à Porto Alegre, au Brésil, en février dernier, qui est intitulé «Une autre mondialisation au service des êtres humains et de la terre» (AGAPE).

Ce document exhorte les Eglises à s’engager à éliminer la pauvreté, à oeuvrer en faveur de la justice dans les relations commerciales internationales, à faire campagne pour des prêts responsables et pour l’annulation de la dette, à promouvoir l’utilisation durable de la terre et à garantir le droit à l’alimentation, à l’eau et aux services publics, ainsi qu’à promouvoir la réforme foncière, des emplois décents et des moyens de subsistance convenables.

Bien que certains délégués de l’Assemblée aient exprimé des craintes quant à la démarche théologique et éthique du document AGAPE, il semble qu’il y ait «un accord assez large sur les engagements à l’action contenus dans l’appel AGAPE,» a affirmé le pasteur Raiser. Selon lui, un cadre comme celui-ci permettrait de faciliter l’action commune et les interventions ciblées, et ouvrirait un espace à un dialogue critique permanent avec les acteurs religieux, politiques et économiques. (apic/eni/be)

5 septembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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