Mais pourquoi le nouveau pape peine-t-il à prendre des décisions?
Genève: Les journalistes catholiques romands ont rencontré Jean-Claude Petit
Genève, 18 novembre 2005 (Apic) Benoît XVI marque d’énormes différences par rapport à son prédécesseur. Effacé, timide, peu médiatique, il peine à prendre des décisions. Après une Eglise centrée sur le pape avec Jean Paul II, verrons-nous une Eglise davantage collégiale ? C’est ce que pense le journaliste français Jean-Claude Petit, de passage à Genève en compagnie des journaliste catholiques romands.
Le pape Benoît XVI se trouve en début de pontificat. Un début qui se prolonge d’ailleurs, mais qui reste fort intéressant, affirme Jean-Claude Petit devant une dizaine de journalistes romands, réunis le 17 novembre dans les locaux de l’hebdomadaire catholique «Echo Magazine» à Genève. Il est clair que le nouveau pape doit se démarquer de son prédécesseur. Il le fera par un pontificat plus modeste, moins communiquant, qui correspond davantage à sa personnalité. «Tant mieux. Cela permettra peut-être aux autres responsables – dans la Curie romaine ou parmi les évêques – de prendre davantage de place», souligne le journaliste français, fin connaisseur des rouages du Vatican.
Cette volonté de revaloriser la collégialité, tout comme ses initiatives dans le domaine oecuménique, peuvent s’expliquer par les circonstances de son élection lors du conclave, selon Jean-Claude Petit. Des voix progressistes, comme celles des cardinaux Danneels et Martini, se seraient ralliées assez rapidement au cardinal Ratzinger, sans doute pour faire barrage à l’archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, jugé encore plus conservateur. Sans doute une majorité de cardinaux électeurs voulaient observer une « pause » après un quart de siècle d’une Eglise marquée par la forte personnalité de Wojtyla, et permettre l’émergence d’une plus grande collégialité.
Un message inattendu aux protestants français
Deuxième caractéristique de ce début de pontificat, après le caractère effacé du nouveau pape : ses initiatives oecuméniques. «Son message aux protestants français réunis en synode, peu après son élection, était inattendu. Sans doute voulait-il d’entrée corriger le tir après les vives réactions, côté réformé, qui ont accueilli la sortie de Dominus Iesus», soutient Jean-Claude Petit. Meilleures relations avec le patriarcat de Moscou, projet de voyage à Istanbul: avec les orthodoxes également, le pontificat de Benoît XVI démarre sous les meilleures auspices. Au niveau du dialogue interreligieux, cela s’est limité jusqu’à maintenant à des gestes fraternels avec ses frères juifs, sur la lancée de son prédécesseur Jean Paul II, mais rien ou presque envers les autres religions.
Peu de changements à la curie romaine
Au niveau de la curie, des décisions spectaculaires étaient attendues, mais elles ne sont pas venues. Peu de changements sont à signaler, le cardinal Sodano est resté Secrétaire d’Etat et la plupart des présidents de commissions pontificales sont demeurés en place. «Soit le pape prend son temps, soit il a de la peine à pendre des décisions. Je n’arrive pas à me prononcer», affirme l’ancien rédacteur en chef de «La Vie». Autre hypothèse : Joseph Ratzinger est un brillant intellectuel un peu solitaire, qui a peu d’amis et connaît bien es rouages du Vatican. « Il sait que changer pour simplement changer, cela n’apporte pas grand chose », avance Jean-Claude Petit. Mais qui sait ? Ce nouveau pape ne préparerait-il pas des tours dans son sac ? Des nominations seraient attendues pour la fin de cette année.
Ce théologien difficile à cerner, qui n’a pas de loin pas le charisme médiatique de son prédécesseur, possède selon le journaliste français une intelligence assez vive pour qu’il puisse changer. Le changement de caps a d’ailleurs fait partie de sa vie mouvementée. D’espoirs en dépits, Joseph Ratzinger a été un brillant théologien du Concile, qui a contribué à la rédaction du document phare « Lumen Gentium », avant de s’en prendre violemment à certains fruits de Vatican II et en particulier à l’ouvrage de catéchèse « Pierres Vivantes ». Puis, dans son livre « Le Sel de la terre », le cardinal allemand prend acte de la sécularisation et décrit les communautés de croyants vivant de l’Evangile comme l’avenir de l’Eglise.
« Restons circonspects. Il est capable de dialoguer et de pendre en compte les contraires. N’a-t-il pas noué contact avec son ancien collègue et adversaire Hans Küng et avec la communauté de Saint-Pie X ? Il est ainsi entré dans la complexité », souligne Jean-Claude Petit.
Mai 68, un échec du Concile
A l’heure des questions, l’ancien rédacteur en chef de « La Vie » est revenu sur une période charnière dans l’évolution de la pensée du théologien Joseph Ratzinger : mai 68. Ce dernier enseignait alors à l’Université de Tübingen, en même temps que Hans Küng. Une rivalité s’est alors installée entre les deux éminents professeurs. Marqués par une profonde volonté de changement, les étudiants avaient tendance à déserter les cours de Ratzinger pour fréquenter ceux du théologien suisse, davantage en prise avec l’esprit du temps. Le futur pape, qui a toujours été un homme effacé et timide, a conservé une véritable amertume de cette époque, qui a sonné pour lui comme un échec du Concile.
Effacé, timide, peu médiatique : pour certains, notamment parmi les participants aux dernières JMJ, Benoît XVI lance des bons messages, mais avec lui la communication ne passe pas. « C’est vrai qu’il ne sait pas communiquer avec la masse. Mais il se sent à l’aise dans la communication directe, de personne à personne. Mais prenons le bon côté de ce trait de personnalité : avec Jean Paul II, l’Eglise était pratiquement réduite au pape. Et Benoît XVI développera davantage un esprit de collégialité », estime Jean-Claude Petit.
Encadré :
Ancien président du groupe de presse Malesherbes Publications (La Vie, Prier, Clés de la Foi, Le Monde de religions), Jean-Claude Petit, originaire du Poitou, a été rédacteur en chef et directeur de publication de la revue chrétienne La Vie, qui fête cette année ses 60 ans. Il préside maintenant le Centre national de la presse catholique qui regroupe une trentaine de revues françaises. Il est l’auteur des ouvrages « Dieu a-t-il un avenir » (1966) et « L’Eglise après Jean Paul II : les dossiers urgents du nouveau pape » (2005).
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Genève: Le cardinal Kasper reçu au siège du COE
Il met en garde contre les divisions
Genève, 17 novembre 2005 (Apic) Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a appelé jeudi à Genève à approfondir les discussions théologiques en faveur de l’unité. Cela dans un contexte de tensions souvent provoquées par des questions éthiques, qui freinent la cause de l’union chrétienne.
«L’Eglise catholique voit les progrès accomplis au cours du pèlerinage oecuménique du siècle écoulé et elle s’en réjouit», a déclaré le cardinal Walter Kasper qui s’exprimait le 17 novembre au siège de Genève du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Pourtant, le cardinal Kasper a lancé une mise en garde contre «une crise de l’oecuménisme» causée par l’absence d’une «vision pleinement commune».
«Le mouvement oecuménique du 21e siècle a besoin de clarifier, parfois à nouveau frais, ses fondements théologiques», a recommandé le cardinal Kasper lors d’une célébration marquant le 40e anniversaire du Groupe mixte de travail entre l’Eglise catholique romaine et le COE. «Autrement, il en sera comme de la maison bâtie sur le sable qui s’écroule lorsque vient la tempête».
L’Eglise catholique romaine n’est pas membre du COE, dont les 347 membres représentent principalement les traditions protestantes et orthodoxes, mais elle coopère activement avec l’organisation en de nombreux domaines.
«Sans risquer de trahir notre foi ou notre conscience, nous pourrions aujourd’hui déjà accomplir ensemble beaucoup plus que nous ne faisons réellement», a poursuivi le cardinal Kasper, en mettant entre autres l’accent sur l’étude commune de la Bible, les liturgies communes de la Parole, et la coopération dans les domaines de la théologie, de la mission et du développement, ainsi que les liens entre les réseaux de spiritualité oecuméniques.
Cependant, des divergences portant sur des questions éthiques, «notamment en ce qui concerne le comportement sexuel» entraînent de nouvelles divisions. «Autrefois, un large consensus existait sur ces questions; aujourd’hui, de nouvelles différences, inconnues alors, sont apparues», a rappelé le cardinal Kasper. Ces questions, a-t-il averti, ont «une force émotionnelle et donc… un potentiel énorme de division.»
Reconnaissance mutuelle
Le cardinal Kasper a approuvé la conclusion des responsables du COE qui demandent qu’il y ait une reconnaissance mutuelle du sacrement du baptême par les membres du COE et l’Eglise catholique romaine. Il a rendu hommage à la Commission de Foi et constitution dont le rôle est de promouvoir le dialogue en vue de faciliter la résolution des divergences doctrinales entre les Eglises, et qui compte des catholiques en tant que membres à part entière. En particulier, il a mis l’accent sur le document «Baptême, eucharistie, ministère» présenté par la Commission qui, a-t-il dit aux journalistes avant de prononcer son allocution, «est le document le plus important que le COE ait réalisé au cours de son existence».
Dans son allocution, le cardinal Kasper a recommandé d’accorder une plus grande attention à ces questions à l’avenir. «C’est pourquoi nous demandons au COE de redonner à Foi et constitution l’importance qui était la sienne à l’origine dans le mouvement oecuménique et le programme du COE», a déclaré le cardinal Kasper, qui est, comme le pape Benoit XVI, un ancien membre de la Commission. «Les partenaires ne peuvent pas partager une même vision du but sans un fondement théologique commun sur la signification de l’Eglise et de son unité», a-t-il averti.
A Genève, les propos du cardinal Kasper suggèrent qu’il serait plus facile pour l’Eglise catholique de parvenir à un accord avec les Eglises orthodoxes qu’avec les Eglises protestantes issues de la Réforme du 16e siècle en Europe. «La conception catholique de l’unité, en tant qu’unité complète de la foi, des sacrements et du ministère ecclésial, correspond en principe à celles de nos Eglises soeurs orthodoxes, mais diffère malheureusement de l’interprétation la plus courante de la position protestante dominante», a-t-il expliqué. (apic/eni/pr)



